EDITIONS ANTIPODES

Médiatiser la police, policer les médias

Michaël Meyer (dir.)

2012, 222 pages, 27 chf, 22 €, ISBN 978-2-88901-048-6

 

Le travail policier est depuis longtemps l’objet de récits et d’images qui ont durablement influencé notre imaginaire. Cette puissance narrative acquise fait aujourd’hui de l’univers policier l’un des arrière-plans préférés des médias.

À partir de ce constat, cet ouvrage se propose d’explorer comment des représentations de la police sont produites et circulent dans, et entre, les champs du divertissement et de l’information, mais également comment l’institution policière s’est elle-même constituée en pourvoyeuse et en gardienne de son "image publique". Plus que jamais, le monde réel et le monde médiatique de la police coexistent et se confrontent, car les corps de police sont devenus des producteurs actifs d’images et de discours sur leurs propres actions.

Par un double mouvement, "médiatiser la police" et "policer les médias", ce livre étudie l’imaginaire social sur la police, sa diffusion dans les médias de masse (télévision, presse, affiches, espaces muséaux…) ainsi que le travail communicationnel des polices modernes.

 

 

 

Table des matières

 

  • Introduction. Le policier face à son double médiatique (Michaël Meyer)
  • Taire, transmettre ou prostituer sa science, les experts divergent. Utilité et dangers de la vulgarisation du savoir criminalistique en Suisse romande et en France (1900-1960) (Nicolas Quinche)
  • Dans les coulisses du Théâtre du crime: réappropriation muséale de la photographie forensique (Elisa Rusca)
  • Quand la police fait sa pub. Analyse discursive de la figure du policier et de la policière dans la stratégie de communication des polices vaudoises (Stéphanie Pahud)
  • Plus belle la police? Ou comment la série Plus belle la vie dépeint l’institution policière (Nicolas Rafin)
  • Compléter l’"image tronquée"? Les représentations médiatiques de la police (Rob C. Mawby)
  • Community policing et réunions police-population à Los Angeles (Mathieu Zagrodzki)
  • Une police "inquiète" du taux de délinquance en Suisse. Le poids des intérêts et enjeux professionnels dans la construction policière d’un problème public (David Pichonnaz)
  • Des individus sous l’uniforme. La question du droit à l’image des policiers (Sylvain Maresca)
  • La médiatisation de la police du point de vue des policiers: le ressort professionnel de la réception des médias (Guillaume Le Saulnier)

 
Vues du terrain

  • Photographier les policiers en France (Laurent Kaczor)
  • Police de proximité et image de la police à Lausanne (Alain Gorka)
  • Le métier de chargé de communication à la police de Lausanne (Jean-Philippe Pittet)
  • Le commandant de gendarmerie et les journalistes: une histoire de confiance (Thierry Davaut)

 

Articles

 

Dans Questions de communication

Au moment où l’"Étude sur le management et le stress au travail" au sein de la police (Stéphanie Arc, "La police se livre", Journal du CNRS, 265, mars-avr. 2012), menée par Mathieu Molines, doctorant en sciences de gestion au Centre de recherche et de management de l’université de Toulouse 1 Capitole, montre notamment que 87,1% des policiers français estiment que les médias dévalorisent leur rôle, il est bon de se plonger dans cette étude dirigée par Michaël Meyer, premier assistant au laboratoire de sociologie de l’université de Lausanne. L’auteur confirme l’idée selon laquelle "les policiers forment un groupe inquiet des standards médiatiques de compréhension des missions de police" (p.12). Mais ce constat de départ doit permettre d’"interroger conjointement la présence intermédiatique et la force sociale du double du policier" (p.11), alors que Mathieu Molines, travaillant avec le soutien logistique d’un syndicat policier (Alliance-Police nationale), dressait une radiographie plus complète d’un métier particulier. Le livre franco-suisse (43-50%, les 7% restant étant britanniques) dirigé par Michaël Meyer entend se contenter de déconstruire ces schémas médiatiques qui "produisent des anticipations et des spéculations de la part des personnes susceptibles de rencontrer l’univers professionnel représenté (p.14) par les médias, notamment audiovisuels. Autrement dit, il apporte un éclairage extérieur au constat énoncé par l’étude de Mathieu Molines. Cette interrogation "sur la mythologie de la police dans la société occidentale contemporaine" (p.16) est menée à partir de 14 points de vue de sociologues (29%), de policiers (22%), d’historiens (14%) et, marginalement, de chercheurs en sciences de l’information et de la communication, de politiste, de criminologue, de linguiste, de professionnel des médias. Ces derniers, avec les policiers, ne représentent que 29% des auteurs d’un ouvrage qui reste celui de scientifiques, dont 14% en sont encore à préparer leur doctorat.

S’interrogeant sur "la proéminence de la police et des policiers dans la culture populaire et médiatique" (p.16), l’ouvrage entend montrer comment les médias, le public et les intérêts professionnels ont finalement installé un spectacle de la répression du crime. Pour cela, il entreprend d’étudier la police, sa médiatisation et sa mise en communication. Cherchant à confronter le policier à son double médiatique, Michaël Meyer consacre son introduction (pp.5-20) à un état des lieux de la recherche en sciences sociales. Pour sa part, Nicolas Quinche (pp.21-37) analyse le processus de vulgarisation en criminologie qui oppose, depuis le début du XXe siècle, deux logiques, celle de la médiatisation d’une connaissance particulière et celle de la volonté de ses patriciens de maintenir leur privilège sur ce savoir. Ce processus concentre aussi l’attention de Rob Mawby (pp.85-106). Poursuivant l’approche de l’historien suisse, ce criminologue britannique s’interroge sur les effets de cette médiatisation de la police, entre fiction et non-fiction. Et de conclure que la fidélité à la réalité professionnelle est souvent moins primordiale que le renvoi à des modèles médiatiques déjà connus. Ainsi des "images tronquées" s’établissent-elles, faites d’héroïsme mais de répression, de corruption, d’incompétence. Cette "image publique de la police […] brouillée, sans certitude et constamment sujette à réinterprétation" (p.107) est aussi de la responsabilité de la communication policière. La linguiste suisse Stéphanie Pahud (pp.53-69) le démontre bien en déconstruisant les stratégies de communication des polices de Suisse romande privilégiant la féminisation. Chargé de communication de la police municipale de Lausanne – une fonction créée au printemps 2004 –, Jean-Philippe Pittet (pp.199-208) n’écrit pas autre chose lorsqu’il évoque "le secret de fonction [qui] implique de savoir ce qui peut-être dit et ce qui doit être maintenu secret" (p.208). Certes, entre ces deux bornes doivent naviguer les communicateurs officiels, mais cet intervalle est également l’espace dans lequel les médias cherchent à s’insérer. La traduction fictionnelle de cette ambivalence se retrouve dans l’exemple étudié par Nicolas Rafin (pp.71-83), doctorant français en sociologie. Disséquant la série française à succès Plus belle la vie (Besson, Podroznik, 2004), il y révèle le quotidien d’une police de proximité, "aux dimensions empathiques, compréhensives et indulgentes" (p.82) tout en étant marquée par des "travers (racisme, alcoolisme, corruption, non-respect des règles procédurales, etc.) […] s’inspirant de prénotions véhiculées sur le corps policier" (p.83). Le plus étrange est que la fiction a rejoint l’actualité lorsque Marseille, où se déroule l’intrigue de la série, est devenue le lieu de révélation de véritables dérives policières (octobre 2012). Cet effet en retour de la médiatisation des policiers médiatisés est le propos de Sylvain Maresca (pp.143-162), dont Nicolas Rafin est l’étudiant. Ce professeur de sociologie s’interroge sur le paradoxe de la revendication du "droit à l’image" de ces fonctionnaires à partir des conflits qui les opposent aux photographes de presse. Ce faisant, il perpétue une forme d’idées reçues sur la police, puisqu’il considère comme la volonté des policiers de protéger l’anonymat qui devrait être le leur après qu’ils soient redevenus des citoyens ordinaires comme étant "en contradiction avec les devoirs de [leur] fonction et vers[ant] dans l’abus de pouvoir" (p.162). Un travers dans lequel n’entre pas le photographe marseillais Laurent Kaczor (pp.179-197) puisqu’il avoue se sentir "aussi un peu flic parfois, à force" (p.187). Il faut tout le brio d’une historienne de l’art, la Suissesse Elisa Rusca, pour les départager. Elle remémore que, très tôt, la photographie a été un outil des policiers et consacre son propos à la police scientifique. L’esthétique du réel et du morbide des scènes de crime s’en trouve tout autant décontextualisé pour les besoins de l’enquête. "Dans la situation actuelle de confusion des genres et des techniques", cette opposition entre points de vue des policiers ou du sociologue "ramène à un débat stérile" (p.51).

Le propos muséographique d’Elisa Rusca permet au politologue français Mathieu Zagrodzki (pp.109-126) de voir la police comme un canal de communication avec les citoyens, "selon les préceptes du community policing" (p.109). Ce concept de police de proximité, usité à Los Angeles depuis 1979, vise à construire une forme de partenariat entre la police et la population qu’elle sert et protège. Pour cela, des réunions sont organisées afin "d’assurer une sorte de “service après-vente” venant apaiser les éventuels points de discorde naissant d’interventions controversées" (p.126). Naturellement, ces réunions police-public répondent d’abord à une situation particulière, celle de la violence policière américaine. Mais elles aboutissent à un constat universel car elles ont contribué à améliorer l’image de la police, tant auprès des officiers, chargés d’y faire respecter la loi, que des minorités ethniques, fortement malmenées, dans les années 60, par ce corps de la ville de Los Angeles. Le même constat, à une toute autre échelle toutefois, celle de la police cantonale de Lausanne, est fait par l’officier de gendarmerie suisse Alain Gorka (pp.189-198). Formateur dans le domaine de la police de proximité, il pose le problème à partir de la visibilité des forces de l’ordre auprès des populations et des médias. S’il élargit le prisme, il en revient à la même conclusion qu’à Los Angeles: "la police passe du statut d’“autorité” visible répressive à celui de partenaire “immergé”, donc beaucoup plus discret, faisant partie des acteurs ordinaires de la vie publique" (p.198). Cette reconfiguration du rapport entre "efficacité" et "visibilité" des actions de police aux États-Unis comme en Suisse montre que, partout, la seconde devient une condition décisive de la première. Ainsi que le montre le doctorant franco-suisse en sociologie David Pichonaz (pp.127-142), celle-ci est devenue une préoccupation policière majeure, notamment dans la construction d’un discours sur la délinquance des jeunes. Se fondant sur l’analyse du discours produit par la police suisse, David Pichonaz révèle une "inquiétude" de ce corps constitué contraint "par le champ professionnel au sein duquel [elle est] produit[e]" (p.141). La professionnalisation des services policiers de communication participe à la formation d’une communication destinée à répondre aux interrogations non du public, mais de ces médiateurs que sont les journalistes. Cette communication spécifique n’est pas sans poser problème puisque "les titres de presse les plus proches du pôle commercial du champ médiatique" vont immanquablement opter "pour un cadrage alarmiste" (p.141). Nicolas Rafin n’écrivait pas autre chose lorsqu’il insistait sur les différentes influences auxquelles étaient soumis les scénaristes des séries télévisées (pas uniquement policières d’ailleurs): celles des producteurs et des vendeurs de programmes, dans un univers aussi concurrentiel que celui de l’actualité. Aucun des deux chercheurs ne va jusqu’à utiliser le terme "infotainment", mais comment qualifier autrement cette collusion entre discours et intérêts publics, qui ne résiste guère à une analyse sérieuse et statistique – pour ce qui concerne l’insécurité. Guillaume Le Saulnier (pp.163-175), maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, traite, à ce propos, de la "'féchitisation', à savoir l’effacement de la réalité vécue sous l’emprise de stéréotypes réducteurs" (p.175). Mais il envisage la police non plus comme un acteur médiatique, mais comme un consommateur de médias. L’auteur renvoie les policiers à leur propre image véhiculée dans la presse et dans les fictions télévisuelles. Et celle-ci n’est pas à leur goût, même si elle participe d’une "socialisation professionnelle des policiers" (p.175). Si Guillaume Le Saulnier ne recherche pas "les raisons de ce jugement négatif dans les logiques de fonctionnement du champ médiatique" (p.175), l’officier de gendarmerie français Thierry Davaut (pp.206-216) ne s’en prive pas. Comme son collègue Jean-Philippe Pittet, il évoque, les pressions médiatiques qui pèsent sur les épaules des policiers, tout en montrant qu’il s’agit plutôt de relations plurielles entre deux modes. Elles reposent aussi bien sur la confiance et la prudence que sur l’instrumentalisation consciente et, parfois, l’amitié.

Enfin, de l’ouvrage ressort la démonstration que, aujourd’hui, aucun milieu professionnel ne peut rester en marge du processus de communication. En effet, il existe une demande, plutôt qu’une surveillance ou une exigence, médiatique de tous les instants.

Gérald Arboit, Questions de communication [En ligne], 23|2013, mis en ligne le 30 septembre 2013, URL: http://questionsdecommunication.revues.org/8577

 

 

Dans la revue en ligne Lectures / Liens socio

Le titre de cet ouvrage collectif souligne l’intérêt porté tant aux médias, à travers la place qu’ils accordent à la police, qu’à la police elle-même. Celle-ci endosse un rôle nouveau de communiquant et s’interroge sur son rapport aux médias et au public, tandis que les représentations qui en sont diffusées ne sont pas sans effet "sur l’organisation, les discours et les pratiques du travail policier" (p.17). L’interdisciplinarité1 de l’ouvrage va de pair avec le mélange d’approches dia- et synchroniques2 ainsi qu’avec la diffusion de témoignages d’acteurs de terrain. Il s’agit d’un ouvrage qui participe à un mouvement plus large de reconnaissance de la police comme objet digne d’être étudié par les sciences sociales et qui "ouvre la voie, mais appelle déjà à des suites dans le champ des rapports dynamiques et circulaires entre groupe professionnel, communication et médias" (p.17). Une place importante, mais pas exclusive, est donnée à la Suisse et à la ville de Lausanne ; la Suisse romande étant caractérisée par les nombreuses productions audio-visuelles réalisées par la police3. La question des réseaux sociaux n’a pas été abordée dans cet ouvrage, étant donné son ampleur, mais est une "piste de recherche qui doit être explorée"4.

L’étude de la police nécessite de se mettre suffisamment à distance et de tenir compte de l’influence d’"un vaste ensemble d’images (…) d’émotions et de stéréotypes" (p.6) découlant de sa visibilité dans les médias, dans "tous les genres et tous les supports" (p.7), qui s’est accrue, durant les vingt dernières années. On est, aujourd’hui, dans un "contexte de profusion médiatique sur et par la police" (p.9) ; les médias surinvestissent la police et celle-ci va, à son tour, à l’assaut des médias. Elle communique afin de contrôler et d’améliorer son image ; pour ce faire, elle reprend "certaines tendances médiatiques dans la présentation d’elle-même qu’elle propose au public" (p.7), notamment dans ses campagnes de recrutement5 Depuis une dizaine d’années, on a pu observer le passage d’une "communication réactive" (réponse aux demandes des journalistes) à une "communication proactive" et professionnalisée où la police, à son tour, produit et diffuse des messages et des supports. La police est désormais capable de fournir "un produit qui est tout à fait média-compatible, qui est adapté au format médiatique attendu et qui, souvent, est repris en l’état ou repris de manière, disons, très directe par le monde des médias"6.

La police occupe une place importante dans les fictions, qu’il s’agisse de romans, films, séries TV, etc., au point que le grand public est familiarisé à celle-ci par ce biais. En effet, la majorité des individus a peu affaire à la police et se l’imagine en fonction de ces représentations qui vont "remodeler" (p.14) les perceptions et situations dans la réalité. En effet, le "double médiatique du policier" (p.10) que les individus connaissent bien mieux que le vrai policier influence les rapports quotidiens avec la population; les policiers sont "confrontés" à ces références, à ce double (p.93) qui traverse le temps en étant représenté avec une certaine "continuité" (p.99).

Différentes contributions s’intéressent de près à la façon dont l’univers policier peut être perçu et représenté, notamment à travers l’enjeu de la vulgarisation des connaissances relatives aux techniques criminelles, ou par la valorisation artistique de photographies de scènes de crime, mais aussi à travers les campagnes de communication et de recrutement de la police et les fictions télévisées, comme Plus belle la vie, qui aménagent l’image de la police pour "satisfaire différents types de public (…) [et] maintenir un niveau élevé d’audience" (p.83). Les médias d’information peuvent diffuser une image bienveillante de la police, légitimant son travail, ou a contrario une critique de celle-ci, ce qui amène le policier à se méfier du "traitement médiatique de son travail" (p.103). De plus, l’évolution de la société a conduit à ce que quelques policiers qui observent une population nombreuse soient, à leur tour, observés par celle-ci ; c’est une "profession projetée sur le devant de la scène médiatique et placée sous le regard et le débat publics" (p.163). Pour gérer son image, la police tend à privilégier "une stratégie de communication plus "transparente" et "proactive"  (p.128), s’offrant les services de professionnels de la communication (journaliste, webmaster, etc.) afin de garantir "son rôle de définisseur primaire et de source officielle" (p.141). À cela s’ajoutent une stratégie de proximité et une redéfinition des missions de police réorientées vers les contacts avec la population, comme c’est le cas aux Etats-Unis où le concept de community policing a fait son chemin. Ainsi, la police "doit travailler en partenariat avec d’autres acteurs publics ou privés, tout en veillant à être attentive aux demandes des citoyens" (p.111).

Ensuite, d’autres contributions concernent le groupe professionnel des policiers, son positionnement (politique) et ses revendications, ainsi que son rapport aux médias et à l’image, qu’il s’agisse d’être filmés lors d’une intervention par un quidam ou de critiquer des médias qu’ils jugent malveillants. La police peut jouer le rôle d’un véritable "entrepreneur de problèmes publics" (p.128), à travers les statistiques et les discours qu’elle produit sur l’insécurité, notamment pour obtenir des financements supplémentaires. Paradoxalement, les policiers ne peuvent pas s’exprimer publiquement, notamment compte tenu de leur devoir de réserve ; tandis que, dans le même temps, l’institution policière communique plus que jamais. Les policiers ne souhaitent pas que leur image soit capturée et diffusée, afin de ne pas amenuiser la distinction entre leurs vies professionnelle et privée. Néanmoins, il n’y a pas de cadre légal qui leur donnerait le droit de protéger leur image lorsqu’ils agissent en tant que représentants des forces de l’ordre, en tant qu’agents représentant une institution. Les policiers, avec l’uniforme, "endossent du même coup l’image de la police, qui n’est pas souvent positive" (p.158) et ils partagent un « consensus réprobateur" (p.164) sur les médias de par le rôle que ceux-ci jouent (ou sont supposés jouer) dans leur réputation. On peut constater que les témoignages de policiers chargés des contacts avec la presse reflètent la qualité de la collaboration avec les journalistes, alors que les agents de terrain voient uniquement le produit fini et publié. De plus, leur socialisation professionnelle (qui est plus importante que celle des officiers responsables de la communication) les encourage à faire corps contre les médias.

Si l’ouvrage rassemble des contributions hétérogènes qui peuvent sembler désarticulées à première vue, on voit apparaître, au fil de la lecture, une cohérence interne qui n’était pas garantie compte tenu de la diversité des approches et objets ainsi rassemblés. L’exercice est réussi et nous offre un cadre à la fois large et précis mettant au jour les liens qu’entretiennent médias et police.

Lionel Francou, Lectures/Liens socio, publié le 9 juillet 2012

 

1. On retrouve ainsi, pêle-mêle, des officiers de police ou de gendarmerie (3), un photographe, des chercheurs et professeurs en sciences de l’information et de la communication (1), sociologie (4), criminologie (1), linguistique (1), histoire (2) et sciences politiques (1).

2. Cet ouvrage s’inscrit dans la collection Médias et histoire qui "est ouverte à toutes les approches qui considèrent l’étude des représentations comme un moyen de comprendre la société, l’imaginaire collectif comme élément important de l’exploration historique et l’analyse de la réception comme un questionnement et une confrontation nourrissant la réflexion en histoire" (p.2).

3. Interview radio de Michaël Meyer, Médialogues, La 1re, RTS (Radio Télévision Suisse), consulté le 7 juillet 2012.

4. Idem.

5. La campagne de recrutement de la police cantonale vaudoise fait écho aux réseaux sociaux et à l’imaginaire des séries télévisées, et va jusqu’à proposer un petit jeu permettant de se mesurer à ses amis, http://www.policier.ch/, consulté le 7 juillet 2012.

6. Interview radio de Michaël Meyer, Médialogues, La 1re, RTS (Radio Télévision Suisse), consulté le 7 juillet 2012.