Je suis grosse

Marina.K

2020, 64 pages, 18€

20,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-165-0
Dans ce court roman graphique, l’auteure évoque sa vie de jeune femme, les difficultés et les frustrations inhérentes au fait qu’elle se sent grosse. Avec beaucoup d’humour, d’auto-dérision et de second degré, Marina.K met en scène différentes anecdotes vécues, avec un style naïf et un propos assez direct, comme pour briser ce tabou qui la suit depuis son plus jeune âge: « Oui, je suis grosse, et je suis au courant. ».

Ce récit drôle et percutant est marqué par le second degré pour parler librement du surpoids et d'un quotidien pouvant être très difficile à vivre pour les personnes touchées par la grossophobie.
Et comment elle peut devenir une souffrance face au regard des autres, dans une société qui tend vers l'uniformisation.

 

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Confession XXL

Marina. K (pour König) signe une première bande dessinée autobiographique choc. Son titre: «Je suis grosse». Dans ce journal intime, cette jeune Fribourgeoise raconte avec humour et sans détour son existence contrariée de nana en surpoids. 

Un visage tout rond, au regard triste, qui déborde de la page. C’est l’image de couverture de la bande dessinée Je suis grosse de Marina. K (König pour l’état civil). En feuilletant ce journal intime en noir et blanc, qui vient de paraître aux éditions lausannoises Antipodes, l’on comprend mieux ce que signifie vivre dans une peau XXL, subir la grossophobie au quotidien, encaisser à longueur de temps propos acerbes et regards désapprobateurs. Guère possible, dans ces conditions, d’accoucher de cette bédé sans douleur. «À la base, c’est un travail de bachelor (à l’époque, elle était étudiante à l’école d’arts visuels Ceruleum à Lausanne, ndlr), je n’imaginais pas qu’il allait être publié, il devait juste me permettre de sortir ce que j’avais au fond de moi. C’était une thérapie en quelque sorte, au cours de laquelle j’ai remué des souvenirs pénibles, des choses de mon passé que je pensais guéries, de vieilles rancoeurs que je croyais oubliées…»

Un choc dans l’enfance

Le regard de cette jeune artiste fribourgeoise de 26 ans se trouble à l’évocation de l’événement qui a fait basculer son existence: le décès de son père, emporté par un cancer. Elle n’était alors âgée que de six printemps. «C’est vraiment à partir de là que j’ai commencé à prendre du poids.» Et à essuyer ses premiers sarcasmes et quolibets. «Les enfants sont cruels, ils n’ont pas de filtre. Les plus grands non plus d’ailleurs.» Cette fillette apprend très vite et à ses dépens qu’il vaut mieux ne pas être en surcharge pondérale dans une société qui met en valeur cuisses de mouche et taille de guêpe. Cela devient carrément insupportable lorsque arrive l’adolescence, période où l’on souffre du «complexe du homard», où l’on se retrouve sans carapace, plus fragile et vulnérable que jamais. «À la puberté, j’ai fait une énorme crise. J’étais exécrable avec tout le monde.» Elle y compris. Pour effacer ses kilos en trop qui l’encombrent et la protègent à la fois, elle enchaîne les régimes. Ceux que conseillent les magazines. «C’était sans doute le pire moment pour essayer ce genre de chose, parce que le corps change et a besoin de beaucoup d’énergie. Et moi, je l’affamais.» La teenager perd du poids, puis en reprend, puis en reperd… C’est l’effet yoyo connu de toute personne ayant testé pareils programmes minceur. «Je me dégoûte», «Ce corps est une prison», «J’étouffe». En trois illustrations pleine page, Marina plante le décor. «C’est ce que je ressentais.» Elle ne supportait pas de se voir en photo, ni même de croiser son propre reflet dans une vitrine. Dans son roman graphique, elle use d’humour pour ne pas sombrer dans le mélo. «Ça ne m’aurait pas correspondu. Mais il ne fallait pas non plus que ça soit Mickey, car ce que j’ai traversé n’a été ni drôle ni facile à vivre.»

Lâcher prise

Avec le recul, elle arrive à en sourire. Il faut dire que cette conceptrice en multimédia a fait du chemin depuis la fin de ses études. Elle est à la tête, avec une amie, de sa propre agence de communication, Grafiikka à Chiètres, et a enfin réussi à maigrir. «J’ai lâché prise et perdu 16 kilos.» Le résultat d’un processus entamé avec son récit autobiographique, qu’elle muscle désormais en s’adonnant intensivement au crossfit, une discipline mêlant exercices de cardio, gym et haltérophilie.
«Ce sport est devenu une passion. J’y ai trouvé une famille, des armoires à glace au grand coeur qui m’encouragent et me soutiennent sans me juger. » Cette expérience a boosté sa confiance et son estime d’elle. Cette jeune femme se sent à nouveau capable de prendre soin de ce corps si longtemps rejeté, maltraité. Mieux, elle arrive à l’assumer. «Je m’entraîne en short. Pour moi, franchir ce pas, c’était énorme, c’était comme me promener nue dans un village.» Elle rit.
Marina envisage même de replonger dans les eaux du lac de Morat cet été, de retourner à la plage en maillot de bain, un truc qu’elle n’a plus fait depuis des années. «Oui, je vais essayer et on verra si ça passe! Au pire, ça me fournira une anecdote à raconter dans ma prochaine bédé...»

Article d'Alain Portner, Migros Magazine n°62, 6.7.20

 

Une enfance de «gros tas»

Je suis grosse» : le titre de la BD de la graphiste lausannoise Marina.K est sans ambiguïté.

La jeune femme au perpétuel bonnet sur la tête n'a pas soin de calcul d'IC pour le savoir: « Ce n'est pas une question de chiffre. C’est une question de ressenti ». La voilà donc qui raconte son quotidien avec un dessin fausse-ment simpliste et terriblement efficace. Comment gérer une enfance de «gros tas»? On reproche aux gros de ne pas faire assez d'exercice ? Marina pratique poutant le bock y et le crossfit mais cela ne change rien. Entre les amies qui offrent une balance et les autres des leçons, la jeune femme voit arriver l'été et les maillots de bain avec anxiété. «Lorsqu'on est gros, on pense forcément de manière égocentrique. Par exemple, on persuadé que dans la rue tout monde nous regarde.»

David Moginier, 24 Heures, 18 juin 2020

Je suis grosse

En écho à une BD où une jeune dessinatrice romande raconte son surpoids, notre chroniqueuse se souvient des rondeurs de son adolescence et comment elle a minci en changeant de focale.

Je suis grosse. Ce n’est pas moi qui dis ça, c’est Marina K., jeune artiste romande qui titre ainsi son récit. «Je suis grosse et même si j’essaie de le cacher, je le vis mal.» Dans un roman graphique qui vient de paraître aux Editions Antipodes, une maison lausannoise, la jeune femme aligne les misères que lui impose son surpoids. Aucune revendication de « fat acceptance », ce mouvement made in USA qui défend l’image de l’obésité dans la société. Aucune mention militante de la grossophobie, cette discrimination dont sont victimes les personnes enveloppées. L’ouvrage est cash, malin, teinté d’un humour désespéré.

Avec un dessin efficace, Marina K. explique comment elle est devenue «une poire» de plus de 80 kilos pour 1 mètre 69, comment elle a connu les joies des régimes et du yoyo, comment elle subit les moments humiliants du shopping, de la plage ou des photos. Une lueur d’espoir? Le hockey et le crossfit qu’elle pratique avec passion. «Mais même si j’y vais au minimum trois fois par semaine, je ne suis pas foutue de perdre un gramme sur la balance.» «Je me dégoûte», «ce corps est une prison», «j’étouffe». A intervalles réguliers, un dessin pleine page exprime le côté écrasant de son état.

Pourquoi parler de cette BD dans une chronique d’opinion? Parce que cette publication contient sa propre solution. «Récemment, je me suis fait la réflexion que lorsqu’on est gros, on pense forcément de manière égocentrique, observe l’autrice. Par exemple, on est persuadé que dans la rue, tout le monde nous regarde, comme si on était le centre du monde.» Cette observation, illustrée par une Marina-sphère plantée au centre d’un globe terrestre, touche la cible en plein cœur. Tellement, d’ailleurs, que l’artiste reprend cette découverte en quatrième de couverture.

Sortir de soi. Sortir de l’image qu’on a de soi. Sortir tout court, bouger et profiter des joies du jour. Ne plus faire de la nourriture un sujet. Ouvrir le champ des possibles et savourer une journée, une semaine, un mois passés sans penser à manger… J’ai été une adolescente ronde, je sais ce que la nourriture rempart veut dire. Protection, cocon, prison. Bien sûr que le surpoids est un problème de société. Entre la malbouffe et les injonctions à la minceur qui virent à l’obsession, les personnes fortes sont victimes d’un complot qui les dépasse.

Mais, paradoxalement, je ne pense pas que la solution réside dans la prise en charge du problème. Je crois au contraire qu’elle tient dans l’abandon du sujet et le changement radical de focale. C’est en oubliant totalement les histoires de poids, de régime et de balance, que j’ai minci. S’alléger en pensée avant de s’alléger pour de vrai. Aucune privation, juste une nouvelle orientation. Vous n’y croyez pas? Essayez!


Marie-Pierre Genecand, Le Temps, Rubrique Société, 9 juin 2020

 

Interview musicale de Marina K dans l’émission Carnotzet de la radio bernoise Rabe.ch (jeudi 4 juin 2020). Passez un bon moment avec l’illustratrice pour découvrir son parcours et la genèse de son livre Je suis grosse >> écouter l’émission

Marina.K, invitée d’Yves Zahno dans l’émission radio du 12h30 (RTS la Première, jeudi 21.05.20) >> écouter l'émission

Anecdote « À qui la faute? » de Marina.K, relayée sur le blog des Insécables en continu >> aller sur le blog