Conversions religieuses et liberté

Regards croisés entre le christianisme et l’islam

Simona, Roberto,

ISBN: 978-2-88901-209-1, 2022, 255 pages, 23€

Alors que le débat tend à se focaliser sur la radicalisation, le sujet de la conversion reste peu étudié. Cet ouvrage vient combler une lacune importante. Il croise le regard sur des parcours de conversions avec une enquête qualitative de longue haleine.

On trouvera dans ce livre de belles restitutions d’expériences individuelles qui laissent entrevoir la diversité des trajectoires et permettront notamment d’apporter des pistes aux questions suivantes: Qui sont ces personnes converties? Comment se sont-elles converties? Y a-t-il des différences dans les processus de conversion, selon qu’on choisisse l’islam ou le christianisme? Quel rôle jouent les Églises ou les associations religieuses dans ce processus? Quelles conséquences les personnes converties doivent-elles assumer à la suite de leur choix?

Ce livre constitue l’une des premières études comparatives sur des personnes résidants en Suisse qui se sont converties du christianisme à l’islam ou de l’islam au christianisme.

Format Imprimé - 29,00 CHF

Description

Alors que le débat tend à se focaliser sur la radicalisation, le sujet de la conversion reste peu étudié. Cet ouvrage vient combler une lacune importante. Il croise le regard sur des parcours de conversions avec une enquête qualitative de longue haleine.

On trouvera dans ce livre de belles restitutions d’expériences individuelles qui laissent entrevoir la diversité des trajectoires et permettront notamment d’apporter des pistes aux questions suivantes: Qui sont ces personnes converties? Comment se sont-elles converties? Y a-t-il des différences dans les processus de conversion, selon qu’on choisisse l’islam ou le christianisme? Quel rôle jouent les Églises ou les associations religieuses dans ce processus? Quelles conséquences les personnes converties doivent-elles assumer à la suite de leur choix?

On comprendra, en lisant cet ouvrage, que les parcours de conversion se ressemblent beaucoup plus qu’on ne l’imagine. En revanche, la conversion ne produit pas les mêmes effets sur les plans individuel et collectif. Car si elle constitue un facteur d’intégration dans la société suisse pour les personnes nées dans l’islam et converties au christianisme; inversement, les Suisses devenus musulmans semblent devenir étrangers à leur société d’origine.

Par ses analyses, l’auteur, politologue et spécialiste du dialogue entre les religions, montre comment la conversion est intimement liée à la notion de liberté et aux parcours de vie.

Roberto Simona est docteur en science politique de l’Université de Lausanne. Cet ouvrage est issu de sa thèse de doctorat. Il est actuellement actif dans le domaine de la liberté religieuse et des dynamiques interculturelles au niveau local, national et international pour plusieurs associations, institutions et universités.

Préface de Mounia Bennani-Chraïbi.

Table des matières

INTRODUCTION

1. DE LA THÉORIE À LA RENCONTRE AVEC LES PERSONNES CONVERTIES
2. LA CONVERSION DANS L’ESPACE INSTITUTIONNEL RELIGIEUX
3. LE PARCOURS DE CONVERSION
4. SYMBOLES, OBJETS ET PRATIQUE DE LA NOUVELLE RELIGION
5. LA CONVERSION EN SUISSE, UNE DÉVIANCE ?

CONCLUSION

BIBLIOGRAPHIE

Presse

Roberto Simona, Conversions religieuses et liberté

En 2019, Roberto Simona a soutenu sa thèse de doctorat en sciences politiques à l’Université de Lausanne (UNIL), intitulée « Une étude sociologique du processus de conversion en Suisse : du christianisme à l’islam et de l’islam au christianisme ». Le livre ici recensé est basé sur cette thèse. Simona est surtout un spécialiste des conditions de vie des chrétiens dans les pays majoritairement musulmans, ce qui l’a mené à enquêter sur les parcours des convertis au christianisme aussi bien que sur les enjeux des libertés religieuses. Cette perspective a été ensuite élargie aux Suisses qui se convertissent à l’islam, pour mener à une recherche comparative entre des personnes converties au christianisme et des individus convertis à l’islam.

Au sujet de la problématique de l’ouvrage, l’auteur précise qu’il s’agit « d’approfondir par une approche sociologique la connaissance du phénomène de la conversion et de comprendre les parcours et les motivations des convertis (…) et de comprendre qui sont les converti.e.s à l’islam et au christianisme en Suisse » (p. 11). Ce livre se décline en cinq parties : dans la première sont décrites les données relatives à son échantillon étude, notamment celles concernant la présence musulmane en Suisse. Pourtant, les chiffres sur le nombre de convertis restent difficiles à établir (même si des estimations ont été avancées, allant d’une cinquantaine de personnes musulmanes converties au catholicisme chaque année au chiffre de 5000 Suisses convertis à l’islam depuis 2000). Dans ce même chapitre, Simona évalue également les recherches sur la conversion, tout en signalant les difficultés liées à l’enquête sur ce phénomène, dues notamment à la diversité des convertis et au changement de leurs récits dans le temps. L’auteur a finalement privilégié l’approche de Howard Becker, c’est à dire la définition de la conversion comme déviance, suivant quatre pistes de recherche : le contexte de la première transgression (1), la rencontre avec un agent médiateur (2), les moments tournants dans l’engagement avec la nouvelle religion (3) et les conséquences de la conversion (4).

La deuxième partie traite de la conversion dans l’espace institutionnel religieux. L’auteur attire l’attention sur l’individualisation de la religiosité en Suisse et sur la faiblesse de la religion institutionnalisée. Il compare la rigidité de l’église catholique, qui souffre de la rupture avec l’héritage religieux, au dynamisme des milieux évangéliques qui mènent des activités missionnaires auprès des jeunes. Pourtant, ni l’église catholique ni l’islam en Suisse ne mettent en place des mécanismes missionnaires. La flexibilité et l’enthousiasme des groupes évangéliques expliqueraient selon l’auteur leur réussite dans la conversion de certains musulmans. Quant à l’islam, il bénéficie de l’interaction sociale des Suisses avec l’immigration musulmane, malgré la fragmentation et la faiblesse des structures religieuses musulmanes.

Dans les deux premiers chapitres, Simona expose donc les données relatives aux contextes religieux de la conversion en Suisse. A partir de la troisième partie, il s’intéresse plus particulièrement aux parcours des convertis. Ces derniers passent selon l’auteur par six étapes : l’abandon de la religion héritée (1) ; la rencontre avec l’agent modérateur de la conversion (2) ; la profession de foi (3) ; le maintien de la conversion (4) ; l’apprentissage de la nouvelle religion (5) ; et la transmission de la religion à ses enfants (6) (p. 77). L’approche adoptée est psycho-sociologique ; Simona souligne que les convertis, avant de rencontrer les agents modérateurs à l’étranger ou en Suisse, ont tous vécu des difficultés avec leurs anciennes religions ou cultures, généralement associées à des crises de transmission religieuse, de famille ou de vie. Deux exemples illustrent ces difficultés ; d’abord le cas de Fatema qui s’est convertie au christianisme au Maroc avant de rejoindre la Suisse et dont la rupture avec sa religion initiale, l’islam, a commencé au moment où sa famille voulait lui imposer l’apprentissage du Coran et le port du voile (p. 85). Ensuite, le cas de Franz qui s’est converti à l’islam en Suisse du fait de l’incohérence qu’il a observée entre ce qui est prêché à l’église et la vie quotidienne des fidèles qui la fréquentent (p. 85).

La quatrième partie est consacrée aux processus d’appropriation des symboles religieux par les convertis (la Bible, le Coran, la croix, le voile, le ramadan, etc.). Elle aborde également la question du changement de prénom comme signe de rupture avec l’ancienne religion. Les convertis au christianisme semblent être surtout attirés par le surnaturel, alors que les nouveaux musulmans sont intéressés par les rituels qui tendent à structurer la vie quotidienne. Toutefois, les personnes converties sélectionnent les symboles de leur nouvelle religion en fonction de leurs propres besoins spirituels (p. 185). Cette dimension de l’adaptation se manifeste dans le cadre des fêtes religieuses, lors desquelles les nouveaux chrétiens ou musulmans doivent composer avec les ruptures d’avec leurs familles et amis du fait de la conversion et la difficulté de s’intégrer dans leur nouvelle communauté religieuse.

La cinquième partie est dédiée à la conception de la conversion comme déviance. Ici, l’analyse est particulièrement intéressante dans la mesure où elle montre comment la conversion est perçue comme une déloyauté par les anciennes communautés religieuses des convertis ; ces communautés chrétiennes ou musulmanes vivent ce choix comme une transgression de la norme commune ou comme un apostat, en portant un regard extérieur sévère sur les convertis (p. 201). L’auteur ajoute que les conversions revêtent « des connotations de trahison envers l’appartenance sociale et culturelle dans laquelle on a grandi » (p. 212). Il apparaît également que les réactions diffèrent selon qu’il s’agisse d’une conversion à l’islam ou au christianisme : « le rejet de la personne devenue musulmane peut parfois cacher des sentiments racistes alors que, pour les convertis au christianisme, la conversion peut susciter des menaces pouvant mettre en danger physiquement la personne » (p. 220). Simona conclut son étude en mettant l’accent sur le caractère interactif (les rencontres avec les autres), transnational (voyages, globalisation, etc.) et irrépressible (cheminement libre et personnel) de la conversion. Il souligne l’importance de la rencontre amoureuse, avec une femme ou un homme chrétien·ne ou musulman·e, et l’adhésion religieuse nouvelle qui en résulte. En outre, l’auteur attire l’attention sur les expériences significatives que les personnes converties ont eues dans un pays étranger. Enfin, l’ouvrage montre la quête de liberté de conscience de ces convertis, face à la pression sociale que des individus ou des groupes peuvent exercer sur celles ou ceux qui abandonnent une religion pratiquée par une majorité.

Ce livre est une excellente étude du processus de la conversion religieuse et des ruptures qu’il induit dans l’espace religieux et social. On notera aussi la mise en exergue des conversions comme expériences religieuses uniques aux individus. Même si le choix d’une nouvelle religion ne naît pas nécessairement d’un rejet de la religion transmise, des habitudes ou des symboles identifiés comme chrétiens ou musulmans, la conversion perturbe les groupes sociaux, dérange les mécanisme des relations familiales et provoque des réactions négatives de la majorité des individus autour du converti (p. 220). En ce qui concerne sa méthodologie, l’auteur démontre une maîtrise remarquable des enjeux anthropologiques et sociologiques de la conversion religieuse ainsi que de la complexité des appartenances.

Un compte rendu de Abdessamad Belhaj dans Lectures, le 5 janvier 2023.