Joséphine Clofullia, la Dame à barbe de Genève

Trajectoire d’une célébrité inconnue

Ulmi, Nic,

ISBN:978-2-88901-322-7, 296 pages, 2026, 25€

Femme à barbe genevoise devenue une célébrité mondiale, Joséphine Clofullia Boisdechêne (1829-1870) est restée quasi inconnue au bord du Léman. Ce livre lui offre enfin sa biographie. Une plongée dans l’époque où nos définitions de la diversité humaine se mettent en place entre laboratoires scientifiques, culture de masse naissante et freak shows.

Format Imprimé - 30,00 CHF

Description

Au milieu du XIXe siècle, Joséphine Boisdechêne quitte son village natal de Versoix, au bord du Léman, et part dans le monde pour montrer sa barbe. Cette singularité faciale fera d’elle Madame Clofullia, “The Swiss Bearded Lady”, première femme à barbe à devenir une célébrité planétaire à l’époque où les exhibitions de phénomènes de foire se mondialisent dans le cadre de la culture de masse naissante.

Sa carrière commence à Londres, explose à New York et sur le territoire états-unien, fait des crochets par Cuba et le Canada, se prolonge en Australie et Nouvelle Zélande, revient en Europe et s’arrête dans le Somerset anglais, où Joséphine meurt pauvre en 1870, âgée de 41 ans.

Madame Clofullia aura laissé des traces sur trois continents et marqué les esprits un peu partout dans le monde… mais pas au bord du Léman, où le seul signe de son passage est l’inscription de son baptême dans les registres de l’état civil. Malgré la célébrité du personnage, malgré le potentiel romanesque de sa biographie et de sa saga familiale, malgré les résonances entre sa trajectoire et nos questionnements contemporains (sur la diversité humaine, sur les identités individuelles et collectives, sur les facteurs qui déterminent nos choix de vie, sur le foisonnement de faux récits dans les médias…), malgré tout cela, la véritable histoire de Joséphine Clofullia n’avait encore jamais été racontée.

Table des matières

INTRODUCTION : MADAME CLOFULLIA ET NOUS . . . . . . . . . . . .  7
Madame Clofullia et moi. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  8
ELLE SE DÉCOUVRE LE VISAGE, ET SA BARBE APPARAÎT
(SAINT-LOUIS, MISSOURI, 1856). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  11
« UNE CURIEUSE CONTRIBUTION À LA PHYSIOLOGIE »
(LONDRES, 1851-1852) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  19
« UNE FEMME PEUT ACCOMPLIR À PEU PRÈS TOUT CE QU’ELLE
ENTREPREND » (BOSTON-NEW YORK, 1853). . . . . . . . . . . . . . . . .  33
LE PÉRIPLE ENGLOUTI (VERSOIX-BREST, 1851) . . . . . . . . . . . . . .  45
« LE PUBLIC PREND PLAISIR À ÊTRE TROMPÉ »
(NEW YORK, JUILLET 1853). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  59
LES LEVERS DE LA DAME À BARBE
(ÉTATS-UNIS, 1853-1855). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  67
LES MERVEILLES VIVANTES DU FAUX COLONEL
(ÉTATS-UNIS ET CUBA, 1854-1858). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  75
« Le Barnum de l’Ouest ». . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  77
En tournée avec le faux colonel. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  82
Le spectacle de la maternité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  87
Le gazouilleur venu de Gênes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  94
Du musée qui roule au cirque qui flotte. . . . . . . . . . . . . . . . .  97
294
« LA DAME À BARBE AYANT QUITTÉ MON DOMICILE CONJUGAL »
(ÉTATS-UNIS ET CUBA, 1858-1861) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  103
LE DÉDOUBLEMENT DE MME CLOFULLIA
(LONDRES, LEYDE, BARCELONE, GENÈVE, 1852-1876). . . . . . . . . . .  111
LA BRANCHE NOMADE DES BOISDECHÊNE
(MONTBÉLIARD-GENÈVE, 1680-1850). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  125
CLOFULLIA, LES SALTIMBANQUES VENUS DU SUCRE
(TSCHLIN-HYÈRES, 1790-2025). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  135
UNE FAMILLE EN OCÉANIE
(SAN FRANCISCO-AUCKLAND, 1862-1865). . . . . . . . . . . . . . . . . . .  145
LE CARRÉ DES PAUVRES
(TWICKENHAM-BRIDGWATER, 1865-1870) . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  157
« Mon fils et moi-même étions
les plus grandes anomalies de la nature ». . . . . . . . . . . . . . . . .  166
LA FEMME À BARBE ORIGINELLE
(PEÑARANDA-NEW YORK, 1590-1881). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  177
L’invention de la « pogonologie ». . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  179
Des images qui voyagent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  180
Des barbues entre les cours. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  182
Une velue d’Augsbourg à Genève. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  183
Une science nourrie de superstition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  185
La barbe des guerrières. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  186
On en parle en 1800. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  187
L’hermaphrodite devenue femme à barbe. . . . . . . . . . . . . . . .  190
« Point aussi rare qu’on pourrait le croire ». . . . . . . . . . . . . . . .  199
Les poils du désir. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  202
« La pénurie de phénomènes ». . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  204
« La femme à barbe se multiplie ». . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  206
QUE RACONTE CETTE HISTOIRE ?
(NEW YORK-GENÈVE, 1920-2025). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  209
« Une vie normale, voire extraordinaire ». . . . . . . . . . . . . . . . .  209
Exhiber, coloniser. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  216
À la barbe du sexe et du genre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  218
L’emprise de l’affabulation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  221
CONCLUSION : UNE CÉLÉBRITÉ INCONNUE ?. . . . . . . . . . . . . . .  229
CHRONOLOGIE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  233
BONUS ET BIBLIOGRAPHIE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  241
Sources : documents d’archives. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  241
Sources publiées : journaux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  245
Sources publiées : ouvrages, articles de revues, tracts et affiches 267
Images. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  274
Sites généalogiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  275
Littérature secondaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  275
CRÉDITS IMAGES. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  289

Annexes bonus

Joséphine Bibliographie en ligne

Lien vers la carte interactive retraçant le parcours de Joséphine Clofullia

Presse

Joséphine Clofullia, la femme à barbe qui a conquis le monde

Au XIXe siècle, une jeune femme originaire de Versoix quitte les rives du Léman pour parcourir le monde. Sa particularité ? Elle porte une barbe. Une différence physique qui va faire d’elle une véritable célébrité internationale, avant de tomber presque complètement dans l’oubli.
Son nom, c’est Joséphine Clofullia Boisdechêne. Son destin hors du commun est aujourd’hui retracé dans le livre « Joséphine Clofullia, la Dame à barbe de Genève », paru aux Éditions Antipodes.
Pour découvrir son histoire et comprendre ce qu’elle nous raconte de son époque, je reçois Nic Ulmi, historien, journaliste et auteur de cet ouvrage.

Invité : Nic Ulmi
Animation : Lola

Une interview sur Radio Vostok, par Lola, 14 octobre 2026.

 


«Rasez, rasez Joséphine?», chronique du livre parue dans Le Temps

Il y a quelques années, Nic Ulmi tombait un peu par hasard sur la Genevoise Joséphine Clofullia, qui fit le tour du monde, entre 1850 et 1870, pour exhiber ses attributs pileux. Il en tire aujourd’hui un livre à la fois joyeux et passionnant.

C’est un daguerréotype réalisé en 1856 dans le studio de Thomas Easterly, à Saint-Louis, dans le Missouri. On y voit une jeune femme d’une vingtaine d’années, habillée et coiffée selon la mode de l’époque. Une image parfaitement traditionnelle à un détail près: cette large barbe noire et fournie qui lui mange les joues et le menton.

Cette photographie est la seule que l’on possède de Joséphine Clofullia, née Joséphine Boisdechêne à Versoix le 25 mars 1829. Joséphine, une femme à barbe à la fois très célèbre en son temps et parfaitement élusive, à laquelle Nic Ulmi consacre un livre passionnant.

Entre 1851 et 1870, Joséphine et ses attributs traversèrent une bonne partie de la planète : la France, l’Angleterre, l’Ecosse, les Etats-Unis, Cuba, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande… Elle s’exhiba (c’est le terme consacré) dans différents types d’attractions foraines, et notamment dans l’étrange American Museum du fameux P. T. Barnum, à Broadway – un endroit qui tenait plus du cabinet de curiosités et du zoo humain que du musée à proprement parler. Joséphine fit les titres (et quelques fois les gros) de la presse plus ou moins sérieuse et se retrouva sur quantité de papillons publicitaires. Elle eut une soeur, Marie Elisa, tout aussi barbue qu’elle (et qui s’exhibait également), ainsi qu’un fils, Albert – surnommé, pour les besoins des spectacles qu’il assurait en duo avec sa mère, Esaü, en référence au personnage biblique qui était né «roux, tout couvert de poils comme d’une fourrure» (Gn 25: 25). On prêta à Joséphine beaucoup d’exploits légendaires (Louis-Napoléon Bonaparte, le futur Napoléon III, l’aurait couverte de diamants pour saluer le fait qu’elle taillait sa barbe comme lui – pure affabulation), elle fut surnommée «The Swiss Bearded Lady», on l’accusa (à tort) d’être un homme travesti. Mais pendant longtemps, on n’a quasiment rien su d’elle.

Nic Ulmi est médiateur culturel pour les Bibliothèques municipales de la ville de Genève. Il est historien, il fut journaliste – c’est d’ailleurs, comme il l’explique dans l’introduction de son livre, à l’époque où il était au Temps qu’il tomba pour la première fois sur la figure de Joséphine Clofullia, alors qu’il travaillait à un papier sur Conchita Wurst, la drag-queen autrichienne vainqueure de l’Eurovision 2014. «J’ai été très intrigué de découvrir qu’une femme genevoise était devenue une des premières célébrités mondiales en montrant sa barbe, et par le décalage entre sa célébrité intercontinentale en son temps et sa quasi absence de la mémoire genevoise», nous explique-t-il.

Il fallait remédier à cet oubli; ce sera par le biais du présent livre. […]

Extrait de l’article de Philippe Simon, Le Temps, 17 octobre 2026.


Recension parue dans Le Courrier

Nic Ulmi, réalisateur du podcast sur Hélène Smith, vient de publier Joséphine Clofullia, sur une autre Genevoise étrange et célèbre. Née à Versoix en 1829, Joséphine Boisdechêne fait de sa pilosité faciale un atout: au milieu du XIXe siècle, elle quitte son village au bord du Léman pour montrer sa barbe dans le monde entier. The Swiss Bearded Lady se produit sur trois continents alors que les phénomènes de foire sont à la mode. Sous le nom de Joséphine Clofullia, elle devient une célébrité planétaire et marque les esprits partout, sauf à Genève qui n’en garde aucune trace. Nic Ulmi signe un ouvrage passionnant sur une trajectoire incroyablement romanesque, qui fait écho à nos questionnements contemporains sur les identités sexuelles et montre la naissance d’une culture de masse «qui brasse sans souci le faux et le vrai».

Anne Pitteloud, Le Courrier, 9 octobre 2026.