Une histoire de Veytaux

Gaillard, Olivier,

2020, 330 pages, 35 €, ISBN:978-2-88901-166-7

Ce récit suit plusieurs générations de la famille Delarottaz, une famille autrefois importante dans la région de Montreux, mais éteinte depuis le début du XXe siècle… et aujourd’hui oubliée.

Olivier Gaillard leur redonne la parole. Il s’est intéressé aux maisons qu’ils ont bâties et habitées, à leur vie de famille, à leurs démêlés juridiques, aux épreuves qu’ils ont dû affronter, à leurs relations avec leurs voisins et avec les seigneurs bernois, puis avec la Suisse comme entité politique.

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Description

Ce récit suit plusieurs générations de la famille Delarottaz, une famille autrefois importante dans la région de Montreux, mais éteinte depuis le début du XXe siècle… et aujourd’hui oubliée. On découvre des paysans-notables ayant marqué la vie régionale sous la domination bernoise: de nombreux syndics, mais aussi des juges du consistoire de la paroisse de Montreux et surtout des juges de la Cour de Chillon, ainsi que deux châtelains de cette juridiction.
Au moment de la Révolution vaudoise, en 1798, Jean Delarottaz prit une part active dans les événements, puis, pendant l’Helvétique, devint membre de la Chambre administrative, dont il fut “démissionné” en janvier 1800. Injustement méconnu, attachant, fin lettré, très proche politiquement de Jules Muret, il resta sans interruption, dès 1803 et jusqu’à sa mort en 1812, syndic de son village et membre du Grand Conseil vaudois.

Olivier Gaillard redonne la parole à ces oubliés de l’histoire. Il s’est intéressé aux maisons qu’ils ont bâties et habitées, à leur vie de famille, à leurs démêlés juridiques, aux épreuves qu’ils ont dû affronter, à leurs relations avec leurs voisins et avec les seigneurs bernois, puis avec la Suisse comme entité politique.

Table des matières

Avant-propos de Gilbert Coutaz

Prologue. Danser avec les morts perdus

Partie I. De la domination bernoise à la République lémanique

1. Premier pas vers le passé: La Maison Neuve

2. Veytaux, le territoire et les sujets

3. Jaques Delarottaz et la Maison Vieille (1600-1637)

4. Entre Consistoire et Cour baillivale: jouer avec le feu (1637-1672)

5. Liaisons dangereuses et morts prématurées (1672 – 1702)

6. Petites férocités judiciaires: François Delarottaz (37)

7. François Abraham, Jaques, François Louis, David, Béat et Jean Rodolphe (1728-1780)

8. Grands travaux d’infrastructure

9. Construction de la Maison de Commune

10. La deuxième vie du châtelain François Abraham Delarottaz

11. La «seringue», les bois, les ladres & les gueux

12. La Veuve Rose

13. Attentat aux archives & délicatesses matrimoniales

14. La Révolution vaudoise vécue à Veytaux

Partie II. Jean Delarottaz et la République helvétique: de l’euphorie au coup de balai

15. Droits féodaux, la belle affaire

16. 1799

17. 1800: changement de cap sur la question des droits féodaux

18. Baroud d’honneur à la Chambre administrative

19. Les factions: Oligarques vs Patriotes (1801-1802)

 

Généalogie de la famille Delarottaz

Index

Bibliographie

Table des illustrations

Crédits photographiques

 

Presse

Compte-rendu dans la Revue historique vaudoise 129/2021

C’est à une saga familiale que nous convie Olivier Gaillard. Les Delarottaz de Veytaux remontent au moins au XVe siècle ; certains registres ont brûlé en 1609, empêchant une reconstitution plus lointaine. Dès le siècle suivant, exploitants agricoles et possesseurs de vignobles, ils sont aussi des notables locaux : communiers, ils bénéficient de privilèges sur les biens communs, moyennant une redevance ; la plupart obtiennent la syndicature du village, quelques-uns sont membres du consistoire, le tribunal des mœurs ; certains accèdent à la magistrature : par exemple François (1610-1672) est juré dans la juridiction de Chillon ; son fils Jaques (1644-1719) est justicier auprès de la même instance ; un cousin, Jean (1656-1729) atteint même la charge de châtelain de cette même juridiction, honneur qui revient aussi à François-Abraham (1700-1782). Leurs alliances matrimoniales avec d’autres familles locales, les Masson par exemple, tissent un réseau serré ; l’auteur évoque ce « fonctionnement clanique » (p. 70) où les mêmes se retrouvent dans tous les rouages com-munaux et paroissiaux. Leurs propriétés s’étendent jusque dans la plaine à Rennaz et Noville. On comprend donc pourquoi il est possible, à travers cette famille, de faire l’histoire du village ; comme le dit justement Gilbert Coutaz, qui signe l’avant-propos : « Il y a en fait superposition de l’histoire familiale et de l’histoire communale. » (p. 5). Après un prologue d’une belle facture poétique (Olivier Gaillard a écrit plusieurs romans et a enseigné la littérature et la philosophie), l’auteur consacre le premier chapitre à la construction, en 1797, de la « maison neuve », par deux frères, Jean (1753-1812) et François-Abram (1759-1822), qui ont épousé deux sœurs : Marguerite et Judith Brocard. Coup de projecteur sur l’une des bâtisses qui témoignent de l’empreinte laissée par cette famille dans Veytaux ; l’autre, la « maison vieille » date de 1631, et a été érigée par leur arrière-arrière-grand-père Jaques (~1580-~1658). Cette entrée en matière permet d’introduire Jean, celui qui joue un rôle important en dehors du cercle local, lors de la révolution vaudoise et dans la politique cantonale jusque sous la Médiation. La seconde partie de l’ouvrage lui est consacrée. Puis retour arrière, depuis les plus lointains ancêtres jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Le fil généalogique est parsemé de détails piquants sur la vie locale : pages intéressantes sur le rôle du consistoire, sur la sévérité des mœurs (interdiction des danses, des jeux, répression de la paillardise, etc.), sur le procès d’une sorcière. Les nombreuses citations extraites des registres paroissiaux, consistoriaux, notariaux, illustrent ces pratiques ancestrales, expliquent aussi la rudesse des caractères bien trempés par l’existence difficile de paysans de montagne. Mais, le lecteur se perd parfois dans les méandres de cette famille tentaculaire : au bout de trois ou quatre générations, vu le nombre élevé d’enfants par couple, il n’est pas facile de s’y retrouver, malgré la généalogie rigoureusement établie en fin de volume. Jean, le bâtisseur de la « maison neuve » en 1797 est un fervent patriote dès l’année suivante ; il participe à l’Assemblée provisoire, puis est nommé agent national dans son village. Sa fidélité à la République helvétique est toutefois conditionnée par le sort que celle-ci réserve à l’abolition complète et sans rachat des droits féodaux ; déçu sur ce chapitre et parfois récalcitrant, Jean n’en demeure pas moins respectueux des autorités établies. En 1799, il est nommé à la Chambre administrative, la plus haute autorité cantonale à côté du préfet. On peut s’étonner de cette promotion ; notable certes, mais d’une petite commune, quelle pouvait être sa notoriété au-delà, quelles compétences pouvait-il faire valoir ? Il a été ovationné le 19 juin 1799 dans une séance du Grand Conseil helvétique, où son éloquence a été remarquée ; il s’est lié avec des hommes en vue comme Béat-Ferdinand Testuz ou François-Étienne Jaunin ; sa ligne est apparemment proche de celle de Muret. Ce fut sans doute suffisant dans ce Canton du Léman où les capacités ne sont pas légion. Jean sera l’une des victimes de la répression qui suivit l’affaire de l’Adresse anarchique : il est « démissionné » en janvier 1801. L’ouvrage se termine sur la crise des Bourla-Papey et sur la guerre civile de l’été 1802. Un second volume fera sans doute connaître et la suite de la carrière politique de Jean dans le Grand Conseil vaudois, et celle de cette famille, dans laquelle on remarque, entre autres, Jean-Jacques (1787-1882), fils de Jean, également député au Grand Conseil et personnalité hors du commun.

Étienne Hofmann