31 décembre 2026

Quand l’incendie s’éteint, que reste-t-il?

L’incendie de Crans-Montana a brutalement rappelé que certaines catastrophes ne s’achèvent pas avec la fin de l’urgence. Une fois les flammes éteintes et l’attention médiatique déplacée, commence un temps plus long, plus discret, fait de corps marqués, de vies transformées et de relations à reconstruire.

Depuis janvier 2026, l’incendie de Crans-Montana occupe une place centrale dans l’espace public. L’événement est encore là, présent dans les médias, dans les discussions, dans les esprits. Pour les personnes brûlées et leurs familles, ce temps de l’actualité coexiste avec une autre temporalité, plus intime, celle d’une vie brutalement interrompue ou durablement transformée.

Il y a une dizaine d’années, nous publiions aux Éditions Antipodes Grands brûlés de la face. Épreuves et luttes pour la reconnaissance d’Alexandre Dubuis. Ce livre ne s’intéresse pas à la catastrophe comme événement spectaculaire. Il porte plutôt sur ce qui commence quand l’hôpital est quitté, quand les soins aigus sont terminés, quand il faut réapprendre à être dehors, parmi les autres.

Relire ce livre aujourd’hui, alors que la Suisse commence à mesurer les conséquences humaines de l’incendie de Crans-Montana, donne le sentiment qu’il contient déjà des clés essentielles pour comprendre ce qui attend certaines familles sur le temps long. Non pour annoncer une fatalité, mais pour rappeler que la reconstruction ne se joue pas seulement dans les soins. Les Grands brûlés ont ensuite toute la vie pour se réapproprier un corps malmené et retrouver – c’est possible – la joie de vivre.

Être éditeur, pour nous, c’est aussi cela. Publier des livres qui ne collent pas à l’actualité immédiate, mais qui deviennent, parfois des années plus tard, des points d’appui pour penser ce que nous traversons collectivement, quand l’urgence est passée et que tout commence vraiment.

Guillaume Henchoz