Les Inaptes
1/3 Bianca et la rage des excès
Camille Rebetez, Dupré, Amélie, Pitch Comment,
ISBN:978-2-88901-314-2, 2026, 88 pages, 24€
« Allez viens, Ueli. On va trouver quelque chose à rater magnifiquement. »
Description
Bianca, Mégane, Noa et les autres sont les enfants des Indociles. Elles naissent au monde au 21e siècle et ne sont visiblement pas faites pour y filer droit
Avec Ulysse Martagon, qui change de nom toutes les pages et vit avec son âne Ueli Maurer, elles fomentent quelques sales coups qui égratignent le pouvoir libéral et ses outrances. Mais surtout, ces figures se revendiquent inaptes au système. Tout en hurlant leur désaccord par leurs façons de vivre souvent bancales, contrairement à la génération qui les a précédées, elles se font la promesse tacite de gagner à la fin. Et elles y arriveront.
Dans ce premier volume de la trilogie, les Inaptes mitraillent à tout-va contre un monde qu’ils et elles sentent partir à vau l’eau, mais dispersent leurs forces et se sentent impuissant·es. La force de leur révolte s’arc-boute quelques années plus tard sur la justice climatique, dès ses premiers mouvements.
Les Inaptes continuent la saga initiée par Les Indociles (série de 5 tomes parue aux Éditions Les Enfants rouges). On y retrouve Lulu, Joe et Siddhartha, passablement chahutés par des viennent-ensuite hautement radicalisé·es.
Extraits des planches

Presse
Les Indociles reviennent ! chronique publiée dans Vigousse
Les Jurassiens Camille Rebetez et Pitch Comment donnent enfin une suite à leur série culte avec une trilogie dont
voici le premier épisode. Dans Les Inaptes, ce sont les enfants et petits-enfants des protagonistes qui prennent le
relais.
À notre grand regret, Camille Rebetez (texte) et Pitch Comment (dessin) avaient mis un terme à leur saga Les Indociles en 2016 après cinq tomes, repris dans une intégrale en 2022 (Éditions Les Enfants Rouges). Mais on sentait que les auteurs avaient encore des choses à dire. Et l’adaptation en série télé par la RTS la même année a également dû les motiver à remettre l’ouvrage sur le métier. Voici donc, à notre plus grande satisfaction, une nouvelle série, annoncée comme une trilogie, publiée chez Antipodes, baptisée Les Inaptes, qui continue l’histoire avec les enfants et petits-enfants des protagonistes de départ.
Sous l’UDC, la liberté
Joe et Lulu ont la soixantaine, Chiara est morte, leurs idéaux libertaires se sont fracassés contre la réalité ; le monde du fric, de la rentabilité et de la négation de l’humain s’est installé pour durer. La ferme alternative des Indociles n’est plus. La progéniture du trio de base ne cherche plus à changer le système, elle se déclare simplement inapte à vivre dedans. C’est du moins le point où en est arrivée Bianca, la fille de Chiara, qui, après un détour par l’UDC, est devenue une ennemie acharnée de l’autorité et de la société de consommation. Elle s’ingénie à accomplir exactement l’inverse de ce qu’on attend d’elle, au grand dam de Lulu, qui l’a prise sous son aile au décès de Chiara, et qui se sacrifie régulièrement pour lui éviter des ennuis. Mégane, la fille de Joe, suit le même chemin, mais en flirtant moins avec les extrêmes. Ce qui n’est pas le cas de son frère Mickaël, diplômé de HEC qui ne rêve que d’argent facile. Avec un ami d’études, il pousse son père à revendre sa marque d’horlogerie afin de pouvoir boursicoter avec le pactole obtenu. Rendez-vous en terrain connu Même si les auteurs ont changé le titre, il s’agit bel et bien d’une suite directe des Indociles. Et aucun fan ne s’en plaindra ! On retrouve les qualités d’écriture de Camille Rebetez, qui sait jouer avec un casting nombreux et croiser les fils narratifs, maîtrise ses dialogues, et parvient en peu de touches à dresser des portraits crédibles de sa large galerie de personnages. Quant à Pitch Comment, dont les lecteurs de Vigousse peuvent apprécier le talent chaque semaine, son style minimaliste, mais d’une richesse incomparable pour les expressions faciales, rend vivante cette comédie humaine située dans un Jura qui ne dit jamais son nom.
Couleurs subtiles
Une nouvelle venue vient compléter le duo originel : Amélie Dupré. Et c’est elle, en tant que coloriste, qui apporte le plus grand changement. Jusqu’ici, Pitch assurait lui-même les couleurs, dans le même style que ses dessins de presse, à savoir des aplats uniformes. Amélie Dupré apporte une palette plus nuancée, avec des dégradés. Le résultat, très agréable, donne un rendu plus BD, et surtout plus mélancolique, ce qui au final correspond assez au ton de la série, qui croise humour et désespérance. C’est avec un plaisir immense que l’on se replonge dans l’univers des Indociles/Inaptes, et l’on attend la suite avec impatience !
Stéphane Babey, Vigousse, 24 mai 2026.







