Notre frère

Marion Canevascini

2020, 72 pages, 19€

22,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-158-2
"Notre frère" raconte l’arrivée déroutante de la maladie au sein d’une famille de trois enfants. Le récit se distille au compte-gouttes sous le regard que portent les deux soeurs cadettes sur cette maladie à nom d’insecte dont souffre leur grand frère, et qui s’invite brutalement dans leur enfance.

La spécificité de ce roman graphique tient à son point de vue: l’histoire est racontée à hauteur d’enfants. La maladie psychique n’y est pas analysée, détaillée, disséquée, mais avant tout ressentie, dans ses dimensions primitives faites de peur, d’incompréhension, de tristesse, d’angoisse, mais aussi d’espoir, d’empathie et de fraternité.
Or, si ce mince récit nous touche autant, c’est que la maladie psychique – parce qu’elle est encore largement incertaine et taboue en dépit de la connaissance médicale actuelle – nous ramène immanquablement au dénuement pudique de l’enfance: cet enfant que chacun de nous, quel que soit son âge, porte toujours en lui-même.

Ce témoignage sensible et pudique d’une maladie seulement évoquée entre les lignes permettra aux plus jeunes d’aborder, de questionner et d’être accompagnés dans la maladie. Il existe en effet beaucoup d’ouvrages sur la schizophrénie mais pratiquement aucun ne s’adresse à des enfants (!).

Artiste fribourgeoise, Marion Canevascini, étudie les Lettres à l’Université de Fribourg et notamment le rapport entre le texte et l’image. Elle partage aujourd'hui son activité entre peinture, écriture, et enseignement.

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Marion Canevascini, invitée de Jean-Marc Richard dans l’émission de radio La Ligne de Coeur (RTS la Première, lundi 03.08.20)
 

La schizophrénie pour frère

C'est une maladie au nom d'insecte qui hante le roman graphique de la peintre fribourgeoise Marion Canevascini. Pour son premier album, elle livre un récit triste vu par des yeux d'enfants. Avec sa sœur, elle agrandi avec un grand frère schizophrène, de cette maladie dont on ne donne jamais le nom dans la famille. «Il voyait des gens dans la rue, dans le salon, ailleurs encore, des gens qui parlaient dans sa tête, et qui le montraient du doigt et lui ordonnaient des choses affreuses.»

La maladie s’insinue partout, « elle comble tous les espaces vides, les pensées, les moments creux ». Même s’il est peu présent (on ne le découvre qu’à l’avant-dernière page), le frère obnubile la famille et transforme l’enfance des deux autres en un désert affectif, où elles ne peuvent qu’exister. Le dessin est sobre, un peu imprécis, tout en zones noires comme le récit poignant.

David Moginier, 24Heures, vendredi 17 juillet 2020

 

La schizophrénie vue par les enfants

Dans ce livre, on ne trouve pas d'explications pour les enfants sur ce qu'est cette maladie au nom d'insecte. Au contraire, Marion Canevascini avait à coeur de raconter son enfance, aux côté d'un grand frère schizophrène. Ce sont ses souvenirs, son sentiment d'alors face à la dynamique familiale chamboulée, l'amour fraternel, l'angoisse, mais aussi les bons moments qu'elle a dessinés, en noir et blanc.

Mélanie Haab, Journal Coopération, n°28 du 7 juillet 2020

 

Enfances en souffrances

C’est l’histoire d’une cassure dans l’enfance, une cassure avec l’insouciance. Comme un être mystérieux, la maladie frappe une famille. Notre Frère retrace le bouleversement des équilibres, des repères, vécu à travers des yeux d’enfants ayant un frère souffrant. Se pose également la question du sens de l’épreuve subie, d’autant plus que ce mal psychique semble avoir sa propre logique, qui paraît complètement illogique. Les liens familiaux sont altérés. Dans ses pensées, le frangin a l’air emprisonné. Les deux soeurs cadettes s’unissent face à l’épreuve. Et les parents jouent un rôle protecteur. Toutefois, la maladie envahit un quotidien désormais marqué par un avant et un après.

Avec beaucoup de sensibilité, Marion Canevascini rend compte d’un vécu. A travers son récit épuré, elle reconstitue les pièces d’un puzzle familial. Ses pages sont aérées; la démarche artistique marie admirablement les pleins et les vides laissant pudiquement le lecteur intégrer les événements. L’articulation texte-image se révèle remarquable. En maniant peu de mots, l’autrice partage beaucoup d’éléments existentiels, sachant être elliptique, l’histoire gardant sa part de mystère et faisant ainsi travailler notre imaginaire. Les dessins, réalisés au moyen de feutres à encre de Chine, ont un côté polaroid, comme des fragments du passé revenant à la mémoire. La variation de leur format donne du rythme. Sur un sujet encore tabou, parfois source d’incompréhension, l’artiste fribourgeoise porte un regard plein de finesse, à la fois fort et empli de bienveillance. Une douceur à même de panser les plaies béantes ouvertes par une maladie au nom bizarre.

Fabrice Bertrand, Le Courrier, vendredi 3 juillet 2020

 

Anecdote « Quelquefois si et, quelquefois non » de Marion Canevascini, relayée sur le blog des Insécables en continu >> aller sur le blog