Huitante
Becquelin, Hélène,
ISBN:978-2-88901-313-5, 2026, 208 pages, 24€
Avoir 20 ans dans les années huitante…
Description
Cette nouvelle bande dessinée d’Hélène Becquelin nous embarque dans les années 80, dans les pas d’une jeune fille solitaire, férue de punk.
Suivie par un monstre à la fois coach mental et ami imaginaire, elle va quitter son Valais natal et poursuivre ses études aux Beaux-Arts de Lausanne. Elle se confronte rapidement à la concurrence entre camarades, à la compétition féroce entres filles et au machisme ambiant.
Au fil de ses nouvelles expériences faites de rencontres, de concerts punk et d’histoires d’amour pleines de décibels et de rock, elle découvre le coeur battant de lieux alternatifs, aujourd’hui emblématiques, de Suisse romande, comme la Dolce Vita à Lausanne, les Caves du Manoir à Martigny, Fri-son à Fribourg…
– Soirée de lancement: Jeudi soir 12 mars au Bourg –
Concert dessiné et dédicaces
Extrait des planches
Presse
Hélène Becquelin croque sa jeunesse punk dans sa nouvelle BD Huitante
Valaisanne d’origine et Vaudoise d’adoption, Hélène Becquelin s’est fait connaître dès les années 2000 grâce à son blog « Angry Mum », dans lequel elle dépeignait avec humour sa vie de mère de famille. Bien des années plus tard, en 2023, la dessinatrice a été couronnée du Prix suisse de jeunesse pour son travail sur « Le Colibri », tiré d’un texte d’Elisa Shua Dusapin. Entre les deux, Hélène Becquelin a fait paraître une série de BD plus ou moins autobiographiques débutée avec les deux tomes d' »Adieu les enfants », récits ancrés dans une enfance passée à Saint-Maurice (VS) avec sa famille aux côtés de sa soeur et de son grand frère Philippe Becquelin, le regretté Mix & Remix.
Alors que « 1979 » racontait une adolescence solitaire qui trouva son salut dans la musique punk, « Huitante » (écrit en toutes lettres « pour que les Français ne puissent pas dire ‘quatre-vingt-dix' ») revient sur l’arrivée de la jeune Valaisanne dans la capitale vaudoise et plus largement sur une jeunesse à fréquenter à la fois les Beaux-Arts et sa concurrence entre camarades ainsi que les lieux alternatifs romands à la programmation punk. « J’aime plutôt les caves enfumées avec 100 % d’humidité et deux couches de gens, où tu as peur du public et du groupe qui te saute dessus. C’est ça que j’adore », raconte Hélène Becquelin dans Vertigo du 30 mars.
Ce Spleen qui l’accompagne
Entre ces deux albums, plusieurs points communs, dont le plus notable est la présence d’un monstre noir qui ne lâche pas la jeune fille d’une semelle. Spleen, c’est son nom, est toujours bienveillant, la protège et s’inquiète pour elle. Comment se manifestait-il en réalité? « Moi je pense à la dépression, explique la dessinatrice (…) Mais cela peut être un ami imaginaire, un restant de l’enfance. Je le vois aussi un peu comme un coach mental, cela peut être plein de choses ».
Ce qui frappe pourtant dans « Huitante », c’est l’assurance de la protagoniste, qui fait fi du regard des autres. « Je crois que c’est le punk qui m’a aidée à être sûre de mes goûts. Cela m’a permis de survivre aux Beaux-Arts, qui étaient très durs. Je suis une fille de prolos, je n’ai pas fait d’études, je me suis retrouvée avec des élèves un peu plus privilégiés, avec des parents qui les avaient coachés et aidés. Moi, je suis arrivée là en voulant faire de la bande dessinée. Je n’avais pas du tout la même culture et je me suis rendu compte que les professeurs étaient curieux de ce que j’aimais. Ils voyaient arriver cet OVNI et j’étais intéressante pour eux aussi », explique Hélène Becquelin.
Les années 1980, creuset de tragédies
« Huitante » rappelle aussi que les années 1980 charriaient leur lot de malheurs, malgré la nostalgie générale sur cette période. »Il y avait la guerre froide, le sida, les forêts d’acide, Tchernobyl, rappelle la dessinatrice. On se disait: ‘Mais qu’est-ce que nos adultes ont préparé comme avenir?’ Je pense que c’est aussi pour cela qu’il y a un revival des années 1980, parce que c’était la même ambiance. Je me souviens qu’on nous formait en tant que futurs chômeurs. Il y avait plein de choses qui n’étaient pas cool et moi je ne me projetais pas dans l’avenir à ce moment-là ».
Et de poursuivre: « C’était dur et j’étais dure aussi. Mais même encore maintenant. Vendredi passé, j’ai été voir un concert à Berne. J’ai foutu un coup de pied à un garçon qui embêtait toutes les filles. Je fais des doigts d’honneur, je continue à me défendre et ne pas me laisser faire! »
Propos recueillis par Anne Laure Gannac, RTS, 7 avril 2026.
Punk ou rien : portrait de l’autrice dans les pages du Courrier.
L’illustratrice valaisanne publie Huitante, une bande dessinée inspirée de son adolescence et des scènes alternatives emblématiques de ces années.
«C’est la première fois que j’ai un atelier dédié», souffle Hélène Becquelin en ouvrant la porte. Sur les murs de ce qui était, il y a peu encore, la chambre de son fils, quelques dessins encadrés donnent le ton: portraits de guitaristes, croquis de chanteur·euses et scènes de festival. Dans son art comme dans sa vie, la musique ne quitte jamais l’illustratrice.
Mais pas n’importe laquelle: le punk, ou rien. Son dernier ouvrage, Huitante, s’inscrit dans cette lignée: chaque chapitre porte le nom d’un groupe emblématique, des Clash aux Ramones. Publiée mi-mars, la bande dessinée retrace sa vie d’étudiante aux Beaux-Arts de Lausanne dans les années 1980. Une période synonyme d’émancipation pour l’artiste originaire de Saint-Maurice.
Se sentir différente
«Une copine m’a dit récemment: ‘Chez vous, il y avait beaucoup de fantaisie’», raconte Hélène Becquelin, en évoquant son enfance. Son père, mécanicien de précision, et sa mère, femme au foyer, offrent à leurs trois enfants une vie simple, mais confortable, avec «des vacances en voiture, à la mer en Italie». L’emploi paternel, en tant que fonctionnaire de la Ville de Lausanne, lui permet également, avec son frère Philippe, d’intégrer les Beaux-Arts sans payer d’écolage.
«Je me sentais très différente, car je n’avais pas fait le gymnase, je n’avais pas les codes et j’avais un ‘monstre’ accent. Mes camarades venaient de milieux plus bourgeois, mais être punk m’a sauvée. Je faisais peur.» A l’époque comme aujourd’hui, elle apprécie qu’on lui prête «un look de morte».
Tribulations ferroviaires
You leave in the morning with everything you own in a little black case. Alone on a platform, the wind and the rain on a sad and lonely face… La chanson «Small Town Boy» de Bronski Beat résonne particulièrement avec son adolescence. «Je n’avais même pas compris que c’était un morceau qui parlait d’homosexualité», s’amuse l’autrice. Dans Huitante, elle met en scène les incessants trajets en train vers les quatre coins de la Suisse, et même à l’étranger, pour se rendre à des concerts. Elle arpente alors les salles mythiques de la culture alternative, la Dolce Vita à Lausanne ou les Caves du Manoir à Martigny.
Des trajets qui s’apparentaient de toute évidence à des épopées. «Tout était compliqué à cette époque», insiste la Valaisanne. «Lausanne, c’était la big city, Genève n’en parlons pas. Lorsque nous allions au Palladium, nous restions toujours dans la même rue.» Dans son livre, une planche magnifique est dédiée à la gare de Saint-Maurice, lovée à l’entrée des Alpes et surplombée de milliers d’étoiles.
Par la suite, balancer la tête au pied d’une scène est resté son échappatoire préférée: «J’aurais fait un burn-out pendant l’écriture de ma bande dessiné si je n’étais pas allée à des concerts!», confie-t-elle. Elle devient ainsi un visage connu du monde de la nuit. Il y a quelques mois, c’est d’ailleurs Hélène Becquelin qui est entrée la première dans le Romandie rénové, le soir de l’inauguration. «Et j’ai failli être la première à être mise dehors par le videur, qui ne me connaissait pas», lance-t-elle, hilare.
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Extrait de l’article de Laura Morales Vega, Le Courrier, 9 avril 2026.
Hélène Becquelin is a Punk Rock : interview pour la sortie de Huitante sur le site de Suississimo.
Dans le paysage assez feutré mais fertile de la bande dessinée suisse romande, Hélème Becquelin a tracé son sillon au fusain et depuis quelques années a décidé d’occuper une place à part. Ni figure mainstream de la BD suisso-franco-belge, ni simple illustratrice de commande, elle avance dans son genre, avec force et originalité, à contre-courant, construisant depuis Lausanne une œuvre solide. J’avais commencé à saisir la force de son trait avec Adieu les enfants en 2018, puis il y a eu plus récemment 1979, Chroniques Palpiennes et maintenant Huitante, une oeuvre importante dans le parcours de l’artiste. Graphiste de formation, passée par l’ECAL à la fin des années 1980, elle a d’abord traversé plusieurs territoires balisés dans le monde des médias écrits avant de se recentrer vers un terrain plus intime, l’autofiction et le format du roman graphique. Un genre qu’elle détourne en reprenant certains codes issus des grandes années de Fluide Glacial ou des Humanoïdes Associés. Ce glissement a été lent et assumé, un blog dans les années 2000, Angry Mum, où l’humour est corrosif, l’observation des mères du quartier sans pitié. Maternité, normes sociales, hypocrisies y passent à la moulinette du crayon et des pinceaux, magie du quotidien, la matière se renouvelle d’elle-même et les situations servant d’inspiration sont légion. La matière autobiographique deviendra pour Hélène, au fil des albums, une ligne de vie artistique, une direction. L’autofiction prenant son ancrage dans des familles artistiques tels que le punk rock et dans les sphères culturelles multiples de notre petit région helvétique linguistiquement minoritaire s’impose comme le véritable cœur du réacteur Becquelinesque. Avec Adieu les enfants, 1979, puis Huitante, Hélène Becquelin délaisse progressivement le rire frontal pour explorer les strates de la mémoire : l’enfance valaisanne, l’adolescence, la vie familiale en Valais comme à Lausanne, l’amour, la séduction, les bandes, les banques qui s’entrecroisent, les bandes qui se toisent, les attitudes de filles en groupe, les mauvaises manières des jeunes hommes pas encore déconstruits. Dans le nouveau livre Huitante, on vit avec cette angoisse de voir une personnage centrale se faire agresser ou on rigole aux extravagantes scènes de premières rencontres sous le prisme de la sexualité un peu brute et gauche. Hélène vise juste et crée une tension.
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Extrait de l’article de David Glaser, Suississimo, 31 mars 2026.
Avec «Huitante», Hélène Becquelin devient (presque) adulte
Après l’enfance et l’adolescence, la dessinatrice continue de dérouler son fil autobiographique. Portrait d’une jeune femme au décalage assumé.
Elle a 20 ans dans les années 80, Hélène. Elle ne rêve que de s’échapper de son trou valaisan, où, avec sa longue mèche noire, elle est «la martienne». Sa passion pour la musique lui fait sillonner la Suisse et au-delà – ouh, la crâneuse qui rapporte de Paris un sac estampillé Fnac! – pour assister à des concerts. Les membres de The Clash, The Cure, The Ramones, Les Dogs… se retrouvent ainsi croqués au fil des planches, comme tant d’autres que l’auteure a dessinés ces dernières années dans ses « Chroniques palpiennes».
Hélène, donc, est adulte, ou presque. Dans ses pérégrinations comme au quotidien, elle a toujours à ses côtés son monstre aux airs mi-Barbapapa, mi-figure à la Miyazaki, un peu lourd et perdu sans elle mais toujours bienveillant. La géniale trouvaille apparaissait déjà dans l’opus autobiographique précédent, «1979» (2020). Cette fois, nous sommes en plein dans les années sida. La menace qui plane renforce les préjugés de beaucoup envers les gays, ces «tapettes». Hélène, elle, se cherche, est déterminée à perdre sa virginité. Être une rebelle post-punk n’empêche pas des préoccupations somme toute assez communes.
Avoir 20 ans dans les années «Huitante»
Ce qui frappe le plus, c’est l’assurance de la jeune femme – il est vrai que son monstre prend beaucoup sur lui. Oui, il y a la solitude, le décalage avec les copines, les questionnements sur les Beaux-Arts, mais Hélène assume: ses goûts musicaux évidemment – écouter Genesis, c’est niet – mais aussi cinématographiques, ses envies mais aussi ses dégoûts – pas très réussi, ce taillage de pipe testé sur le frère bourré d’une copine. Elle ne craint pas de remettre les lourds, dragueurs ou pas, à leur place, y compris les plus inquiétants qui pourraient devenir de vrais monstres. Et puis, il y a ce Momo croisé et recroisé avec lequel, décidément, ça va finir par le faire. Vingt ans, c’est quand même, parfois, le plus bel âge de la vie.
Nul besoin d’être fanatique de musique pour apprécier le récit graphique au lavis (emploi d’une seule couleur), même si certaines planches donneront forcément à certains la nostalgie des soirées enfumées de la capitale vaudoise. Mais l’entrée dans l’âge adulte d’une jeune Valaisanne qui part étudier à Lausanne a des accents universels. Les planches les plus fortes sont d’ailleurs celles qui dépeignent la jeune Hélène, en attente, en partance, seule ou accompagnée, sur un quai de gare. L’évasion est au bout du trait.
Albertine Bourget, 24 Heures, 20 mars 2026.






