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Nouvelles parutionsNouvelles Questions Féministes Vol. 28, No2Les lois du genreLaure Bereni, Alice Debauche, Emmanuelle Latour, Karine Lempen, Anne Revillard (éds)2009, 144 pages, 28 chf, 19 €, ISBN 978-2-88901-025-7
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Chômage: méfiez-vous des femmes!Les lois sur l'assurance chômage ne se contentent pas de discriminer les femmes, elles renforcent les inégalités devant le travail. Le point sur cette logique perverse dans un brillant article de Carola Togni, doctorante à l'Université de Berne et collaboratrice de recherche à la Haute Ecole de travail social et de la santé du canton de Vaud (EESP).
1. 1924-1933: la norme du travail masculinIntroduite en 1924, la première loi fédérale sur l'assurance chômage se borne à octroyer des subventions aux caisses privées et publiques existantes. Ces caisses sont principalement organisées par les syndicats et les membres s'y affilient sur une base volontaire. Or les syndicats de l'époque considéraient souvent les femmes comme des concurrentes déloyales (notamment à cause des bas salaires qu'elles recevaient!) et elles sont donc peu nombreuses à s'affilier. Cette première loi précise que, pour avoir droit aux indemnités, la personne doit pouvoir prouver un travail régulier et subir une perte sur le gain "normal" Malgré ces restrictions, la disposition légale a un effet positif: la part des femmes dans les effectifs des caisses passe de 17% en 1924 à 25% en 1933. Chiffre encourageant qu'il faut pourtant immédiatement nuancer puisque, dans le même intervalle, la proportion de femmes parmi les personnes indemnisées diminue de 30% à 20%. 2. 1934-1950: l'exclusion des femmes mariéesUne ordonnance de 1934 vient remettre l'église au milieu du village Désormais, seule une personne par famille a le droit de toucher des indemnités de chômage. Et le texte précise: "Cette personne est celle qui pourvoit en majeure partie aux dépenses du ménage". Les choses se gâtent encore plus en 1942: les femmes mariées ne sont plus assurables que si le revenu de leur mari se révèle insuffisant pour l'entretien de la famille. La majorité des cantons fixent alors le barème au niveau ridicule de 350 francs par mois, alors que le salaire d'un ouvrier auxiliaire sans formation s'élève au minimum à 362 francs. Autant dire que les femmes mariées sont exclues de l'assurance. 3. 1951-1974: l'exclusion de professions féminines et du temps partielLa loi de 1951 supprime les discriminations envers les femmes mariées mais exclut les employés d'hôtel et de restaurant, les infirmiers privés et les employés de maison, toutes professions évidemment occupées par des femmes. 4. 1975-1996: les inégalités survivent aux réformesCe n'est qu'en 1976 que l'assurance chômage devient obligatoire pour toutes les personnes salariées. Mais là encore, le Conseil fédéral s'empresse de mettre les points sur les "i" et d'exclure les personnes qui n'ont pas une activité professionnelle régulière. En 1982, légère ouverture pour les femmes séparées, divorcées, mariées à un homme devenu invalide et pour les veuves. Si elles sont "contraintes" de reprendre une activité lucrative et ne trouvent pas de travail, elles n'ont pas besoin d'avoir cotisé pendant le délai ordinaire pour obtenir les indemnités. L'auteure précise toutefois : "Le travail salarié des femmes mariées reste, dans la vision du législateur, une 'contrainte' et non un droit." Ce n'est finalement qu'en 1995 que la loi reconnaît la période éducative comme période de cotisation. Une générosité à nouveau relative puisque les femmes doivent prouver une "nécessité économique" à leur travail, nécessité évaluée sur la base des revenus du conjoint. 5. 1999-2008: persistance et renforcement des discriminationsAvec la période d'austérité budgétaire, en 1999, le Parlement rogne de moitié les indemnités aux personnes qui font valoir la période éducative de leurs enfants. Deux ans plus tard, cette "période éducative" est carrément rayée des textes. Cette révision renforce aussi l'exigence de régularité de cotisation pour ouvrir un droit aux prestations. Quant aux conditions d'accès aux indemnités, elles sont toujours, voire de plus en plus, restrictives à l'égard des mères qui ont des enfants en bas âge. Leur "aptitude au placement" est refusée si elles n'ont pas de place de garde ou si elles ne sont pas disponibles toute la journée
En général, aucune preuve n'est exigée des pères. D'ailleurs, on ne les soupçonne pas d'être inaptes au placement. Reiso , 15 juin 2009
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