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Nouvelles parutionsNouvelles Questions Féministes Vol. 24, No 2Féminismes dissidents en Amérique latine et aux CaraïbesOchy Curiel, Jules Falquet, Sabine Masson (éds) 2005, 142 pages, 28 chf, 19 €, ISBN 2-940146-63-2
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Dès l'introduction le problème qu'a posé la réalisation de ce numéro est exposé: "Nous avons débattu et réfléchi ensemble la question des barrières de "race" et de classe qui nous traversent, nous les féministes des différentes parties du monde et qui sont notamment le reflet des rapports de domination entre le Sud et le Nord». Autre problème évoqué: «les multiples luttes des femmes contre le racisme, le sexisme et l'exploitation allaient devoir être exprimées dans un langage académique, ce qui allait nous éloigner de ces femmes Alors que le mouvement féministe devrait lutter contre la division sociale et raciale du savoir et du travail intellectuel". Deux articles présentant ces féminismes "dissidents" vont illustrer particulièrement ces propos. Le premier est celui de Jurema Werneck "Ialodês et féministes". Réflexions sur l'action politique des femmes noires en Amérique latine et aux Caraïbes où s'exprime une volonté de prendre en compte la spécificité du combat de ces femmes afro-descendantes. Dans leur combat très ancien, antérieur au féminisme inventé par les Occidentales, ces femmes ont réussi à travers des pratiques spirituelles ou religieuses à résister aux pires effets de l'esclavage. Elles ont eu des rapports conflictuels avec les féminismes des femmes blanches et ont réussi à modifier le visage du féminisme en exigeant d'associer la lutte contre le racisme à la lutte contre le patriarcat. Dans l'autre, Martha Sanchez Nestor sous le titre "Construire notre autonomie, le mouvement des femmes indiennes du Mexique" évoque la volonté farouche de ces femmes de se faire entendre dans la sphère politique dans divers mouvements mixtes mais aussi à travers des structures qu'elles ont créées pour lutter pour leur revendication "en tant que femmes". Se pose la question pour elles des relations avec les féministes mexicaines. Diverses attitudes sont défendues parmi elles: certaines pensent que les dialogues et rencontres permettent des avancées, mais d'autres pensent qu'être féministe veut dire ne pas tolérer les hommes ou être lesbienne. Pour certaines, la reconnaissance de l'autonomie des peuples indiens est un préalable à une défense des droits des femmes. D'ailleurs l'action spécifique de ces femmes est ressentie comme quelque chose de négatif dans la communauté indienne. De toute façon le féminisme ne constitue pas un thème d'intérêt commun. La volonté exprimée par l'auteur est de créer des ponts pour rendre possibles des alliances avec les féministes mexicaines qui de manière générale ne mesurent pas l'enjeu du combat des femmes indiennes. En dernière analyse sa conviction est qu'elles sont appelées à l'avenir à s'allier pour créer des conditions d'existence dignes pour les femmes. On aura compris qu'à partir de l'analyse des luttes de femmes en Amérique latine, les questions posées et illustrées par ce numéro sont à la fois fondamentales et existentielles pour les femmes et appellent des stratégies mûrement réfléchies qui sont loin d'être secondaires. Évelyne Carrez, LibreSens, no 156, 2006. |