Prochain arrêt, Antipodes!
C’est la rentrée littéraire et Antipodes est heureux de vous présenter le premier d’une longue série de titres à paraître: Les Voix du tram, de Benjamin Pécoud et Mathias Howald.
Un tram se construit à Lausanne. Pendant plusieurs années, son chantier transforme une partie de la ville et le quotidien de celles et ceux qui vivent le long de son tracé. Benjamin Pécoud et Mathias Howald ont choisi d’en faire un terrain d’écriture. Tous deux sont membres de Caractères mobiles, collectif littéraire qui développe depuis plusieurs années des projets d’écriture fondés sur la rencontre avec le public et la récolte de paroles. Avec Les Voix du tram, ils prolongent cette expérience commune en l’inscrivant dans un territoire en pleine transformation.
Ils ont arpenté la future ligne et rencontré riveraines et riverains. De cette démarche est né un récit où les textes des deux écrivains côtoient des paroles recueillies. Le livre fait entendre celles et ceux qui vivent la transformation de la ville depuis leur rue, leur commerce ou leur quartier.
Cette polyphonie donne sa forme au récit. Les points de vue se croisent et chacun raconte une expérience particulière du chantier. Ensemble, ils dessinent un territoire dont la réalité se découvre au fil des rencontres. Par moments on se croirait dans Mrs Dalloway de Virginia Woolf. Les amatrices et amateur de stream of consciousness apprécieront. C’est un délice de lecture!
Le livre pose également une question qui nous intéresse particulièrement chez Antipodes: celle du terrain. La notion est familière aux sciences sociales et occupe une place importante dans notre catalogue. Elle mérite pourtant de circuler au-delà des frontières disciplinaires. Le terrain désigne d’abord une manière de travailler: quitter sa table, éteindre l’écran, se rendre sur place et laisser une réalité concrète agir sur ce que l’on écrit.
Cette façon de travailler rapproche ponctuellement littérature et sciences sociales. Les unes et les autres peuvent partager une attention au terrain, tout en produisant des formes de connaissance différentes. Dans Les Voix du tram, l’écriture littéraire permet de conserver la singularité des paroles et des situations rencontrées. La polyphonie du livre découle directement de ce choix : le territoire apparaît à travers celles et ceux qui le vivent.
Les Voix du tram accompagne ainsi un moment particulier de l’histoire de l’agglomération lausannoise. Lorsque les travaux seront achevés et que les rames circuleront, le chantier aura disparu. Restera ce livre, avec les voix de celles et ceux qui auront vécu la ville pendant qu’elle changeait. Belle lecture!
Guillaume Henchoz