Le siècle d'Emma

Burnand, Eric, Vaucher, Fanny

2019, 224 pages, 24 €

30,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-159-9
Le Siècle d'Emma est en réimpression: le livre vous sera livré au début février 2020. Avec un peu de chance, vous pouvez encore le trouver en librairie ou en kiosque. ||||||| –>    De la grève générale à la montée du nazisme, des moments sombres de l’immigration italienne aux luttes sociales des années 1970, l’histoire d’Emma, fictive mais très vraisemblable, nous immerge dans les conflits, les tensions et les questionnements du XXe siècle.

Le Siècle d'Emma est en réimpression: le livre vous sera livré au début février 2020.
Avec un peu de chance, vous pouvez encore le trouver en librairie ou en kiosque.

On dit souvent de l’histoire suisse qu’elle est ennuyeuse, sans conflits ni événements marquants. La vie (fictive) d’Emma démontre le contraire: née dans une petite bourgade horlogère au pied du Jura, Emma est soudain précipitée dans les soubresauts du XXème siècle. 

En 1918, elle perd son fiancé dans les affrontements de la grève générale.
En 1937, elle se brouille avec son frère devenu pro nazi.
En 1956, son neveu, qu’elle a adopté, lui fait découvrir la face sombre de l’immigration italienne.
En 1975, sa petite-fille la confronte à la contestation féministe et antinucléaire.
Et en 1989, Emma fait une découverte stupéfiante lors du scandale des fiches.

Déclinée en cinq temps, dessinée en plusieurs centaines de cases, l’histoire d’Emma, fictive, mais très vraisemblable, nous immerge dans les conflits, les tensions et les questionnements du XXe siècle.

Evénements passés...

12 décembre · de 17h à 19h · Librairie La Fontaine Vevey (dédicace des auteur·e·s)

14 décembre · de 10h30 à 12h · Librairie Payot Lausanne (dédicace des auteur·e·s)

19 novembre · 18h30 · Bibliomedia à Lausanne
Lancement et vernissage, lecture théâtralisée par Claire Deutsch, dédicace des auteur·e·s

22 novembre · 17h · Galerie Papiers gras à Genève (dans le cadre de la Festival La fureur de lire)
Lecture théâtralisée par Claire Deutsch, dédicace et exposition en présence des auteur·e·s, discussion animée par Raphaël Osterlé, suivi d'un apéritif

Du 21 au 23 novembre · Galerie Papiers gras à Genève (dans le cadre de la Festival La fureur de lire)
Exposition des planches originales de Fanny Vaucher

 

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©Fanny Vaucher

Neues Comic «Le siècle d’Emma» beginnt in Grenchen

Der Generalstreik in Grenchen ist eine der ersten Stationen der fiktiven Figur Emma durch die Wirren des 20. Jahrhunderts.

«Le siècle d’Emma», so der Namen eines frisch erschienenen Comics, beginnt mit einer Einstellung auf der Bettlachstrasse hin zum Zytplatz in Grenchen. Der Journalist Eric Burnand aus Genf liess sich vor rund zwei Jahren vom Team des Kultur-Historischen Museums die Ereignisse rund um den Generalstreik in Grenchen erklären. Fanny Vaucher fertigte die Zeichnungen an.

Kultur-Historisches Museum lieferte Material

Das Museum stellte Burnand Bildmaterial und Texte zur Verfügung. «Eigentlich hatten wir die damalige Führung schon vergessen», erklärt Angela Kummer, Museumsleiterin. «Die Überraschung und auch die Freude war gross, als wir mit der Post ein Belegexemplar mit Widmung von ‹Le siècle d’Emma› bekommen haben. Es erfüllt uns auch mit Stolz, dass unsere Arbeit auf diese Weise gewürdigt wird.»
Der Comic oder besser der Bande dessinée «Le siècle d’Emma», ist in diesen Tagen erschienen. Eric Burnand und Fanny Vaucher erzählen auf 224 Seiten die Geschichte der Emma. Das Leben ist in fünf Kapitel unterteilt und illustriert damit auch das Geschehen der modernen Schweiz. Vom Generalstreik bis zum Aufstieg des Nationalsozialismus, von den dunklen Momenten der italienischen Einwanderung bis zu den sozialen Kämpfen der 1970er-Jahre erleben wir die Geschichte von Emma mit. Die Protagonistin ist eine fiktive Figur, aber könnte so gelebt haben. Sie nimmt uns mit auf eine Zeitreise durch die Konflikte, Spannungen und Fragen des 20. Jahrhunderts.

Alles beginnt in Grenchen mit dem Generalstreik

Die ersten Bilder des Comics zeigen die heutige Bettlachstrasse und wandern dann zum Zytplatz. Hier schwenkt der Blick auf die Gedenkplatte zu den drei Toten des Generalstreiks. Ein Zeitsprung und wir stehen mitten im besagten Streik und die Alte Post taucht auf den Bildern auf. Gemäss «bedetheque.com» ist es das erste Comic von Eric Burnand, der in der Westschweiz einen guten Namen als Journalist geniesst. Für die Zeichnerin Fanny Vaucher ist es das zweite Comic-Buch.

Das Buch «Le siècle d’Emma» ist im Verlag Antipodes erschienen und ist zur Zeit nur auf Französisch erhältlich. Allerdings liess der Autor verlauten, dass man sich angesichts des grossen Erfolgs seit Erscheinen eine deutsche Version überlege.

Oliver Menge, Grenchner Tagblatt, 18 décembre 2019
Article repris du Bieler Tagblatt , 11 décembre 2019

 

Deux ou trois choses que j’ai apprises grâce à Emma

Une BD pour raconter le XXème siècle en Suisse à travers le destin d’une famille: le journaliste Eric Burnand et la dessinatrice Fanny Vaucher ont réussi leur pari et leur album «Le Siècle d’Emma» remporte un franc succès. Finalement, il n’y a pas que l’Histoire des autres qui soit passionnante.

A quand la série TV? C’est ce qu’on se dit en tournant les pages du Siècle d’Emma,la BD d’Eric Burnand et Fanny Vaucher fraîchement parue aux éditions Antipodes. Décidément, on n’a rien inventé de mieux que la fiction pour parler de la réalité, surtout lorsqu’elle est historique. Et cette saga délicatement dessinée offre, pour raconter le XXème siècle en Suisse, une galerie de personnages forts et émouvants, dont l’ampleur pourrait facilement nourrir quelques heures supplémentaires de scénario.

Il y a Emma, fille et fiancée d’ouvriers horlogers à Granges, qui perd son amoureux Marius dans la répression de la grève générale de 1918 et passe 50 ans à s’impatienter au seuil du bureau de vote. Il y a son frère Franz, employé de banque et fervent syndicaliste à Zurich, qui vire pro-nazi sous l’effet du chômage et de la frustration sociale. Il y a Thomas, le neveu d’Emma, rocker résilient amoureux d’une saisonnière italienne flanquée de son petit clandestin. Il y a Véronique, petite-fille de l’héroïne et sa complice en combat féministe à l’heure du MLF. Sans compter les personnages secondaires comme l’oncle Auguste, paysan vaudois enrichi par la guerre, et les personnages réels, du «führer suisse» Max Keller à Jacqueline Wavre, pionnière du féminisme.

Et si, en tournant les pages, on pense au scénario bien ficelé d’une série télé, ce n’est pas un hasard: au départ, Eric Burnand, qui était encore producteur à la RTS, a conçu Le siècle d’Emma comme le synopsis d’une ambitieuse fiction à épisodes dont la télévision romande a rêvé, avant d’en abandonner le projet, faute de moyens. Il faut dire que, rien qu’en décors et costumes, couvrir un siècle entier -ici découpé en 4 périodes- ça coûte cher.

Une BD, c’est plus modeste, mais la qualité du projet perdure et le public ne s’y est pas trompé: moins d’un mois après sa parution, l’album (édité à 2000 exemplaires) est déjà en réimpression. «J’ai beaucoup d’échos positifs venant d’enseignants, et ça me fait particulièrement plaisir», note Eric Burnand, qui, en tant que genevois, a toujours été choqué de voir la place misérable laissée à l’Histoire suisse dans les programmes scolaires. Un peu comme si l’Histoire vraiment intéressante ne pouvait être que celles des autres.

Le Siècle d’Emma n’apprendra rien de neuf aux passionnés, mais deux ou trois choses au lecteur moyennement ignorant. Tenez, au hasard: moi. J’ai appris par exemple que le général Guisan, future icône de la résistance démocratique à la tentation nazie (incarnée par le conseiller fédéral Pilet-Golaz), a commencé sa carrière militaire comme briseur de grève, en 1919 à Zurich, impitoyable face à «la vague bolchevik». Ou qu’à la fin des années 1930, en guise de mesure de lutte contre le chômage, on licenciait des femmes pour donner leur emploi aux hommes -priorité aux pères de famille- avec la bénédiction des socialistes et des syndicats (Ma grand-mère a vécu ça en Italie, mais j’ai naïvement cru que c’était une spécialité mussolinienne.) Ou encore, que le pionnier de la notion d’«Überfremdung» -l’emprise étrangère sur le marché du travail- n’est pas James Schwarzenbach, auteur de l’initiative xénophobe du même nom en 1970. Mais, avant lui, Willi Ritschard: farouchement nationaliste, partisan du renvoi des étrangers, de la chasse aux sorcières et de l’arme nucléaire. Et néammoins syndicaliste et député socialiste.

La plus belle réussite du Siècle d’Emma est peut-être, malgré la compression subie par le scénario initial, d’avoir réussi à préserver une certaine complexité des situations et des personnages. De tous, Franz, le frère d’Emma qui tourne mal, est le plus tragique. Il ne vient pas seulement s’ajouter à la vaste galerie des damnés de fiction chargés de nous rappeler comment la frustration sociale nourrit le totalitarisme. Il raconte aussi comment la Suisse s’est montrée impitoyable contre quelques «traîtres à la patrie» de deuxième catégorie comme lui, coupables d’avoir vendu des secrets militaires pour gagner un peu d’argent, tandis qu’elle fermait les yeux sur la trahison «erste Klasse» de plusieurs officiers supérieurs,  et qu’elle exportait en Allemagne 60% de sa production d’armes.

La bonne conscience a un prix, ce sont les «petits poissons» qui l’ont payé. Dans la réalité, il est toujours plus facile après coup de distinguer les bons des méchants. Et d’oublier que la fascination pour l’«ordre nouveau» n’a pas épargné le paradis helvétique.

Anna Lietti, web magazine Bon pour la tête, 18 décembre 2019

 

Une saga suisse en bande dessinée

Le roman graphique «Le siècle d’Emma» nous fait revivre l’histoire nationale à travers le parcours d’une famille. Un passé mouvementé

Un cliché marque parfois l’histoire helvétique. Il en véhicule une teneur ennuyeuse et dénuée de toute convulsion. Au pays du compromis, les comportements guidés par la raison s’accorderaient les uns aux autres, en se répartissant harmonieusement les fruits de la prospérité. La Suisse ferait ainsi figure de Sonderfall, loin des passions révolutionnaires de ses voisins. Eric Burnand, ancien journaliste à la RTS, et Fanny Vaucher, autrice de bandes dessinées, ont choisi de cultiver un autre regard sur le passé, une approche différente, à plusieurs titres. Avant tout, leur ouvrage met pertinemment en évidence les lignes de fracture au sein de la société. Au cours du XXe siècle, les oppositions se révèlent multiples. La Suisse est, dans la réalité, bien souvent divisée. Le scénario de l’ouvrage comprend, à ses débuts, une scène relativement classique: un repas de famille avec des discussions animées au niveau politique. A l’occasion des fiançailles de la jeune Emma, un oncle ferraille avec son neveu à propos des grèves zurichoises ayant éclaté dans le secteur bancaire. D’un côté, la peur des «Rouges» et d’une propagation révolutionnaire amplifiée par les événements russes d’Octobre 1917; de l’autre, la flamme du militantisme. Par la suite, les antagonismes ne cesseront de se succéder au rythme du récit. Lors de la grève générale de 1918, ils atteignent leur paroxysme lorsque l’armée tire sur les manifestants. Différents niveaux d’interprétation du réel sont mobilisés, l’attention du lecteur passant du collectif au biographique. La figure d’Ernst Nobs – l’un des meneurs du mouvement ouvrier – contraste, à ce moment, avec celle d’Henri Guisan, protagoniste de la répression.


Relents racistes et xénophobes

On ouvre un nouveau chapitre historique en se retrouvant à un autre repas de famille. Au cœur des années 1930, le visage hideux de la xénophobie et de l’antisémitisme se dissémine dans les propos de Franz, le frère d’Emma. Cela entraîne une rupture avec sa sœur. Les auteurs insistent, par ailleurs, sur l’ambivalence, voire l’hypocrisie de la Suisse face à l’Allemagne nazie. Arrive ensuite l’après-guerre. A l’anniversaire de Thomas, le fils adoptif d’Emma, c’est la question des travailleurs étrangers – en l’occurrence des Italiens – que l’on met sur la table. L’apparition de cette nouvelle main-d’œuvre est considérée comme une menace par certains, une nécessité économique pour d’autres. Quant à Thomas, il s’éprend d’une belle saisonnière rencontrée fortuitement à une terrasse… Cela permet d’évoquer l’exploitation de ces travailleurs vivant souvent dans des baraquements, la douloureuse interdiction, qui leur est faite, de venir s’installer avec leurs enfants, et parfois le choix malgré tout de les élever en Suisse, dans la clandestinité.


Place aux seventies

Au cœur des années 1970, on retrouve Véronique, la petite-fille d’Emma. Là, on assiste à des visions dichotomiques du féminisme. Le Mouvement de libération des femmes (MLF) bouscule les manières de faire et de penser des générations précédentes. Véronique découvre les nouveaux mouvements sociaux, la vie en communauté et l’engagement antinucléaire. Le combat contre la centrale de Kaiseraugst, dans le canton d’Argovie, demeure emblématique du fait de son ampleur. L’histoire se termine avec Emma en chaise roulante. En cette fin de siècle, elle apprend qu’elle est fichée par la police fédérale depuis 70 ans, et vote sur l’initiative concernant la suppression de l’armée. Malgré le secret de l’isoloir, nous pouvons penser qu’elle y fut favorable. En effet, à ce moment, apparaît le portrait de son ancien fiancé Marius Noirjean ‒ ouvrier horloger et surtout gréviste mort en raison de la répression militaire, le 14 novembre 1918 à Granges.
La dimension culturelle des contestations issues des années 1960 ressort bien de l’ouvrage. La conflictualité sociale émerge aussi avec sagacité, même si la question des rapports de force se trouve un peu éludée. Par ailleurs, le travail de vulgarisation historique est de qualité. La passion de transmettre des auteurs se sent à chaque page. Le trait léger du dessin accentue également l’aspect ludique de l’ouvrage. D’événement en événement, on est transporté. L’histoire se trouve ainsi dépoussiérée tant sur le fond que sur la forme. Une histoire de luttes, pleine de vie et d’avenir.

Fabrice Bertrand, L'événement syndical de l'Unia, n°51/52, mardi 18 décembre 2019

 

Grenchen im Comic!

«Le siècle d’Emma», so der Namen eines frisch erschienenen Comics, beginnt mit einer Einstellung auf der Bettlachstrasse hin zum Zytplatz in Grenchen. Der Journalist Eric Burnand aus Genf liess sich vor rund zwei Jahren vom Team des Kultur-Historischen Museums die Ereignisse rund um den Generalstreik in Grenchen erklären. Fanny Vaucher fertigte die Zeichnungen zu diesem gelungenen Buch an.

Vor rund zwei Jahren liess sich der der Genfer Journalist die Ereignisse von Grenchen rund um den Generalstreik vom Team des Kultur-Historischen Museums erklären. Das Museum stellte ihm Bildmaterial und Texte zur Verfügung. «Eigentlich hatten wir die damalige Führung schon vergessen», erklärt Angela Kummer, Museumsleiterin. «Die Überraschung und auch die Freude war gross, als wir mit der Post ein Belegexemplar mit Widmung von «Le siècle d’Emma» bekommen haben.»
Der Comic oder besser der Bande dessinée «Le siècle d’Emma», ist in diesen Tagen erschienen. Eric Burnand und Fanny Vaucher erzählen auf 224 Seiten die Geschichte der Emma. Das Leben ist in fünf Kapitel unterteilt und illustriert damit auch das Geschehen der modernen Schweiz. Vom Generalstreik bis zum Aufstieg des Nationalsozialismus, von den dunklen Momenten der italienischen Einwanderung bis zu den sozialen Kämpfen der 1970er Jahre erleben wir die Geschichte von Emma mit. Die Protagonistin ist eine fiktive Figur, aber könnte so gelebt haben. Sie nimmt uns mit auf eine Zeitreise durch die Konflikte, Spannungen und Fragen des 20. Jahrhunderts.


Alles beginnt in Grenchen

Die ersten Bilder des Comics zeigen die heutige Bettlachstrasse und wandern dann zum Zytplatz. Hier schwenkt der Blick auf die Gedenkplatte zu den drei Toten des Generalstreiks. Ein Zeitsprung und wir stehen mitten im besagten Streik und die Alte Post taucht auf den Bildern auf. Gemäss «bedetheque.com» ist es das erste Comic von Eric Burnand, der in der Westschweiz einen guten Namen als Journalist geniesst. Für die Zeichnerin Fanny Vaucher ist es das zweite Comic-Buch. Das Kultur-Historische Museum ist stolz, dass seine Arbeit mit einem solchen Beitrag gewürdigt wird. Das Buch «Le siècle d’Emma» ist im Verlag «Antipodes» erschienen und ist zur Zeit nur auf Französisch erhältlich.

Musée de Granges, 11 décembre 2019

 

Fanny Vaucher et Eric Burnand sont les invités de Christian Ciocca dans l’émission Nectar (Espace 2), le 12 décembre 2019 >> écouter l'émission

 

Les auteurs Eric Burnand et Fanny Vaucher livrent une version intimiste du travail de mémoire

Le siècle d’Emma, une autre Suisse

Ces vingt dernières années, plusieurs ouvrages marquants ont en-fin rendu accessible au grand public une autre version de l’histoire contemporaine de leur pays: en bref, l’histoire vue par ceux qui luttent et la subissent. Soit une perspective radicalement différente des versions officielles plus ou moins édulcorées et de récits des dominants. On pense à l’important travail de mémoire de l’historien et politologue américain Howard Zinn, auteur d’Une histoire populaire des Etats-Unis, enfin traduite en français. Suivant la même démarche, l’historien Gérard Noiriel a publié en 2018 Une histoire populaire de la France, consacrée aux relations tendues entre immigration, politiques de préférence nationale, discriminations et sentiments xénophobes. Elle vient tout juste d’être rééditée, avec un supplément consacré au mouvement des gilets jaunes.

C’est aujourd’hui une autre épopée que l’ancien journaliste de la RTS Eric Burnand et l’illustratrice Fanny Vaucher nous proposent de découvrir. Nous sommes cette fois en Suisse. Non pas un petit pays tranquille, mais un Etat traversé lui aussi par des drames, des revirements politiques, des alliances inavouables, des trahisons. Le siècle d’Emma, une famille suisse dans les turbulences du XXe siècle raconte à la première personne ces périodes douloureuses: privations, montée du nazisme, humiliations subies par les immigrés italiens, chasse aux «communistes»… jusqu’au scandale des fiches révélé il y a juste trente ans. Les explications d’Eric Burnand.


Comment est né ce projet?

Eric Burnand: Il répondait à un besoin. J’ai toujours été un fan de l’histoire suisse. Je trouve que nous ne connais-sons pas assez notre passé. Quand je travaillais à la télévision, j’avais commencé un projet de série historique, avec un synopsis autour d’une saga familiale. Et cela a été un vrai défi pour moi de tout transposer sous cette forme de bande dessinée: je ne suis pas habitué à ce type de langage. Ni Fanny, qui est coauteure à part entière de cet ouvrage et a travaillé sur le story-board. Elle n’avait encore jamais développé des formats longs. On se considère un peu comme des novices, étonnés par le succès incroyable de ce livre: à peine sorti, le tirage est déjà presque épuisé!


Le sujet est pourtant délicat et commence par des pages très sombres, la répression armée de mouvements ouvriers en 1918. Et vous l’avez abordé avec beaucoup de simplicité et de sensibilité, de l’avis de jeunes lecteurs…

Je voulais évoquer des événements méconnus de l’histoire suisse, à travers des personnages fictifs (Emma et sa famille, ndlr). On avait peur que ce soit caricatural, donc on a amené un peu de subtilité dans l’évolution de leur parcours.


Celui du général Guisan est très particulier, on ne sait pas toujours qu’il a été un «briseur de grève» proche de l’extrême droite, avant de devenir un héros national de la résistance à l’armée nazie…

Personnellement je suis choqué qu’à Genève, plus encore que dans les can-tons de Vaud et Fribourg, l’histoire suisse ne soit pas vraiment enseignée à nos enfants dans le cadre d’un pro-gramme scolaire. Au départ notre livre n’avait pas d’ambition pédagogique, mais si cela peut aider à vulgariser, tant mieux. Nous avons depuis été invités à le présenter dans des écoles à Fribourg. Il y aura sans doute d’autres invitations, dans d’autres classes, comme à Genève où je connais un enseignant très proactif… mais à ce ni-veau, les cantons romands ont des pratiques très différentes.


«On se considère comme des novices, étonnés par le succès de ce livre»
Eric Burnand


Comment votre projet a-t-il été reçu?

A Genève, le Département de l’instruction publique nous a aidés, il y a un intérêt. Je crois que cela tient aussi beau-coup à l’activité d’historiens contribuant à faire connaître notre passé, sur la lancée de la Commission Bergier, par exemple (rôle de la Suisse face à l’armée nazie, à la question des réfugiés et des fonds en déshérence, ndlr), à la personnalité et au travail de chercheurs, comme à l’Université de Lausanne… Il y a ensuite les fonds d’archives, qui m’ont servi pour la documentation, que ce soit à Zurich, ou à la médiathèque du Valais; le réseau notrehistoire.ch, les archives de la RTS… Il y a encore des rencontres personnelles, comme celle de Jacqueline Berenstein-Wavre, qui a 100 ans aujourd’hui et m’a raconté l’épisode du sparadrap qu’elle s’était collé sur la bouche (pour protester contre la condition des femmes en Suisse dans les an-nées 60, ndlr). Ou celle de Chaïm Nissim, militant écologiste. Enfin, il y a un peu de mon histoire personnelle, comme ma participation à la manifestation antinucléaire sur le site de Kaiseraugst (11 semaines d’occupation en 1975). C’était comme notre Wood-stock à nous…

Gilles Labarthes, Journal La Liberté, mardi 10 décembre 2019
Article relayé dans Le Courrier, 17 décembre 2019

 

Des bouquins sous le sapin

Les livres restent une valeur sûre à offrir à ses proches pour les Fêtes.
La rédaction de Coopération a sélectionné ses favoris à glisser dans la hotte du Père Noël

Emma et les autres
Un siècle de lutte

Emma est née avec le siècle. Elle sera un témoin clé de toutes les luttes sociales qui ont secoué la Suisse de la mort de son fiancé sous les balles de l'armée durant la grève générale de 1918, au déchirement de sa famille pendant la Deuxième Guerre mondiale, puis les tensions autour des immigrés italiens. Au travers de la grande histoire, c'est ici la petite histoire des gens simples qui est racontée. Emma n'existe pas, mais il y a un peu d'elle dans toutes nos mères et grands-mères.

Mélanie Haabs, journal Coopération n°49, 3 décembre 2019

 

«Le siècle d'Emma» ressuscite le passé tourmenté d'une Suisse pas si lisse !

Passionnante saga familiale, la BD écrite par Étjc Burnand et illustrée par Fanny Vaucher évoque avec brio quelques moments forts de l'histoire de la Confédération, de 1918 à 1990.

La grande histoire en bande dessinée, c'est un peu comme des sardines sauce framboise: ça ne fait pas trop envie. Autant dire qu'on a d'abord redouté le pire en apprenant la sortie en librairie du «Siècle d'Emma», un ouvrage censé évoquer la Suisse du XXe siècle à travers quelques événements majeurs. Une simple planche, placée en préambule, a toutefois suffi à balayer nos doutes. «Le siècle d'Emma» d'Éric Burnand et Fanny Vaucher n'est pas une leçon d'histoire donnée par des érudits imbus d'eux-mêmes. On a affaire ici à une saga familiale prenante, faite de doux moments mais aussi d'épreuves infiniment douloureuses, qui nous torpille en plein cœur grâce à son étourdissant souffle romanesque.

« Nous nous servons des ficelles de la saga et de la série pour offrir une vision de l'histoire »
Éric Burnand, auteur du «Siècle d'Emma»

L'histoire, c'est celle d'Emma, née aux premières lueurs du siècle au pied du Jura, dans la ville horlogère de Granges. Une femme qui verra sa jeunesse s'envoler un jour terrible de 1918, alors que le pays est en grève. Une féministe avant l'heure qui, en dépit des morsures de la vie, ne renoncera jamais à des idéaux tels que l'ouverture d'esprit, la soif d'une justice pour tous. La grève et son cortège de malheurs, les tentations nazies de certains citoyens durant la Seconde Guerre mondiale, le sort injuste réservé aux saisonniers italiens dans les années 50 et 60, les utopies des années 70, l'initiative pour une Suisse sans armée, le scandale des fiches au début des années 90: autant de moments clés qui ont bouleversé le cours des choses en Helvétie. Des moments «mis en cases» qui défilent au fil de chapitres où les proches et les descendants d'Emma auront leur mot à dire et bien des maux à vivre ... 

«Nous avons effectivement essayé de ne pas faire un livre d'histoire illustré. Même si le format ne permet guère de marcher sur les traces de Balzac ou de Zola - de toute façon nous n'avons pas cette prétention nous nous servons des ficelles de la saga, de celles de la série aussi, pour offrir une vision à hauteur d'homme»,
explique Éric Burnand, l'auteur du scénario.

Le journaliste bien connu des téléspectateurs romands («Tell quel», «Table ouverte», «Mise au point», «Temps présent») et des lecteurs de feu «L'Hebdo» remonte aux origines du projet: «Lorsque je travaillais encore pour la télévision, un concours a été lancé dans le but de faire une série historique sur le XXe siècle en Suisse. J'ai moi-même réalisé un synopsis. «Emma» est un peu issu de tout cela, même si, depuis, le récit a été largement modifié, amélioré ... »
Lorsqu'on lui fait remarquer qu'il y a là matière à une grande fresque littéraire, il rétorque humblement: «J'ai une bonne imagination mais je n'ai pas le style du romancier. Et puis j'aime l'image. Je viens de l'audiovisuel et je préférerai toujours une bonne BD à un roman sans style.»


Grande finesse du trait

Pour mener à bien ce projet, Éric Burnand s'est tourné vers l'artiste susceptible de mettre en images son histoire si personnelle de la Suisse. Sur les conseils de Tom Tirabosco, son choix s'est porté sur Fanny Vaucher, jeune et talentueuse dessinatrice vaudoise dont on a pu ad-mirer la finesse du trait dans des ouvrages tels que «Pilules polonaises» ou «Les aventures de Paprika».
Celle que le scénariste voit comme la vraie «autrice» du projet évoque une relation de travail ouverte, heureuse: «Il est vrai qu'au départ, c'est intimidant de s'attaquer à un sujet pareil. Ni Éric ni moi-même n'avons la prétention de nous imposer comme historiens. Mais ce que j'ai aimé dans le texte de base que m'a soumis Eric, c'est qu'il s'agissait d'une histoire mettant en scène des gens qui auraient pu être de ma famille.» L'élaboration du «Siècle d'Emma» aura de-mandé plus de deux ans de travail à la dessinatrice. Des mois de dur labeur marqués par une complicité artistique de tous les instants: « Pour nous deux, c'était une première fois. Lui n'avait jamais fait de BD et, de mon côté, je n'avais jamais travaillé sur un projet de cette ampleur. Mais même dans les moments les plus compliqués, la notion de plaisir était toujours là. J'espère que cela se ressent lorsqu'on parcourt le livre ... »


Vision subtile

Qu'elle se rassure: dès le prologue, bouleversant, un flot d'émotions submerge le lecteur. Durant plus de 200 pages, celui-ci traverse le siècle agité d'une Suisse bien moins lisse qu'on ne l'imagine. La vision subtile de Burnand, le trait vivant de Vaucher permettent de lier la fiction et la réalité en évitant les raccords grossiers. Non loin d'Emma et des siens, des personnalités comme le général Guisan ou Ernst Nobs, le syndicaliste virulent devenu conseiller fédéral, entrent dans la légende du pays. Parmi les «oubliés», Marius Noirjean, l'une des trois malheureuses victimes d'une manifestation brutalement réprimée par l'armée à Granges le 14 novembre 1918, devient le premier amour de l'héroïne. Qu'elle est belle !'Histoire quand on entend battre les cœurs de celles et ceux qui l'ont vécue!

Jean-Philippe Bernard, Le Matin Dimanche, 1er décembre 2019

 

APRÈS «TEMPS PRÉSENT», ERIC BURNAND SE MET AU TEMPS PASSÉ

L'ex-journaliste de la RTS signe un premier scénario épatant pour cet album dessiné par Fanny Vaucher: une relecture de la Suisse du XXe siècle.

Les Romands connaissent bien le visage d'Eric Burnand. Entré à la RTS (la TSR à l'époque) à 23 ans, le journaliste a travaillé pour «Tell Quel», «Table ouverte» ou encore «Mise au point». Mais c'est au magazine «Temps présent» qu'il aura le plus goûté, puisqu'il y a participé à ses débuts, y est revenu après son passage à «L'Hebdo» et y a fini. Car depuis 2 ans, les téléspectateurs ne le voient plus. À 64 ans, il a quitté la tour de la RTS, après plus de 40 ans de métier.


L'idée pour une série télé

Aujourd'hui, il est de retour, là où on ne l'attendait pas. Dans la BD. Il signe le scénario du «Siècle d'Emma», dessiné par Fanny Vaucher. Le sous-titre dit tout: «Une famille suisse dans les turbulences du XXe siècle». Si l'on connaissait le goût pour l'histoire d'Eric Burnand, on ignorait ses accointances avec le 9e Art. «J'ai toujours aimé la BD, mais «Le siècle d'Emma» n'avait pas été pensé pour ce support, nous explique-t-il. Quand je travaillais encore à la RTS, j'ai écrit le synopsis d'une série télé: l'histoire d'une famille dans la Suisse du siècle passé, que l'on suivait aux quatre coins du pays à quatre époques différentes. Cela ne s'est jamais réalisé, notamment en raison des coûts de production que cela aurait impliqué.»

Une fois «retraité», il repense à cette histoire et, épaulé par le dessinateur Chappatte, à qui il loue un bureau, se dit qu'il pourrait en faire une BD. C'est un autre dessinateur, Tom Tirabosco, qui l'aiguille vers Fanny Vaucher. L'autrice de «Pilules polonaises» ou encore de la série jeunesse «Paprika» aime les thèmes historiques et sociaux, mais s'inquiète que son graphisme fasse justement un peu trop jeunesse pour cet album. Eric Burnand la rassure. «Son dessin est un parfait contraste avec un propos un peu dur.»


Une saga familiale passionnante

C'est exactement cela. Passé une première impression d'un trait un peu simpliste, on se laisse totalement emporter par ce graphisme d'une grande lisibilité et qui se met totalement au service du récit. Pareillement, si l'on pouvait craindre de prime abord une histoire trop académique (voire carrément ennuyeuse), ce n'est absolument pas le cas. Le scénario d'Eric Burnand aurait pu faire une excellente saga filmée, comme l'avait été «Nos meilleures années» pour l'Italie. Il fait une excellente BD. Car l'auteur mêle très habilement la vie intime de cette famille fictive aux événements historiques suisses. «Nous avons été extrêmement rigoureux sur le plan factuel», confirme-t-il.

Ainsi, Emma la fictive se retrouve fiancée à Marius Noirjean, ouvrier horloger qui fut l'une des trois victimes réelles de la grève de Granges en 1918. Son frère, Franz, sera séduit par les thèses nazies lors de la Seconde guerre mondiale. Et sa petite-fille, Véronique, participera à la manif contre la centrale nucléaire de Kaiseraugst en 1975.

Eric Burnand trouve le moyen d'aborder subtilement les problématiques de ce XXe siècle. Comme le neveu d'Emma qui tombe amoureux d'une jeune veuve italienne, saisonnière, et qui veut l'épouser et adopter son enfant. Mais problème, il est mineur: à l'époque, la majorité était en effet à 20 ans. Et en fil rouge de tout l'album, on retrouve l'émancipation des femmes, raison de plus pour dire que ce siècle aura été celui d'Emma, car pour les femmes, beaucoup de choses auront changé, même si ce fut lentement.

L'album est émaillé de notices biographiques des personnages historiques, mais certains en ont plusieurs, car leurs rôles changent. Ainsi Henri Guisan, briseur de grève à Zurich en 1919, opposé au syndicaliste Ernst Nobs qui sera emprisonné. Nobs qui sera le premier conseiller fédéral socialiste en 1944 et qui aura pour défendre la Suisse face aux nazis un général, nommé Guisan.


Burnand à Kaiseraugst

Eric Burnand a placé quelques souvenirs personnels dans son histoire, puisqu'il a manifesté à Kaiseraugst, «même si je n'y suis pas resté camper». Il aura aussi appris à se plier à la BD, «Emma m'a fait enlever du texte pour laisser place à l'image». Il a visiblement pris goût au genre puisqu'il en prépare un autre album, inspiré par une véritable histoire d'espionnage à Berne, qui sera dessinée cette fois par le Valaisan Matthieu Berthod.

D'ici-là, laissez-vous emporter par la saga de la famille d'Emma. Elle va vous faire revivre les turbulences d'une histoire suisse que l'on voit trop souvent à tort comme un fleuve tranquille.

Michel Pralong, Le Matin, 29 novembre 2019

 

Une BD pour dépoussiérer l'histoire suisse du XXe siècle

La peine de mort appliquée durant la Deuxième Guerre mondiale ou la contestation antinucléaire réussie de Kaiseraugst sont évoquées dans la BD "Le siècle d'Emma", qui entend casser le cliché d'une Suisse barbante et sans histoire.


"Montrer aux Suisses qu'ils ont un passé intéressant". C'est, de l'aveu de l'ancien journaliste Eric Burnand, une des idées motrices de la bande dessinée "Le siècle d'Emma, une famille suisse dans les turbulences du XXe siècle", dont il signe le scénario.

Pour cette première expérience dans le monde du roman graphique, ce féru d'histoire et de BD s'est adjoint les services de l'auteure et illustratrice Fanny Vaucher, qui s'est montrée d'emblée enthousiaste.

"Ce qui m'attirait dans ce projet, c'est que ça cassait tous les clichés. Ce n'est pas une histoire de dates ou d'hommes politiques, c'est l'histoire des gens, des peuples, de ce qu'ils ont vécu, des mouvements auxquels ils ont participé. C'est mon histoire aussi."


Le XXe siècle d'une famille "normale"

Loin d'un format scolaire, les 224 pages de l'ouvrage racontent le destin d'Emma, l'héroïne, née en 1900 dans une petite bourgade horlogère au pied du Jura, de son frère Franz, de son neveu Thomas et de sa petite-fille Véronique.

De la grève générale de 1918 au scandale des fiches à la fin des années 1980, ces personnages fictifs, mais vraisemblables, sont soumis à des conflits sociaux, des tensions politiques, des affrontements et des questionnements. L'occasion pour le lecteur de (re)découvrir certains moments forts du XXe siècle à travers leur quotidien.


Ces pages moins connues de l'histoire suisse

Par ce prisme, les auteurs abordent des moments choisis de ce siècle mouvementé et, en marge des événements majeurs incontournables, révèlent quelques pages moins connues et parfois sombres du passé helvétique.

Ainsi, sur fond de montée des totalitarismes, Emma se brouille avec son frère devenu pro-nazi, plus par nécessité financière que par conviction. Un épisode qui renvoie aux dix-sept "traîtres à la patrie" exécutés entre 1942 et 1945 pour avoir violé le Code pénal militaire.


« Parmi ces traîtres à la patrie, comme on les appelait, il y avait de réels traîtres. Il y a vraiment des gens qui ont vendu ou donné beaucoup d'informations aux Allemands. Mais il y a aussi eu pas mal de petits poissons, de gars qui ont trahi pour avoir quelques centaines de francs. On leur a fait payer un prix très lourd, parce qu'il fallait faire des exemples. »
Eric Burnand, co-auteur de "Le siècle d'Emma"


Autre exemple, en 1975. Véronique, la petite-fille d'Emma, la confronte à la contestation féministe et antinucléaire. L'occasion pour les auteurs d'évoquer l'occupation du chantier de la centrale nucléaire de Kaiseraugst par environ 15'000 personnes. "C'est le seul mouvement populaire qui a fait reculer les autorités", rappelle Eric Burnand à la RTS.


La question des femmes en toile de fond

Le choix d'une héroïne plutôt que d'un héros n'est sans doute pas le fruit du hasard. Fanny Vaucher et Eric Burnand mettent en évidence tout au long du récit le rôle primordial des femmes dans un siècle dont l'histoire n'a majoritairement retenu que des hommes.


« Le XXe siècle est celui au cours duquel les femmes se sont affirmées sur la scène sociale et politique. On sait que les femmes ont joué un rôle très important dans la grève de 1918, même si aucun leader n'est apparu. »
Eric Burnand, co-auteur de "Le siècle d'Emma"


En point d'orgue: la double-rencontre d'Emma, alors grand-mère, avec Jacqueline Wavre, pionnière du féminisme née à Neuchâtel qui a voué sa vie à faire évoluer la cause des femmes. Une personnalité réelle, parmi de nombreuses autres, qui croise le chemin des personnages fictifs de la BD.

Le travail au long cours qui a abouti à cet ouvrage touffu et finement documenté n'a pas découragé Fanny Vaucher et Eric Burnand qui "rêvent de faire le siècle de Basile, l'arrière-petit-fils d'Emma. Puis de continuer jusqu'à faire de l'anticipation au XXIe siècle."

Propos recueillis par Nadine Haltiner, RTS Culture, 29 novembre 2019 (texte et adaptation web: Sébastien Blanc)

 

Un siècle d’histoire suisse dans la famille d’Emma

L’ancien producteur de «Temps présent» et l’illustratrice suivent une famille représentative de leur époque.

Comment rendre l’histoire suisse du XXe siècle intéressant et facile à comprendre? Le défi que s’est lancé Eric Burnand était risqué. L’ancien journaliste de «L’Hebdo», ancien producteur de «Temps Présent» ou de «Mise au Point» à la RTS, a toujours aimé montrer la grande histoire par la petite. En l’occurrence, il a décidé de raconter le siècle à travers la famille d’Emma, née avec lui en 1900. Et il l’a fait en bande dessinée, un travail de deux ans pour l’illustratrice Fanny Vaucher, qui a prêté sa plume d’encre de Chine et ses aquarelles pour mettre en couleurs ces trajectoires forcément exemplaires.

Emma, donc, naît à Granges, cité horlogère jurassienne où elle tombe amoureuse de Marius. Mais il y a la grippe espagnole pour compliquer l’amour, et, plus encore, la grande révolte syndicale qui va diviser la Suisse entre grévistes et militaires qui finiront par utiliser leurs armes pour clouer les manifestations, à Granges entre autres. Au fil des pages, on retrouve des figures connues, comme celle d’Henri Guisan, grand briseur de rouges.

On retrouvera ensuite la sympathie du frère d’Emma pour le régime nazi la guerre venue, illustrant le commerce entretenu par l’industrie suisse avec le régime fasciste, l’amour de son neveu pour une saisonnière italienne qui rappelle les conditions injustes que ces derniers subissaient, la lutte des antinucléaires ou des hippies, celle des femmes pour le droit de vote ou la pilule.

Le scénario d’Eric Burnand ne se veut pas trop compliqué, ni trop engagé, mais on sent quand même sa sympathie pour les mouvements progressistes au fil de son récit presque trop gentil. Les dessins de Fanny Vaucher y répondent tout en douceur et en tons pâles, accentuant encore ce côté presque naïf. Mais le résultat convaincra les amateurs.

David Moginier, 24heures, 26 novembre 2019

 

Emma ou l’histoire suisse du XXe siècle en BD

Un roman graphique de Fanny Vaucher et Eric Burnand rend plus proche et accessible les grands événements du passé récent de notre petit pays.

Non, la Suisse n’est pas une île. Au XXe siècle, elle a vécu des conflits sociaux, des crises politiques et des scandales qui situent très exactement ce pays au milieu d’une Europe explosive. Pour évoquer cette saga helvétique, une bande dessinée se focalise sur le destin de quatre personnages fictifs : Le siècle d’Emma met en scène de gens qui nous sont tout à la fois proches et qui s’apparentent à des figures historiques. La trajectoire de ces personnages, croise celle de nos familles. Leur histoire, leurs amours, leurs fourvoiements, leurs engagements composent le tableau d’une Suisse moins lisse qu’on a tendance à la croire. Emma, et sa famille nous plongent dans les espoirs et les désillusions d’un siècle au fond impitoyable et dont personne ne sort indemne. Le scénario d’Eric Burnand, qui fut journaliste à L’Hebdo et à la RTS, est un modèle du genre « roman graphique ». Le dessin, plein d’esprit et évocateur, est signé Fanny Vaucher, autrice de bande dessinée et illustratrice indépendante. Un seul regret : dans les phases dramatiques (tir de l’armée sur les grévistes en novembre 1918, par exemple), la ligne graphique et les choix de mise en scène ont tendance à atténuer le tragique des situations. N’en demeure pas moins que cette BD vaut mille livres d’histoire contemporaine. Sa place est autant sur le table du salon que dans les salles de classe.

Nicolas Verdan, Magazine Générations, jeudi 21 novembre 2019

 

Fanny Vaucher et Eric Burnand sont les invités de Nadine Haltiner dans le 12h30 (RTS, La Première), le 19 novembre 2019 >> écouter l'émission

Reportage sur le marché de la BD en Suisse dans l'émission TTC (Toute taxes comprises) avec les auteur·e·s du Siècle d'Emma, Antipodes et Payot, 18 novembre 2019 >> vers le reportage TV (à 5min26)

 

Une BD raconte l'histoire suisse au XXe siècle

L'histoire suisse est passionnante. Prenez le seul XXe siècle et vous comprendrez comment un si petit pays à l'échelle du monde a été le théâtre de nombreux événements historiques qui ont résonné dans toute l'Europe et parfois plus loin. Quelle bonne idée de la part de la maison d'édition lausannoise Antipodes d'avoir publié cette BD signée Eric Burnand (pour le récit) et Fanny Vaucher (pour les planches de dessin) sur la vie d’Emma, une jeune femme née à Granges, une petite localité peuplée d'horlogers et située au pied du Jura.

Emma va connaître un parcours de vie mouvementé. Elle voit Marius son fiancé se faire tuer lors des affrontements de la grève générale en 1918. Elle voit ses propres parents relativiser la responsabilité de l'armée dans ce drame sanglant. Emma rêvait de pouvoir voter et de devenir indépendante, elle rêvait de justice sociale mais elle doit en fait affronter une autre source d'adversité, la montée du nazisme en Allemagne et ses répercussions sur la Suisse. Son propre frère Franz, considéré comme agitateur par le milieu zurichois des professionnels de la banque, doit faire des petits boulots pour survivre.

Franz va générer de la colère, au point de trouver les idées antisémites d'Adolf Hitler séduisantes. En Suisse, alors qu'Ernst Nobs, militant d'extrême gauche devenu leader syndical se retrouve à signer la "paix du travail" avec le patronnat, le leader du Front national (mouvement d'extrême droite) Hermann Keller va fonder le mouvement national suisse qui regroupe tous les représentants de la droite ultra en Suisse, mouvement adoubé par le président de la Confédération suisse. Pendant ce temps-là, le Général Henri Guisan, qui avait lutté efficacement contre les manifestants en érigeant un "mur sur lequel la vague bolchévique s'est écrasée en 1918", va prendre une place originale au plus près du peuple, notamment auprès des appelés à la défense militaire du pays. Emma devient mère, adopte son neveu qui la met en face d'une nouvelle réalité: la difficulté d'être un immigré italien en Suisse... on est en 1956.

Près de vingt an plus tard, le mouvement "peace & love" se répand en parallèle de la contestation féminine et antinucléaire. Enfin, en 1989, c'est-à-dire il y a tout juste trente ans, Emma apprend l'existence d'un fichage de ses concitoyens ayant des opinions trop à gauche. Cette BD historique - et très agréable à lire - devrait plaire à tous les publics, qu'ils soient fans d'histoire ou juste amateurs de bonnes histoires vraies.

L'oeuvre du journaliste et vulgarisateur historique Eric Burnand et de l'illustratrice Fanny Vaucher va droit au coeur et permet de s'identifier à Emma, témoin privilégiée de cette longue et néanmoins sinueuse histoire suisse, petit ilôt pas si neutre, pas si indépendant au regard de la grande Histoire du XXe qui a opposé les alliés aux fascistes, les ultra-conservateurs aux révolutionnaires plus ou moins doux. C'est une BD très précise dans son interprétation des événements qui pourrait très bien compléter les livres d'histoires de nos enfants. A lire et/ou à offrir pour les fêtes.

David Glaser, web éditeur-responsable de notreHistoire.ch, mise en ligne le 19 novembre 2019 

 

Fanny Vaucher et Eric Burnand sont les invités de Christian Ciocca dans l’émission Nectar (Espace 2), le 12 décembre 2019 >> écouter l'émission

Fanny Vaucher et Eric Burnand sont les invités de Nadine Haltiner dans le 12h30 (RTS, La Première), le 19 novembre 2019 >> écouter l'émission

Reportage sur le marché de la BD en Suisse dans l'émission TTC (Toute taxes comprises) avec les auteur·e·s du Siècle d'Emma, Antipodes et Payot, 18 novembre 2019 >> vers le reportage TV (à 5min26)