1979

Becquelin, Hélène

2020, 159 pages, 22€

27,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-184-1
Dans une ambiance de fin des seventies, Hélène Becquelin démarre une nouvelle série de bandes dessinées et raconte son adolescence solitaire et décalée par rapport à son entourage. La découverte du punk rock va bouleverser sa vie : c'est le début d’autres horizons culturels et géographiques qui vont « accessoirement » lui sauver la vie !

Avec son point de vue féminin et distancé du milieu rock en Suisse romande de cette époque, l’auteure nous propulse vers son adolescence explosive dans le Lausanne de la fin des 70’s et nous montre comment une jeune provinciale arrive dans la « grande » ville, découvre le Sapri Shop, le Centre autonome, les punks de la Dolce vita …

 

Soirée de lancement samedi 29 août à La Datcha !

Dans le cadre du Déconfinature!!! de BDFIL à Lausanne, une soirée festive et musicale s'organise pour le lancement de la BD

Dès 18h, venez dédicacer votre livre et rencontrer Hélène Becquelin
Dès 20h/21h, écoutez votre corps ou faites danser vos oreilles aux sons des morceaux mythiques qui ont marqué la fin des années septante, avec un DJ set "spécial 1979" concocté par l'auteure et ses amis Djettes aux platines et une projection des planches extraites du livre.

A La Datcha, Côtes de Montbenon 13, 1003 Lausanne (Flon)
Samedi 29 août dès 18h (jusqu'au petit matin)

Playlist de la BD disponible sur 1979laBD.com

 

Exposition des dessins originaux chez Papiers Gras à Genève

Vernissage de l'exposition et dédicaces jeudi 17 septembre
Exposition jusqu'au 17 octobre 2020
Papiers gras, 1 place de l'île, 1204 Genève

 

Dédicaces en Romandie

Lausanne: samedi 29 août de 18h à 20h à La Datcha
Morges : du 4 au 6 septembre au Livre sur les quais (espaces "dédicace" malheureusement annulés - se référer au programme)
Fribourg : samedi 12 septembre de 14h à 16h à la librairie La Bulle
St Maurice : samedi 19 septembre de 15h à 16h30 à la librairie St Augustin
Lausanne : samedi 26 septembre de 10h30 à 12h chez Payot

disquaire 1979 v

©Hélène Becquelin

joy division 1979 v

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disque 1979 v

ill walkman 1979 v

 ©Hélène Becquelin

 

 

Coup de coeur de Frédéric Bosser dans les critiques de dBD Magazine (Actualité de toute la bande dessinée)

Un pogo et ça repart ...

A la fin des seventies, Hélène Becquelin a 16 ans et elle s'ennuie ferme avec les jeunes de son âge. Et pour cause ... Alors que ses copines fondent sur le premier chanteur disco à la mode [en Suisse, c'était Patrick Juvet] et ses copains sur Supertramp ou les Bee Gees, Hélène Becquelin ne rêve que des Clash, Cure, Joy Division, Sex Pistols, Police dont elle a lu la critique des albums dans Rock&Folk. Quand elle finit par se procurer lesdits vinyles chez un disquaire de Lausanne, sa vie s'en trouve bouleversée ... Elle trouve une famille d'adoption. Son premier acte consistera à se couper les cheveux, au grand étonnement de sa famille, car elle veut ressembler aux rockeurs qu'elle prend comme modèle. Puis elle parfait sa culture en ajoutant Best à ses revues favorites, en suivant l'émission Chorus présentée par Antoine de Caunes, en lisant les écrits de Fritz Zorn et en allant voir des films comme Alien, où la bête est dessinée par un compatriote suisse, ou ceux de Russ Meyer. De fil en aiguille, elle rencontre des personnes ayant les mêmes goûts qu'elle et apprend à s'émanciper. Cet album d'une grande humilité est un formidable regard sur le milieu rock en Suisse à cette époque et sur une jeune fille qui s'ouvre à la vie.

Coup de coeur de Frédéric Bosser, CRITIQUES/ LES ÉTOILES dBD, dBD magazine #148, novembre 2020

 

Hélène Becquelin, invitée de Julien Magnollay dans l'émission Tribu, RTS la première, lundi 26 octobre 2020 : écouter l'émission

 

Critique de Katia Furter sur le blog viceversalitterature.ch, le 06 octobre 2020

Lorsqu’en 2010, parut Angry Mum voit rouge, Hélène Becquelin réfutait avec véhémence avoir quelque lien que ce soit avec le monde de la bande dessinée. Elle était graphiste, un point c’est tout. Mais surtout elle n’avait pas la langue dans sa poche et ne l’a toujours pas ; d’où l’idée – le besoin ? – de s’exprimer sur un blog, celui d’Angry Mum, créé en 2006 et inspiré par Lynda Corazza et Lisa Mandel. Elle y dépeignait la vie quotidienne d’une mère de deux enfants. Le blog a fait l’objet d’une adaptation papier chez Glénat Suisse, qui fut suivie en 2021 de Angry Mum s’énerve. A propos de cette mère en colère, on peut lire sur le site de l’auteure la présentation suivante :

Y’a pas que le shopping dans la vie, il y a aussi les amis qui divorcent et ceux qui vieillissent mal, les sorties entre copines qui ne se passent pas comme dans les films, les corvées ménagères et les aléas de la vie de famille, les autres mamans et leurs gamins qu’on doit supporter… Pas de plans mode ni de recettes de cuisine mais des histoires qui racontent la vraie vie d’une maman face aux petites désillusions quotidiennes…

Tant le blog que les albums remportèrent un certain succès car on y retrouvait des scènes familières et des lieux lausannois connus. Il s’agissait de petites histoires allant d’une à quelques planches où texte et images, souvent bicolores, étaient ou non intégrés dans des cases. Si Hélène Becquelin commençait à entrer dans le monde de la BD et à y prendre goût, elle continuait à exercer son métier de graphiste, à créer des objets en laine cardée ou au tricot, à crier son amour pour la musique punk et pour Momo son compagnon. Les enfants grandissaient, elle sortait de plus en plus pour aller danser et voyager avec Momo. Un peu maman, de plus en plus Hélène, elle retrouvait une forme de liberté.

Fin 2016, on apprend, sidérés, la disparition du talentueux Philippe Becquelin, dit Mix & Remix, l’aîné d’une fratrie de trois dont Hélène est la cadette et Laurence la benjamine. Ce décès la plongea dans les souvenirs d’enfance et le désir de les raconter. Chose faite dans l’album, Adieu les enfants, paru en 2018, suivi d’un second tome l’année suivante.

On note une progression entre les deux albums. Le premier est une somme d’instantanés, de petits riens de l’enfance qu’on prend plaisir à découvrir ou à se remémorer. Au départ, prévus pour une exposition à l’Espace Richterbuxtorf à Lausanne, dans le cadre du Off du festival BD-Fil 2017, les dessins à la mine de plomb, isolés ou en planches, ont été complétés et organisés en album. Dans le second album, plus fluide et abouti, on retrouve les enfants, le père, la mère, les copines, la famille, héros de petites histoires qui viennent comme ça et nous touchent d’autant plus qu’on y reconnaît des symboles propres à la Suisse dans les années 60-70 ou à caractère universel.

Place à l’adolescence et à 1979. Son auteure nous avait avertis à la fin du tome 2 d’Adieu les enfants que le déménagement de la famille dans un autre quartier de Saint-Maurice et l’entrée au collège sonnaient la fin de l’enfance. Effectivement. 1979 débute par une double page sombre, vue en plongée sur Saint-Maurice de nuit, comme enserrée dans sa gangue. S’en échappe une voix : « Pffff… Je n’en peux plus » et quelques paroles de chanson. À l’occasion d’une sortie scolaire, Hélène est au cinéma, en porte-à-faux avec le film – Hair –, ses camarades, son professeur. Rien n’a grâce à ses yeux. Apparaît alors un drôle de personnage, sorte de saucisse noire sur pattes que seule voit la jeune fille ; réminiscence de l’ami imaginaire qu’on se choisit quand on est enfant. À ce stade, il s’agit de sa conscience, ce Jiminy Cricket va l’accompagner tout au long de l’album, y apportant un plus, une épaisseur au récit.

Cet ami-saucisse a de quoi faire car, l’adolescente de retour à la maison, les choses ne s’arrangent pas. Son frère l’agace avec son rock ; sa sœur l’agace avec sa musique disco. Une réflexion nous éclaire sur ce qu’elle ressent : « Pour l’instant, je sais ce que je déteste, mais pas encore ce qui me plaît. » La petite ville de Saint-Maurice, dont elle s’accommodait enfant, prend de nouvelles teintes, entre celles de l’aube des bonnes sœurs, omniprésentes, et celle de l’uniforme des militaires. Alors elle se cloître dans sa chambre, ce qui inquiète ses parents. Elle tente bien de retourner dans son ancien quartier pour y retrouver les amis d’alors, mais n’y trouve que des « babas » fumeurs de haschich qui picolent l’abricotine dérobée dans la cave du concierge et écoutent en boucle une musique qu’elle n’apprécie pas. Après leur avoir fauché quelques exemplaires de Rock&Folk, elle s’en va. C’est dans ce magazine qu’elle va tomber sur des groupes qui lui semblent – enfin – intéressants et dont font partie les Clash.

Lorsqu’Hélène veut s’offrir les disques découverts dans Rock&Folk, elle doit prendre le train pour Lausanne – toute une aventure – et oser entrer chez Sapri Shop, disquaire import alternatif. L’adolescente y détonne avec sa gentille coupe de cheveux et son duffle coat. Cela dit, le disquaire apprécie son choix de disques. Hélène se cherchait ? Elle a peut-être trouvé son style de musique et les attributs qui vont avec : cheveux courts, pantalons étroits, etc. Le tout en noir. À Saint-Maurice, elle passe dès lors pour la « pounk ».

1979 est organisé en chapitres qui portent chacun le nom d’albums sortis en 1979 et forment un ensemble hétéroclite. Ainsi on y croise Mireille Mathieu, Pink Floyd ou encore The Village People. Sur la fin apparaissent des groupes plus représentatifs de la musique qu’elle découvrait alors et qui était en phase avec ses aspirations : The Police, The Cure, Joe Jackson. En fin d’ouvrage, elle a recensé des disques de tous styles parus en 1979, ainsi que des films. On réalise alors la richesse de cette année-là.

À travers ce voyage dans le temps, Hélène Becquelin, avec le recul de l’adulte, livre au lecteur un récit tendre et souvent drôle sur l’adolescence, la vie de famille, l’émergence d’un nouveau type de musique représentatif des aspirations d’une partie de la jeunesse dans les années huitante. Et comme elle travaille à une suite, on se réjouit de la voir s’épanouir, « s’éclater » dans un Lôzane qui bouge sur cette musique punk qu’elle aime tant.

 

Sauvée par le punk

Hélène Becquelin croque son adolescence transfigurée par la musique punk dans «1979». Aussi électrisant qu’un solo de guitare.

Saint-Maurice: ses chanoines, ses nonnes, ses troufions… Comme tant d’autres adolescentes, Hélène Becquelin traîne son spleen dans cette ville qui a perdu la magie dont la parait son regard d’enfant. Avec des copines branchées Supertramp, une soeur cadette qui se déhanche sur les Bee Gees et un frère aîné (feu le dessinateur Mix & Remix) adorateur de Frank Zappa, la collégienne de 16 ans se sent en profond décalage «avec ses goûts bizarres».
Jusqu’à un jour de l’an de grâce 1979 où un son craché par le poste de radio familial rétablit l’harmonie. Ce son ébouriffant et totalement novateur, c’est le morceau «London Calling» des Clash. «Le punk rock m’a sauvé la vie!». Naufragée à la fin des seventies, Hélène va s’accrocher à cette planche de salut, ballottée au gré des envolées des Ramones et des Cure pour ne citer qu’eux dont elle écume les concerts avec sa bande de potes. Cette marmite de souvenirs, c’est paradoxalement le calme plat du confinement qui l’aura fait bouillir. Attisée par l’écoute de quelques disques cultes dans son appartement lausannois. La musique comme machine à remonter le temps. «C’est fou, c’est comme si elle s’emparait de mon crayon! Tout jaillissait», commente la graphiste qui signe avec «1979» son troisième roman graphique après les deux tomes d’«Adieu les enfants». «C’est davantage une BD», rectifie celle qui a le privilège d’exposer ses dessins jusqu’à la mi-octobre dans le temple genevois des phylactères, la galerie Papiers Gras.


Résonances actuelles

«1979» aurait dû voir le jour bien avant. Mais la vie et ses hourvaris en ont voulu autrement. Pas forcément un mal. «Finalement, ça m’a permis de faire écho à des thématiques actuelles, comme la place des femmes dans l’espace public», confesse la Lausannoise d’adoption, en référence au mouvement MeToo. Nimbé d’une tonalité plus sombre que les précédents albums, l’ouvrage n’en est pas moins d’une lecture plaisante. Le monstre noir – surnommé in petto «Spleen» par son auteure – dont est constamment flanquée la juvénile héroïne apporte une touche sympathique, un peu comme une voix off. «Il me permet bien des ellipses et facilite le déroulement du récit», explique Hélène Becquelin-Mottet en brandissant un tote bag à l’effigie de l’amène spectre. Pour cette plongée dans son passé, l’illustratrice a fait beaucoup de recherches iconographiques en plus de se repasser l’intégrale des Clash. «Je me suis retrouvée à mes 16 ans», sourit l’Agaunoise d’origine. Qui a poussé le vice jusqu’à créer, avec son mari, un site internet contenant la bandeson de l’album papier, soit une dizaine de morceaux emblématiques de l’époque. La veine autobiographique est loin d’être tarie puisqu’un prochain tome est déjà dans le pipeline. Un volet sur sa vie de jeune adulte à Lausanne. «J’y évoquerai plus la séduction et même le sexe. Ça risque d’être plus space», annonce la joviale artiste qui ne lâchera pas le morceau de si tôt.

Sarah Wicky, Le Nouvelliste, 5 octobre 2020

 

Hélène Becquelin, invitée d'Emmanuel Khérad dans l'émission La librairie francophone sur France Inter le 3 septembre 2020 aux côtés de Gaël Faye, Laurent Binet et Antoine Benneteau >> écouter l'émission

 

Article de Samuel Jordan pour La Liberté, paru le 26 septembre 2020 >> vers l'article

 

Hélène Becquelin retrouve sa punk attitude

L’autrice romande revient dans 1979 sur l’importance du rock durant son adolescence.

Comme pour tout un chacun, chez Hélène Becquelin, un jour, l’enfance passe à la casse. Le charme guilleret et désormais désuet des activités du premier âge laisse place à d’autres types de passe-temps, exercés avec autant de passion qu’auparavant. Si l’origine de son art prend naissance à l’aube de son existence, dans une forme frénétique l’invitant à s’exprimer sous forme graphique, l’adolescence constitue aussi une période clé. Elle marque durablement l’autrice par une sorte de dépouillement du monde enfantin, puis un processus d’incorporation, notamment de bonnes vibrations aux sons de riffs de guitares principalement punk.

Mais en premier lieu gît un sentiment de décalage vis-à-vis du monde extérieur, une solitude. Alors que d’anciens camarades ne jurent que par Supertramp et que sa soeur se trémousse sur les Bee Gees, l’adolescente ressent un profond sentiment de vacuité renforçant son isolement. Tandis qu’elle se trouve en quête de sa propre identité pour pouvoir s’affirmer, un soir, la radio diffuse un morceau du groupe Joy Division. Cette écoute fait office de véritable révélation. Grâce à des revues (Rock & folk, Best), la jeune Hélène découvre les groupes phares de la scène rock.

Son look change. Dans sa ville de Saint-Maurice, on la traite de «pounk». A l’école religieuse, Soeur Fulberte fuit en la voyant. Il faut faire face aux questions liées à la «mauvaise réputation», au sein d’une localité à forte densité de curés et de militaires. Mais le monde de la musique se caractérise aussi par des liens d’amitié, sources d’échanges complices. Le sentiment d’éloignement vis-à-vis de ses contemporains s’atténue. Et les monologues intérieurs désabusés face à la société cessent de s’autoalimenter. Retour d’une certaine légèreté, d’une joie de vivre, traits révélateurs d’Hélène Becquelin, tant au niveau personnel qu’artistique.

Après les deux premiers tomes d’Adieu les enfants, on attendait que la bédéaste aborde cette nouvelle étape de sa vie. La dessinatrice a été profondément marquée par l’effervescence de la mouvance punk. Dans son atelier lausannois, elle évoque sa passion pour la musique, affirmant que les Clash lui ont «sauvé la vie». Le 6 mai 1981, jour où elle les a vus sur scène, resurgit de sa mémoire et est ainsi décrit comme l’un des moments les plus importants de son existence. Dans le même mouvement, le 22 décembre 2002, lorsque le chanteur du groupe Joe Strummer décède, Hélène Becquelin se souvient avoir pleuré toute la journée.

Nombre de lectrices et lecteurs se reconnaîtront dans cet assemblage de souvenirs, cette mise en scène de soi-même, et y verront un pan d’une mémoire collective, le souffle d’une génération. Pour ce roman graphique, l’autrice a adapté son style et trouvé un puissant ressort narratif en créant un personnage fictif: un fantôme, une sorte d’ange gardien, de coach. Cette figure facilite les transitions, et constitue un point de repère dans la succession des événements. Elle favorise aussi l’ellipse et la fluidité du récit, amenant également de la douceur. Car, malgré le côté parfois sombre de la transition entre l’enfance et l’adolescence, c’est sans pathos mais avec humour et décalage que l’artiste se remémore cette époque qui se révèle, au final, fort féconde au regard de sa création et de son apport au monde de la bande dessinée.

Fabrice Bertrand, Le Mag, Le Courrier, vendredi 18 septembre 2020


Hélène Becquelin: "la musique punk m'a sauvée"

Hélène Becquelin, dite "Angry Mum" (la maman en colère), raconte son année 1979 dans un roman graphique tout juste sorti des presses de la maison d’édition lausannoise Antipodes.

Hélène Becquelin pratique l’illustration, le graphisme et la BD sous une forme largement autobiographique. Elle se met d’abord en scène sur un blog, "Angry mum", qui va être à l’origine de son succès au cours des années 2000. Ses dessins la font découvrir mégère tendance bobo, mais douée de beaucoup d’autodérision. Elle a déjà exploré son enfance dans deux albums intitulés "Adieu les enfants", tome 1 et 2.

Elle s’attaque dorénavant à l’adolescence, période de tous les dangers… et des grandes illuminations aussi! "1979", année de ses 16 ans, raconte l’histoire d’une adolescente en décalage, qui va finalement trouver sa voie, sa tribu, grâce à la musique punk et retrouver espoir en l’avenir grâce à la vitalité de ceux qui pourtant criaient "no future".


Un "coach mental" pour l'accompagner

Cela commence par une séance au cinéma, le film de Milos Forman "Hair" vient juste de sortir, tout le monde trouve ça génial sauf elle. Il faut dire aussi que, dans "1979", il y a un drôle de personnage qui accompagne l’auteure pas à pas, une longue ombre noire, qui n’a pas de nom, qu’elle est seule à voir, qui lui parle, qui commente tout ce qu’elle fait, la critique souvent, est parfois un peu dépassée: c’est sa dépression, raconte Hélène Becquelin, son "coach mental".

"Quand j’ai commencé ma bande dessinée sans en faire un personnage, ça me rendait trop triste, parce que j’étais de nouveau plongée dans cet état d’âme de mes 17 ans où je n’allais pas bien. Et dès que je l’ai mis en place, il a amené un côté un peu fun à la bande dessinée", explique Hélène Becquelin à la RTS.


La rencontre avec le punk

Sa vie de famille est plutôt harmonieuse, même si on sent que quelque chose est en train de se disloquer, les frère et sœur se préparent à quitter le nid… mais il règne une compréhension, une tolérance, une acceptation de la jeune Hélène. En revanche, à l’extérieur, rien ne lui correspond: ni les petites parties de fumette dans les caves, ni l’école et ses bonnes sœurs, ni les élèves soumises, ni celles qui "s’émancipent".

« Brigitte se la pète parce qu’un mec de plus de 18 ans vient la chercher à l’école. Mais ce type a la répute d’être tellement crétin qu’il ne peut se taper que des filles bien plus jeunes que lui. Se faire tringler par un bofiaud sur la banquette arrière d’une Opel Manta, bof, bof… » Extrait de "1979", Hélène Becquelin

Mais heureusement, il y a la rencontre avec cette musique punk dont la rage et la liberté (et les interprètes) vont lui montrer la voie d’un autre monde. Pour raconter cette rencontre, une planche, une double page très belle, où tout à coup l’artiste échappe à la pesanteur du quotidien et de la solitude: elle écoute Joy Division, est littéralement transportée, elle s’envole!

« En dessinant certaines scènes, je me suis retrouvée comme à l’époque, quasiment sortie de mon corps, presque une sorte de mini-transe… voilà pourquoi c’est chouette de dessiner, on est dans notre petit monde » Hélène Becquelin


Départ pour la "métropole"

C’est la musique qui pousse Hélène Becquelin à sortir de la ville de Saint-Maurice (VS). Elle va se rendre à Lausanne, la "métropole", la "grande ville" qu’elle voit dans "1979" très grande, un peu inquiétante, et en même temps riche de promesses… musicales mais pas seulement!

Restée une passionnée, elle continue de débusquer des nouveaux talents, de participer à des concerts en Suisse romande et bien au-delà, et à partager avec générosité ses goûts et émotions.

Reportage d'Isabelle Carceles, site RTS-Culture, 16 septembre 2020

  

Hélène Becquelin, invitée de Nadine Haltiner dans l'émission du 12h30, RTS, radio la Première, 14 septembre 2020 >> écouter l'interview

 

Hélène Becquelin la joue cash avec les Clash
L'auteure d'«Adieu les enfants» raconte son adolescence solitaire et décalée dans «1979»

Sur la platine, elle a posé le troisième album des Clash, «London Calling», qu'elle venait d’acheter. Aux premières notes - quelque chose comme Wam! Wam! Wam! » -Hélène Becquelin a écarquillé les yeux. Puis tandis que les membres du groupe punk rock britannique envoyaient toute la sauce sur fond de «Taaadam, Tadaaam!» l'adolescente qu'elle était à la fin des seventies a cru voir les murs de sa chambre s'écrouler dans un grand fracas de batterie et de guitares. «J'ai vraiment ressenti cette impression d'ouverture sur quelque chose de différent. La musique des Clash a bouleversé mon existence> assure l'Hélène d'aujourd'hui en tirant d'un rayonnage le vinyle original, à la pochette usée à force de manipulations.

Des rifts en rafale

Dans un coin de son atelier installé à l'intérieur de l'ancienne chambre de son fils Boris, une pile d'exemplaires défraîchis de «Rock&Folk» témoignent de la passion de l'auteure lausannoise pour la musique de Joy Division, des Ramones, de Cure et autres The Specials. Sans oublier les Clash, évidemment. Autant de groupes dont les ritfs résonnent au fil des pages de «1979», son nouveau roman graphique, une BD épatante à la tonalité plus sombre que ses précédents ouvrages. En couverture, Hélène Becquelin s'y dessine avec un étrange Barbapapa géant en burqa, qui l'accompagne en permanence. «On peut le voir comme un ami imaginaire. Il m'autorise différentes ellipses. Mais il symbolise surtout mon mal-être.» Car en 1979, l'Hélène de seize ans n'en mène pas large. «j'étais en pleine crise d'adolescence, dépressive. Je me sentais seule, isolée.» Pas du tout comme ses copines de collège qui écoutaient Supertramp et s'en allaient mater les garçons après les cours. «Jusqu'à ce que je découvre ce qui me plaise, ça n'allait pas fort.» Elle qui se sentait plouc, va devenir punk. Ou plutôt «pounk» comme on di· sait à Saint-Maurice, la ville où elle a grandi, bourrée de militaires et de religieux. Aux Tuileries, un établissement scolaire réservé aux filles, des bonnes sœurs patrouillent dans les couloirs. Durant une «retraite religieuse» au Simplon, elles gratifient les élèves de cours d'éducation sexuelle. Mémorable soirée diapos, ponctuée de cette mise en garde: «Si vous faites l'amour avec des garçons, vous risquez de vous faire infecter par des maladies vénériennes!» Hélène, elle, ne s'en laisse pas conter. La petite provinciale au look BCBG se teint les cheveux en noir et se les coupe à la garçonne, pour mieux ressembler à ses idoles. Les bonnes sœurs fuient en courant, effrayées. À la maison en revanche, ses parents acceptent plutôt bien la mutation de leur fille. «Ils ont toujours été supercool. Les Clash ou les Ramones ne les intéressaient pas, mais ils respectaient ce que j'aimais.» En famille, difficile de parler musique. Son frère aîné Fifi (ndlr: le futur dessinateur Mix&Remix) est branché Frank Zappa. Hélène abhorre. Sa cadette, Lolo, écoute les Bee Gees en boucle et réalise des chorégraphies avec leurs chansons: «Ah, ah, ah, staïyngue alaaïiiive!» Ambiance ... «En réalité, j'ai un peu déformé la réalité pour les besoins de la narration», avoue l'Hélène de 2020. «Mon frère et ma sœur constituent des alibis qui me permettent de montrer les autres courants musicaux de l'époque. Réellement, j'ai fini par contaminer tout le monde avec mes goûts. C'est Fifi qui m'a acheté mon premier vinyle des Clash (ndlr: le fameux «London Calling»), Ça lui a tellement plu qu'il est retourné au magasin de disques en chercher un pour lui!»

La force de la musique

De l'authentique pas piqué des hannetons et du presque vrai teinté d'humour, Hélène Becquelin en a plein la besace. Comment s'est-elle remise en mémoire des faits remontant à plus de quarante ans? «La musique aide beaucoup. J’ai réécouté des titres de différents albums et j'ai replongé instantanément dans cette époque. Le dessin possède lui aussi cette force. Certains événements sont revenus sous mon crayon sans que je m'y attende.» À l'aise dans ce registre, l'auteure de «1979» n'en a pas fini avec l'autobiographie. Dans un coin de sa tête, elle songe déjà à son prochain roman graphique. «J’évoquerai ma vie de jeune adulte. Ça va pas mal parler de séduction. De sexualité aussi. Et de concerts forcément … »

Philippe Muri, Tribune de Genève, Samedi-dimanche 12-13 septembre 2020

Hélène Becquelin, invitée d'Emmanuel Khérad dans l'émission La librairie francophone sur France Inter le 3 septembre 2020 aux côtés de Gaël Faye, Laurent Binet et Antoine Benneteau >> écouter l'émission

Hélène Becquelin, invitée de Julien Magnollay dans l'émission Tribu, RTS la première, lundi 26 octobre 2020 >> écouter l'émission

Hélène Becquelin, invitée de Nadine Haltiner dans l'émission du 12h30, RTS, radio la Première, 14 septembre 2020 >> écouter l'interview