Les gens de peu ne laissent guère de traces: naissance, baptême, mariage, divorce et mort rythment l’écriture administrative des registres de l’état civil. Marc Solon y a été inscrit pendant l’année 1840 au mois d’août: « Lundi 17 jours du mois d’août à trois heures avant midi est né à Genève, rue Beauregard No 66, Marc Solon, enfant naturel de sexe masculin, fils de Marie Solon, domestique, âgée de 26 ans et sept mois, non mariée, exposée à Genève, domiciliée à Gy, Commune de Jussy en ce canton ». Sa biographie aurait pu s’arrêter là et Solon rester un inconnu comme tant de pauvres fichés et classés dans les archives communales et cantonales. Or, il n’en a pas été ainsi.
Le Roman de Solon est un ouvrage qui se lit aussi bien comme le récit historique et biographique d’un voleur au XIXe siècle à Genève que comme la démonstration d’une carrière de délinquance, sa construction et ses interactions avec d’autres individus de la société genevoise. Un des intérêts principaux de ce livre est de donner la parole, grâce à l’étude historique sur des sources de premières mains, à un voleur de cette époque. Le roman qui donne forme à l’écriture est une façon de le mettre en scène et d’amener une réflexion sur la responsabilité sociale du « devenir délinquant » et sur la manière d’écrire l’histoire. Ce livre comprend une trentaine d’illustrations regroupant des vues anciennes de la ville et de la région genevoise où se situe le récit ainsi que des documents officiels attestant de l’existence juridique de Solon.
« Elle se demande où tu puises tant d’énergie pour toujours t’en aller ‘chanter’ selon l’expression d’un de tes amis? D’où vient cette envie de porter sans cesse la ‘bonne nouvelle’, enseigner, t’adresser à un public que tu cherches à convaincre, à charmer aussi, être en représentation. Devant le constat de tant d’appétence à t’approcher des gens, elle se trouve soudainement taciturne, sauvage et solitaire à aligner des mots sur son ordinateur, seule dans sa chambre d’un hôtel parisien. Mais avec toi, elle a pris goût aux inventaires. Elle fait la liste des congrès où tu es invité, elle compte tes conférences données, tes articles publiés, tes prix reçus comme autant d’indicateurs de ta générosité. Avec toi, elle n’en finit pas de faire le tour de la terre. »
La passion selon Charles-Henri Rapin ou le roman de soi est une biographie du gériatre Charles-Henri Rapin (1947-2008), effectuée à partir d’entretiens biographiques. Sa personnalité charismatique permet à l’auteure de mener une réflexion sur le moteur d’une passion pour le développement des soins palliatifs et la réduction de la douleur, l’amélioration des conditions de vie des personnes âgées et de la justice sociale.
La biographie de Charles-Henri Rapin se double d’une fiction qui questionne le travail biographique, exercice périlleux où la biographe court toujours le risque de se perdre entre la réalité et la fiction, entre la personne et son personnage, entre la mémoire et l’histoire.
Selon le médecin et psychologue Édouard Claparède (1873-1940), l’école n’aurait fait aucun progrès depuis Jean-Jacques Rousseau!
Rédigée en grande partie grâce à une correspondance entretenue avec nombre de ses contemporains et à une riche iconographie, cet ouvrage est la première biographie d’Édouard Claparède, l’un des fondateurs de la psychologie moderne et des sciences de l’éducation.
Ce livre veut approcher de manière sensible la personnalité complexe de Claparède et sa vie de non-conformiste. Il s’est battu contre le dogmatisme réactionnaire, la bureaucratie, l’éducation corrective et policière, ainsi que l’apprentissage par coeur. Il démontra le lien fort qu’entretient l’éducation avec la philosophie et avec la politique, visant constamment la vérité, par l’expérimentation et une connaissance pratique des choses.
À quoi ça sert? Cette question, Claparède l’a posée tout au long de sa vie. Pour lui, l’éducation est utile pour contribuer à un monde plus égalitaire, plus juste et pacifiste. Mais c’est aussi à la réalisation d’une idée qu’il travaillera: « L’école sur mesure », tenant compte des besoins individuels des enfants « anormaux » jusqu’à ceux des enfants « surdoués ». Il supprime ainsi ce « monstre » qu’est l’élève moyen. Avec cette question: « À quoi sert l’éducation? », c’est à un « art de bien penser » que Claparède nous invite, mêlant science, morale et politique.