Nouvelles Questions Féministes Vol. 33, No1

26,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-092-9
Au carrefour entre système scolaire et marché du travail, la formation professionnelle est un espace particulièrement intéressant à soumettre à l’analyse féministe. Lieu majeur de socialisation professionnelle, elle produit de futur·e·s travailleuses et travailleurs destiné·e·s à des professions fortement sexuées et ségréguées. A partir d’éclairages français, allemands et suisses, ce numéro met au jour quelques invariants: l’interdiction de transgresser les frontières du genre, la perpétuation de la division sexuelle du travail et des stéréotypes de genre et enfin la peur de l’avancée en mixité.

La formation professionnelle, et en particulier le système dual (ou par alternance) qui combine apprentissage théorique en école professionnelle et apprentissage pratique en entreprise est le modèle dominant en Suisse et en Allemagne. Lieu de socialisation professionnelle privilégié, la formation professionnelle a cependant peu été étudiée dans une perspective féministe.

Au carrefour entre système scolaire et marché du travail, la formation professionnelle est traversée par les mécanismes de discrimination de ces deux espaces distincts, tous deux largement étudiés. L’objectif de ce numéro est de questionner la formation professionnelle comme espace propre de production du genre, dans le sens où l’enjeu est de produire de futur·e·s professionnel·le·s prêt·e·s à entrer dans un marché du travail et des professions sexuées.

Les articles abordent le système de formation professionnelle dans son ensemble, des filières spécifiques, comme les formations agricoles, les interactions en classe ou encore le choix professionnel des jeunes femmes. A partir de perspectives croisées entre France, Allemagne et Suisse, se dégagent des lignes de force. Ainsi, la conformité aux normes de genre apparaît-elle comme enjeu dès l’orientation professionnelle, mais également lors des procédures de sélection et tout au long de la formation. Les jeunes apprennent que les frontières du genre ne doivent pas être transgressées. Ces frontières leur étant en outre rappelées au travers de l’usage massif des stéréotypes et de la division sexuelle du travail. Autre élément récurrent: l’hostilité face à une présence plus massive de l’autre sexe dans les métiers. Cette peur de l’avancée en mixité permet d’expliquer la permanence du discours sur les pionnières et les pionniers, dans le champ professionnel comme dans celui de la recherche sur l’orientation et la formation professionnelle.

 

Édito

  • Formation professionnelle: l’apprentissage des normes de genre (Nadia Lamamra, Farinaz Fassa et Martine Chaponnière)

Grand angle

  • Le travail, l’école et la production des normes de genre. Filles et garçons en apprentissage (en France) (Prisca Kergoat)
  • L’enseignement agricole en France: un espace de reconfiguration du genre (Sabrina Dahache)
  • La mobilité de genre à l’épreuve du discours enseignant (Elettra Flamigni et Barbara Pfister Giauque)
  • Le choix de la formation: une affaire de sexe? (Lorraine Birr) 

Champ libre

  • La banalisation de la prostitution: moteur de la traite des femmes et frein à la lutte féministe pour l’égalité (Sandrine Ricci, Lyne Kurtzman et Marie-Andrée Roy)

Parcours

  • De la "Journée des filles" à "Futur en tous genres": parcours et détours d’une campagne égalitaire (Céline Naef et Farinaz Fassa)

Comptes rendus

  • Natacha Chetcuti et Luca Greco (éds), La face cachée du genre (Silvia Ricci Lempen)
  • Delphine Dulong, Christine Guionnet et Erik Neveu (éds), Boys Don’t Cry! Les coûts de la domination masculine (Clothilde Palazzo-Crettol)
  • Recherches féministes, Vol. 24, No 2, 2011. Elsa Beaulieu et Stéphanie Rousseau (éds), Critiques féministes du développement : pouvoir et résistances au sud et au nord (Fenneke Reysoo)
  • Jean-Yves Tamet (dir.), Différenciation sexuelle et identité: clinique, art et littérature (Arnaud Alessandrin)
  • Sandrine Ricci, Lyne Kurtzman et Marie-Andrée Roy, La traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelle: entre le déni

Le "neutre" apprentissage cache l’éviction des filles et des jeunes issu-e-s de l’immigration

Le numéro s’ouvre par un texte de Jules Falquet: Nicole-Claude Mathieu ou l’espoir d’une transmission muliéri-linéaire et plurilocale.

L’auteure parle, entre autres, de rapport social global de pouvoir, des liens entre sexisme et racisme, du point de vue situé, des difficultés matérielles de la prise de conscience individuelle et collective des minoritaires, du livre "Une maison sans fille est une maison morte"… 

Nicole-Claude Mathieu vient de nous quitter, "A nous, il nous reste les juments indomptées qui nous entraînent vers d’autres mondes possibles"[...]

Dans "La banalisation de la prostitution: moteur de la traite des femmes et frein à la lutte féministe pour l’égalité", Sandrine Ricci, Lyne Kurtzman et Marie-Andrée Roy avancent que "la traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelle prend place dans un nouvel ordre patriarcal qui, banalisant la marchandisation des corps et de la sexualité, normalise la prostitution". En partant de la nécessaire solidarité avec les femmes prostituées, les auteures soulignent : "Tout en affirmant notre pleine solidarité avec les femmes et les filles aux prises avec la prostitution, nous estimons que dans une perspective de respect des droits humains et pour atteindre l’égalité de fait entre les sexes, nous devons simultanément participer à la construction d’un monde libéré des pratiques du sexe tarifé". Elles indiquent aussi la non-dissociabilité de la traite et de la prostitution.

Sandrine Ricci, Lyne Kurtzman et Marie-Andrée Roy, contre la distinction artificielle entre femmes forcées et "base volontaire" soulignent que cela ne prend pas en compte "les conditions matérielles et idéelles d’exercice de ce choix", "choix" par ailleurs réservé/assigné très m