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Nouvelles parutionsLes Annuelles 11 / 2008. Prométhée déchaîné: technologies, culture et société helvétique à la Belle EpoqueCédric Humair et Hans Ulrich Jost (éds)2008, 129 pages, 27 chf, 18 €, ISBN 978-2-88901-010-3
Table des matières
Articles Dans la revue TraverseLe début de ce jeune 21e siècle a été marqué par l'avènement de la société de l'information, dont les Nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) ont largement participé à ériger la connaissance comme principale ressource d'une économie de plus en plus tertiarisée. En proposant une série de contributions consacrées aux innovations technologiques dans le contexte économique, culturel et social de la Suisse à la Belle Epoque (1890-1918), la dernière livraison des Annuelles apporte une touche historiographique salutaire dans un débat contemporain pétri d'un présentisme parfois suffocant. Comme le rappellent Hans Ulrich Jost et Monique Pavillon dans leur introduction, les "nouvelles technologies" de la Belle Epoque sont tout autant globalisantes que leurs consurs contemporaines, en influençant les mouvements artistiques, par exemple le futurisme de Marinetti et sa fascination pour la vitesse mais aussi sa glorification de la domination masculine et cybernétique. L'innovation scientifique et intellectuelle favorise l'autonomisation de certaines disciplines en devenir, telles les sciences expérimentales vs. les sciences exactes, à l'instar de la physique atomique ou de la biologie moléculaire pour le 20e siècle. De même, la mobilisation du darwinisme social comme fondement d'une politique à composante eugéniste pousse à la représentation d'une société partagée entre l'enthousiasme et le scepticisme, entre la confiance et le repliement, car confrontée par le biais des "nouvelles technologies" à ses propres dérives sociales et culturelles. Accompagnée d'un développement urbain d'une échelle inédite, motivé notamment par une démographie galopante, l'énergie s'affirme comme le principal "aliment de la croissance", (22) selon la formule de Cédric Humair qui l'étudie sous l'angle du développement des réseaux hydroélectriques. L'augmentation des moyens de transport dès 1860 favorise non seulement la croissance urbaine, grande consommatrice d'eau, de gaz, de charbon et bientôt d'électricité, mais aussi une implantation industrielle décentralisée. Le principal apport de ce processus se trouve dans l'accroissement de la mobilité, dans l'amélioration du confort et de l'hygiène, et dans la dynamisation du tissu industriel. En portant son analyse sur les tramways électriques à Lausanne, Marc Gigase propose une intéressante étude de cas des impacts urbains de cette nouvelle mobilité. La topographie de la capitale vaudoise incite les autorités à étudier les différents systèmes de taxaction que sont la crémaillère, la vapeur, l'air comprimé, les câbles souterrains, avant de se décider pour l'électricité, plus efficace et moins chère. Géré par une société privée, le réseau lausannois a un fort impact social, dans la mesure où contrairement à un développement assuré par exemple à Zurich par les pouvoirs publics, la politique tarifaire ne favorise pas les faibles revenus. Cette particularité freine la contribution des tramways à l'amélioration des conditions de logement des ouvriers, de sorte que contrairement à d'autres centres urbains, Lausanne voit les populations laborieuses s'entasser dans les anciens quartiers du centre ville, comme le Fion, laissant aux classes aisées l'accès aux terrains vierges de la couronne suburbaine. Changement de moyen de transport avec Christophe Siméon, qui place l'étude de l'aviation sous le feu de sa promotion médiatique et populaire, voire fantastique. Siméon s'intéresse en particulier au soutien populaire accordé à cette technologie, un soutien d'ailleurs inversément proportionnel à l'usage réel de l'avion à la Belle Epoque: ce dernier ne comble aucun besoin précis, sa dangerosité freine l'enthousiasme de la bourgeoisie, sans parler de son prix astronomique impossible à rentabiliser à court terme. Le succès populaire de l'avion réside d'abord dans sa capacité à stimuler l'imaginaire, à fixer l'admiration sur les quelques merveilleux fous volants, et l'industrie du spectacle l'utilise comme une attraction d'un genre nouveau, où la performance technologique le dispute au goût du risque. Cette dimension est davantage présente en France ou en Angleterre, où, les exhibitions sont couronnées de prestigieux prix, tandis que la presse sert de massive caisse de résonance à ces manifestations. Le paysage médiatique helvétique, caractérisé par une importante régionalisation des titres, ne facilite guère le développement d'une industrie nationale de l'aviation. L'absence de soutien financier au niveau fédéral s'explique, selon Siméon, par le manque d'affinités entre la modernité véhiculée par l'avion et le conservatisme traditionnel des valeurs cultivées par l'identité nationale, où le paysan l'emporte encore largement sur l'aviateur. L'étude proposée par Hans Ulrich Jost sur l'avènement du béton armé dans la construction helvétique souligne à son tour combien l'intégration d'une technologie dans une profession spécifique ainsi que dans la conscience collective dépend de sa reconnaissance et des modalités de sa diffusion dans l'espace public. "Emblème de la lutte entre modernistes et traditionalistes", (68) le béton armé doit son introduction durable en Suisse à une véritable campagne promotionnelle financée par les entreprises qui le produisent, afin notamment de surmonter les craintes liées lors des premières utilisations de ce nouveau matériau. De graves accidents survenus à Bâle en 1901 puis à Berne en 1905 déclenchent une polémique sur le béton armé, mettant aux prises responsables politiques, ingénieurs, architectes et promoteurs de la construction métallique. Par les doutes qu'il suscite, le béton armé nécessite de nouvelles recherches pour le stabiliser, conférant aux ingénieurs un rôle d'expert qui renforce leur prestige professionnel. Jost montre également comment l'image du béton armé sera investie culturellement dans un sens positif, au point d'intégrer les idéologies de gauche comme de droite, allant jusqu'à séduire la très conservatrice association Heimatschutz, qui le considère comme une alternative économique aux constructions métalliques, sans parler de sa solidité, comparable au granit des Alpes. Le développement du réseau ferroviaire favorisera encore le recours au béton armé, largement accepté par la population comme la manifestation modeme du génie architectural suisse. Le cas de la "mécanisation négociée" (87) dans le contexte de l'industrie typographique, présente quelques similitudes avec l'exemple du béton armé, mais l'analyse de François Vallotton insiste, outre l'importance de la concurrence locale et régionale, sur le prestige lié à la modernisation des moyens de production. Autre aspect, l'introduction des machines à composer favorise, à ses débuts, l' embauche d'une main-d'uvre non spécialisée, et susceptible d'être littéralement exploitée: les femmes. Si la technologie entraîne, paradoxalement, une dégradation des conditions de travail, la mobilisation syndicale autour de ce nouvel outil parviendra à terme à améliorer le statut des artisans et ouvriers, associant qualifications supérieures à l'utilisation du nouvel outil. Dans sa postface, Cédric Humair revient sur les doutes véhiculés par la Belle-Epoque à l'égard du progrès technique, en particulier sur l'émergence d'une conscience du risque lié à la diffusion des "nouvelles technologies". Humair tente d'historiciser le sentiment de technophobie à la Belle-Epoque par une réflexion croisée sur la technologie en société et l'émergence d'une société du risque, en particulier par le biais des résistances socio-culturelles au développement par exemple du tourisme alpin de masse. Au final, le cahier présente un panorama intéressant des technologies dans la société de la Belle-Epoque helvétique, entre restructurations urbaines, transports, techniques de construction et d'impression. Bien qu'il ne prétendait guère à l'exhaustivité des approches, ce cahier aurait sans doute mérité une contribution portant plus spécifiquement sur l'objet "technologies" dans une approche d'histoire économique et sociale, voire d'histoire des sciences et des techniques, tant il est vrai que les technologies sont, à l'instar des savoirs scientifiques dont elles sont issues, soumises à des régimes de production historiquement construits. Frédéric Joye-Cagnard, Traverse, 2010/1, pp.307-309
Dans la Revue historique vaudoiseEntre 1890 et la fin de la Première Guerre mondiale s'étend une période qu'il est convenu de qualifier de "Belle Époque". À la fois créative, inventive et flamboyante, mais aussi cynique et dépressive, cette période de progrès techniques est aussi celle des conflits "entre le matérialisme capitaliste et les mythes de la modernité" pour citer les auteurs de la substantielle introduction, Hans Ulrich Jost et Monique Pavillon. Derrière l'explosion des avant-gardes artistiques (impressionnisme, cubisme, fauvisme, Art nouveau, etc.) et des sciences (transmission de l'électricité, ondes radio, rayons X, radioactivité, physique des particules, etc.) se profile un débat philosophique sur culture et civilisation aux accents parfois très pessimistes, d'autant que les connaissances nouvelles sont souvent mises au service de causes sociopolitiques telles que le racisme, le sexisme, le colonialisme et finalement l'impérialisme, alors à son comble. Olivier Pavillon, Revue historique vaudoise 117/2009, pp. 283-284
Dans la Revue suisse d'histoireLa dernière livraison des Annuelles, qui étoffe et compile diverses communications présentées aux Journées suisses d'histoire 2007 autour des "Mutations et innovations technologiques et culturelles à la Belle Epoque", éclaire avec éclat tout un pan de l'histoire nationale. La démarche-insérer l'histoire des techniques dans une perspective sociale et culturelle-permet de saisir la société au travers de différents objets (énergie hydraulique, tramways, aviation, béton, imprimerie) et de souligner les contradictions d'un temps où la composante industrielle de la bourgeoisie domine, cependant qu'une partie de cette dernière reste soumise aux valeurs des anciennes élites. S'en dégage le sentiment d'appartenance simultanée à plusieurs époques. Au final l'ouvrage s'interroge sur les différentes modalités et la réception d'une modernisation d'un Etat en pleine mutation. En introduction, Hans Ulrich Jost et Monique Pavillon reviennent sur différents aspects de la Belle Epoque, intitulée "Apocalypse joyeuse" par une exposition parisienne de 1986, pour en relever les paradoxes: renouveau artistique, urbanisation, misogynie, engouement scientifique, nationalisme. Reste à s'interroger sur le renversement des rapports de force, à un siècle de distance, entre la place occupée par la culture des humanités et les sciences dures. Jadis soumis au scepticisme et ultraminoritaire dans l'enseignement (1/8e des programmes du lycée en France vers 1900, selon Arno Mayer), le Nouveau-Monde des ingénieurs et de l'industrie voue désormais les sciences humaines aux gémonies. Grégoire Gonin (Lausanne), Revue suisse d'histoire,
vol. 58 / N°4 (2008), pp.472-475
Techno-cultureLe point d'observation? La Suisse. La période? La Belle Époque, si ambivalente. Le propos? Scruter les innovations technologiques, les inscrire dans l'environnement social et culturel dont elles dépendent et montrer, en retour, comment ses mutations transforment les pratiques et en façonnent de nouvelles. Avec cinq angles d'attaque au menu. Les besoins énergétiques des villes (réseaux gaziers depuis 1860, eau et électricité à partir de 1880), d'abord, permettant de porter la démonstration au-delà de la simple charnière du siècle. Ensuite, les transports publics urbains, et précisément les tramways électriques, accompagnant non sans résistances les mutations urbaines, l'aviation, minoritaire tout de même, le béton armé, la mécanisation de l'imprimerie et de la presse enfin. Cette histoire se situe entre croyance au progrès et crainte des risques, entre améliorations sociales et persistance de la misère, entre célébration des nouvelles techniques et méfiance. L'entre-deux est aussi à chercher dans le double modèle: à la fois américain, avec la conviction que les mutations techniques engendrent progrès économique et social, et allemand, lié au discours de l'efficience nationale. Au total, des études qui contribuent à une meilleure connaissance des sociétés européennes du début du XXe siècle. Vingtième siècle 2009/4, N° 104
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