Nouvelles Questions Féministes Vol. 39, No 1

Partir de soi: expériences et théorisation

Mathieu, Marie, Mozziconacci, Vanina, Ruault, Lucile, Weil, Armelle,

2020, 184 pages, 25€, ISBN:978-2-88901-177-3

Ce numéro propose de “partir de soi” afin de penser les formes de domination patriarcale et ses théorisations, il offre au lectorat des repères pour penser en féministe à partir des expériences vécues

Format Imprimé - 32,00 CHF

Description

Ce numéro propose de “partir de soi” afin de penser les formes de domination patriarcale et ses théorisations. Le Grand angle porte sur les “épistémologies féministes situées” (aussi appelées “épistémologies du point de vue”), qui sont de plus en plus fréquemment mobilisées dans les espaces scientifiques et militants. Ses quatre articles soulignent l’intérêt de ces épistémologies pour penser et pour lutter, mais aussi les tensions qui les traversent. Il aborde ainsi le positionnement politique féministe lorsqu’il engage à dire “nous”: d’abord avec le féminisme radical des années 1960-1970 aux États-Unis, qui doit prendre en considération la multiplicité des vécus des femmes (Léa Védie), ensuite dans le cas des mobilisations contre le féminicide, qui implique l’absence des victimes directes (Margot Giacinti). Il montre également comment la théorie féministe, lorsqu’elle s’enracine dans les expériences des femmes, permet de décrire les déficits de sensations vécus par nombre d’entre elles et d’élaborer des pratiques thérapeutiques (Anaïs Choulet). Enfin, le dossier propose une typologie des “épistémologies du standpoint” qui montre la variété et la conflictualité de leurs interprétations(Delphine Frasch). Ainsi, ce numéro de NQF offre au lectorat des repères pour penser en féministe à partir des expériences vécues

 

Sommaire

Édito

• Pour un usage fort des épistémologies féministes
(Marie Mathieu, Vanina Mozziconacci, Irène-Lucile Ruault et Armelle Weil)

Grand angle

• Une lutte à soi. La politique en première personne des féministes des années 1970
(Léa Védie)

• Remédier au paradoxe de l’expérience corporelle au moyen d’une épistémologie du point de contact
(Anaïs Choulet)

• “Nous sommes le cri de celles qui n’en ont plus”: historiciser et penser le féminicide
(Margot Giacinti)

• Les féminismes du standpoint sont-ils matérialistes?
(Delphine Frasch)

Champ libre

• Comment faire bénéficier les retraités des dividendes du patriarcat? Débats scientifiques et solutions politiques (Suisse, 1946-1995)
(Marion Repetti et Jean-Pierre Tabin)

Parcours

• Michèle Le Dœuff, une philosophe féministe. Cheveux courts, idées longues.
(Entretien réalisé par Marie Mathieu, Vanina Mozziconacci, Irène-Lucile Ruault et Armelle Weil)

Actualité

• Le patriarcat sans (le) pouvoir? Les hommes et le féminisme après #MeToo
(Tanguy Grannis)

Comptes rendus

Constance Rimlinger, Mona Gérardin-Laverge, Sigolène Couchot-Schiex, Axelle Cressens, Cécile Talbot, Marlyse Debergh, Geneviève Cresson

Collectifs

• Clash et la lutte contre le sexisme dans le monde médical: défendre le féminisme en milieu (in)hospitalier
(Clash et Soline Blanchard)

• Rencontre européenne “Femmes-Migration-Refuge” à Genève: création d’un espace de résistance et de solidarité internationales
(La Marche Mondiale des Femmes/Suisse)

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From the self: experiences and theory

Table of Contents

Editorial

• For a strong reading of feminist epistemologies
(Marie Mathieu, Vanina Mozziconacci, Lucile Ruault and Armelle Weil)

Zoom in

• A struggle of one’s own. First-person politics in second-wave feminism
(Léa Védie)

• Addressing the paradox of bodily experience through an epistemology of the contact point
(Anaïs Choulet)

• «We are the voices of those who speak no more»: theorizing femicide in the absence of women
(Margot Giacinti)

• Can standpoint feminisms be «materialist»?
(Delphine Frasch)

Zoom out

• How male pensioners benefit from the dividends of patriarchy ? Scientific debates and political solutions (Switzerland, 1946-1995)
(Marion Repetti et Jean-Pierre Tabin)

The life and times of…

• Michèle Le Dœuff, a feminist philosopher. Ideas that will survive us
(Interview conducted by Marie Mathieu,Vanina Mozziconacci, Lucile Ruault and Armelle Weil)

News

• Patriarchy without power ? Men and feminism after #MeToo
(Tanguy Grannis)

Reviews

Constance Rimlinger, Mona Gérardin-Laverge, Sigolène Couchot-Schiex , Axelle Cressens, Cécile Talbot , Marlyse Debergh, Geneviève Cresson

Collectives

• Clash, or defending feminism in the hospital
(Clash and Soline Blanchard)

• The European rendez-vous with «Women-Migration-Refuge» (Geneva): creating spaces for resistance and international solidarity
(World March of Women/Switzerland)

 

 

Presse

De « soi » au positionnement féministe du « nous »

« Non seulement les formulations théoriques, présumées neutres, constituent l’immense majorité de l’attirail de pensée transmis dans les lieux de savoirs, mais de surcroît, bon nombre de textes canoniques s’appuient sur des présupposés misogynes ou présentent des angles morts à l’endroit de la situation des femmes, exclues de ce qui est généralement conçu et présenté comme l’Universel. »

Dans leur édito, Pour un usage fort des épistémologies féministes, Marie Mathieu, Vanina Mozziconacci, Lucile Ruault et Armelle Weil rappellent, à la suite d’Audre Lorde, que « les outils des maîtres enferment nos façons de penser le monde et de produire des connaissances », que la « neutralité du sujet » pensé « sans sexe, sans race, sans âge, sans classe, etc. » ne permet pas une analyse critique…

Elles discutent de philosophie et de féminisme, de la notion d’expérience, du monde académique et de sa prétention asexuée, des mots et des femmes absentes, des symétries abusivement construites et privilégiant de fait le vécu des hommes…

Les autrices interrogent : La théorie a-t-elle encore un sexe ?. Elles abordent, entre autres, les tâches concrètes qui conditionnent « l’existence de cette sphère abstraite et publique », l’ignorance de la situation vis-à-vis du sujet étudié, « le sociologue prend pour acquises les frontières de sa propre expérience et, avec elle, les conditions non examinées qui la rendent possible », la nécessité d’une « conception différente du rapport entre sujet et objet de science », les effets de la division sexuée du travail universitaire, le travail moins visible et dévalorisé des femmes, « La répartition des tâches, payées ou non, entre classes de sexe pèse sur les productions scientifiques des femmes et leur trajectoire professionnelle. Elles réduisent leurs possibilités d’encadrer les étudiant·e·s au plus haut niveau de formation, d’assurer la transmission et l’enrichissement de la production théorique. Quand elles réussissent malgré tout à élaborer des innovations théoriques et des modèles de pensée, elles sont bien souvent délégitimées, si ce n’est effacées ! », la division des territoires dans de multiples champs disciplinaires « entre « théorie généraliste » (à prétention universalisante, dominée par les hommes) et « théorie féministe » (à dominante féminine dont la prétention à l’universalité est déniée par la première) », l’ignorance presque généralisée de la « sphère domestique », les théorisations très genrées derrière la soi-disant neutralité, « À quand le jour où LA théorie cessera d’avoir un sexe et de produire des sexes, démantelant ainsi une lecture amputée du monde et d’un entre-soi masculin de penseurs ? »…

Marie Mathieu, Vanina Mozziconacci, Lucile Ruault et Armelle Weil parlent des épistémologies du standpoint, du situé des conditions de production de la connaissance, de la construction critique et collective, des questions autour de « ce qu’implique de parler au « je » et au « nous » », de l’ignorance, « Appréhender les savoirs au prisme de leurs fondements et de leurs conditions sociales de production invite, en miroir, à se questionner sur l’ignorance comme résultat d’un processus social et politique, tout autant située que peut l’être la connaissance », les rapports entre la construction de l’ignorance et les rapports de pouvoir et les oppressions…

Article de Didier Epsztajn sur le blog Entre les lignes entre les mots, publié le 12 janvier 2021
Relayé sur le blog de Delphine Delphy