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Nouvelles parutionsLe sens du styleJean-Daniel Gollut2008, 191 pages, 29 chf, 18 €, ISBN 978-2-88901-018-9
Table des matières I. Le récit de rêve
II. Énonciation et littérature
III. La construction référentielle dans le roman
Articles
Dans le Bulletin suisse de linguistique appliquée A travers une sélection de dix articles, Le sens du style offre un panorama des recherches menées, du début des années quatre-vingt à nos jours, par Jean-Daniel Gollut. L'avant-propos de l'ouvrage, cosigné par Jean-Michel Adam et Joël Zufferey, permet de deviner l'homme derrière le maître d'enseignement et de recherche. Témoignant de l'estime et de la reconnaissance d'anciens collègues pour un jeune retraité, cet avant-propos retrace la carrière de Jean-Daniel Gollut qui aura ''assuré, pour une part essentielle, le dialogue entre littéraires et linguistes'' à l'Université de Lausanne. Si on reconnaît à Jean-Daniel Gollut un rôle de médiateur interdisciplinaire, c'est que son travail, à l'image de son parcours universitaire et scientifique, s'est lui-même développé à la croisée de la littérature et de la linguistique. Dans la continuité de ses études de littérature à l'Université de Genève-où il a suivi, entre autres, les cours magistraux de Jean Starobinski-Jean-Daniel Gollut conçoit le projet d'une thèse portant sur le récit de rêve, dirigée par Jean Rousset, et dont la soutenance a lieu en 1991. Plutôt que d'investir une herméneutique des rêves, laissant en cela ''au psychologue l'interprétation des contenus'' (Gollut, 1993: 11), le chercheur s'atèle à l'étude des formes de la narration onirique. L'observation des aspects formels propres aux récits oniriques, tâche exigeante et d'autant plus complexe qu'elle représente alors une voie relativement nouvelle, nécessite une perspective méthodologique particulière. C'est en opérant une jonction entre les champs de la poétique et de la linguistique que le jeune chercheur d'alors forge ses outils d'observation, de compréhension et d'analyse. Inspiré tout à la fois par les travaux de narratologie de Gérard Genette, par la théorie de l'énonciation d'Emile Benveniste, et par les recherches développées à Lausanne par Jean-Michel Adam, Jean-Daniel Gollut parvient à concevoir une approche qui doit lui permettre d'embrasser la structure particulière des récits oniriques. Ce faisant, il trouve une alternative à la linguistique traditionnelle, dont l'approche descriptive ''microscopique'' des structures phrastiques ne saurait convenir à saisir les fonctionnements formels des récits de rêve dans leur intégralité. Rétrospectivement, on sait aujourd'hui quelle importance cette approche originale aura sur la suite des travaux de Jean-Daniel Gollut. A ce titre, la succession des trois parties de Sens du style représente davantage qu'une simple répartition thématique: elle reflète également un cheminement intellectuel qui aura entre autres mené son auteur de l'analyse formelle du récit de rêve (partie I) à celle des rapports entre énonciation et littérature (partie II), ainsi qu'à des recherches portant sur la construction référentielle dans le roman (partie III). Reflétant l'importance que les analyses des structures du récit onirique ont eue sur la suite des travaux de Jean-Daniel Gollut, les cinq articles constituant la première partie du recueil, ''le récit de rêve'', s'étendent sur la moitié de l'ouvrage. Dans le premier et le plus ancien d'entre eux (il est publié en 1982) ''Des rêves à foison de R. Queneau: un exercice de style?'', l'auteur s'intéresse à un ensemble de textes qui imitent des récits de rêve. Le subterfuge mimétique est dévoilé par Raymond Queneau lui-même, dans la note finale aux quatorze pièces des Cahiers du chemin (Queneau, 1973: 11-14): ''Naturellement aucun de ces rêves n'est vrai, non plus qu'inventé. Il s'agit simplement de menus incidents de la vie éveillée. Un minime effort de rhétorique m'a semblé suffire pour leur donner un aspect onirique''. A la manière de la technique du trompe-l'il, qui ne trouve sa véritable valeur qu'une fois perçue en tant que telle, le ''minime effort de rhétorique'' explicité par Queneau incite à observer, non plus les contenus de ces rêves (qui n'en sont donc pas), mais plutôt le dispositif qui permet de les lire comme des récits oniriques. C'est donc, en toute logique, vers la reconnaissance des aspects formels de ces récits que se déplace l'attention de Jean-Daniel Gollut: s'en suit, dans ce premier article, une revue de l'infrastructure grammaticale et stylistique du modèle pseudo-oniriste imaginé par Queneau. Avec le deuxième article de cette partie, ''L'énonciation du récit de rêve'' (1987), Jean-Daniel Gollut constate dans un premier temps que les romanciers ont pour constance de laisser l'énonciation des rêves à ceux qui l'ont fait. Ceci est bien sûr dû au fait que le rêve n'existe ''que dans le récit qui l'élabore'' (p.31). Or cette existence forcément narrative et personnelle implique qu'un rapport intime entre le moi éveillé et le vécu du moi endormi soit perceptible à travers le récit. C'est donc en observant que le moi éveillé occupe la place du sujet de l'énonciation, et qu'au moi endormi échoit celle de sujet de l'énoncé que Jean-Daniel Gollut jette les bases d'une approche énonciative des récits oniriques. Cette approche se développe de manière méthodique: après la mise en évidence de certaines régularités dans les attitudes des narrateurs de rêve-parmi lesquelles se retrouve une prédilection certaine pour les commentaires métanarratifs l'auteur se penche sur l'appareil formel de d'énonciation, et approfondit plus exactement les aspects touchant à la modalisation et à l'inscription de la personne dans le récit de son rêve. Le troisième article consacré aux récits de rêve, ''Sujet du discours et discours du sujet: l'identité personnelle dans le récit de rêve'' (2002), pose l'équivocité de la relation du sujet à lui-même lorsqu'il s'agit de narrer ses propres songes. S'agissant de décrire le rapport ambigu existant entre le narrateur éveillé et son autre nocturne-le rêveur-l'acuité scientifique du chercheur prend un tour quasi-poétique (p.51): ''Sous la permanence de l'indice personnel, qui semble garantir l'identité subjective, se répartissent en effet différentes positions ou statuts du sujet: Il y a le JE qui raconte le rêve; il y a le JE qui a fait le rêve; il y a le JE qui, dans le rêve, figure en tant qu'acteur ou témoin. De sorte que la structure énonciative complète est la suivante: Je raconte que J'ai rêvé que J'étais '' Au fil de ces pages écrites dans le sillage d'un discours dont l'hétérogénéité est tout autant d'ordre sémantique qu'ontologique, la rigueur du chercheur assure que l'on ne perde pied. En pointant que seule l'interprétation peut pallier l'impermanence et ''l'effondrement du sentiment d'identité'' (p.60) dans les dispositifs d'énonciation onirique, Jean-Daniel Gollut explicite in fine, dans cet article, les moyens donnés au sujet pour ''se réapproprier cette expérience dans laquelle, le temps de la raconter, il avait pu se croire aliéné'' (idem). A l'endroit du quatrième article, ''Songes de la littérature épique et romanesque en ancien français: aspects de la narration'' (2007), l'auteur entreprend cette fois d'analyser le récit onirique à travers certaines uvres issues de la littérature médiévale. S'appuyant sur ce corpus particulier, Jean-Daniel Gollut illustre le fait que le statut sémiologique du rêve, de même que ses conditions phénoménologiques et que ses modes de représentation, évoluent d'une époque à l'autre. Néanmoins, en lisant des récits médiévaux de songes, on sera frappé d'observer à la suite du chercheur que cette période voit s'installer une forme particulière de narration dont certains traits caractéristiques perdurent jusqu'à nos jours. Avec le cinquième et dernier article de la partie consacrée aux récits de rêve, ''La mise en texte'' (1993), Jean-Daniel Gollut interroge dans un premier temps le statut même de ''texte'' d'un échantillon de ''cas-limites'' des récits oniriques (tirés de Paul Valéry ou de Georges Perec). A partir de ces extraits, il développe une réflexion portant sur les conditions suivant lesquelles la conscience accède au contenu des rêves, avant d'analyser enfin le fonctionnement et la textualisation de la conquête opérée par le moi vigile sur l'expérience du moi nocturne. Après avoir mis à profit les théories de l'énonciation pour développer ses travaux sur les récits de rêves, Jean-Daniel Gollut s'est attelé à exploiter ces mêmes théories pour approcher d'autres textes littéraires. La deuxième partie de l'ouvrage offre ainsi, avec les sixième et septième articles, un éclairage sur ce développement des recherches de l'auteur. Avec ''La parole vive: remarque sur l'énonciation du poème lyrique'' (1991), Jean-Daniel Gollut reprend donc les avancées d'Emile Benveniste grâce auxquelles il clarifie cette fois les dispositifs énonciatifs propres aux poèmes lyriques. En s'intéressant spécifiquement au fonctionnement des déictiques et des embrayeurs dans ces poèmes, l'auteur observe que ce genre poétique tend à s'appuyer sur l'appareil référentiel d'un discours en situation, mais qu'il n'offre en revanche généralement pas de possibilité de saisir objectivement les conditions de cette énonciation. Comme le relève Jean-Daniel Gollut lui-même, ce constat avait déjà été avancé en d'autres termes par Jean Cohen: ''Le poème est écrit, mais il feint d'être parlé.'' (Cohen, 1966: 159). Mais l'auteur va plus loin: considérant que les poèmes lyriques se manifestent suivant un même régime énonciatif, il interroge ensuite les effets de ce régime sur leur lecture et leur interprétation. Jean-Daniel Gollut offre également, ce faisant, un outil de compréhension à la mesure de la complexité de textes ''résistants'', qu'il considère finalement comme des paroles produites par un ''je'' ne renvoyant plus en particulier à qui que ce soit. Cette même notion de parole se retrouve au centre de la problématique du deuxième article de la partie consacrée à l'énonciation dans la littérature. Dans ''Une parole sous condition (Molière, Dom Juan, I, 2)'' (1996), Jean-Daniel Gollut s'inscrit dans la logique des tentatives d'intégration des deux champs de recherche spécialisés dans l'étude du dialogue (à savoir, l'analyse du discours, cherchant à construire un modèle de la structure dialogale, et la psychologie de la communication, s'occupant des enjeux et des stratégies de l'interaction verbale). A partir d'un extrait du Dom Juan de Molière, l'auteur s'attèle plus exactement à saisir les rapports existant entre ''les contraintes sociologiques et psychologiques de la situation dialogale'' et ''certains aspects du schéma d'interaction, de la structure des échanges et de l'énonciation'' (p. 119). La troisième et dernière partie de Sens du style explore, à travers trois articles, la construction référentielle dans le roman. Dans le premier d'entre eux, ''Le libera: un fait de style, les noms de personne'', le lecteur découvrira ou retrouvera une réflexion développée par Jean-Daniel Gollut en 2002 à partir du roman-poème ''Le Libera'' de Robert Pinget (1968). Ce roman a la particularité de réunir pas moins que deux mille noms de personnes-ce qui représente une dizaine d'occurrences par page: il n'en fallait pas autant pour donner à Jean-Daniel Gollut l'envie d'observer et d'expliciter les implications d'un dispositif de dénomination si dense. Dans le second article de cette dernière partie, c'est vers La comédie humaine que se dirige l'attention du chercheur. Comme son titre le laisse entendre, ''Un dilemme communicatif: retour des personnages et désignation dans La comédie humaine'' (2004) se penche sur le retour cyclique des personnages dans les différents romans d'Honoré de Balzac. Plus exactement, Jean-Daniel Gollut cherche ici à définir la gestion communicative de ces réapparitions, ou du mode de réintroduction de ces personnages. A travers l'ultime article de l'ouvrage, ''La référence en début de texte: Salammbô'' (2004), Jean-Daniel Gollut se propose d'atteindre deux objectifs. Le premier concerne plus directement le texte de Gustave Flaubert; il s'agit de ''mettre en évidence certains aspects de la gestion communicative'' (p.170) de l'incipit de Salammbô. Le deuxième renvoie à la question des approches linguistiques des textes littéraires. En effet, dans la foulée, Jean-Daniel Gollut entend ''plaider pour une pleine intégration de la problématique référentielle parmi les questions pertinentes de l'étude linguistique des textes littéraires'' (idem). On remarquera au passage la justesse du ton qui caractérise l'esprit d'ensemble des contributions de ce chercheur. Mais encore, à travers ce programme de recherche, c'est ni plus ni moins qu'une véritable reproblématisation des rapports entre linguistique et littérature qui est proposée ici dans un cadre élargi. Au final, Le sens du style est un ouvrage qui convainc certes par la qualité de son contenu, mais aussi par celle de sa forme. Page après page, la capacité de Jean-Daniel Gollut à créer des contenus dignes d'intérêt à partir d'une approche énonciative des formes littéraires, le bonheur de ses propres formulations ainsi que la prudence avec laquelle il construit ses réflexions assurent un moment de lecture aussi agréable qu'éclairant. Parce que Le sens du style développe des propos exigeants tout en parvenant à les rendre profondément intelligibles, cet ouvrage aura à n'en pas douter de quoi séduire et nourrir une large gamme de lecteurs-linguistes et littéraires-des plus amateurs aux plus exigeants. Yann
Vuillet, Bulletin suisse de linguistique appliquée, 91, 2010, pp.157-161 Bibliographie:Cohen, J. (1966): Structure du langage poétique. Paris (Flammarion). Gollut, J.-D. (1993): Conter les rêves: la narration de l'expérience onirique dans les uvres de la modernité. Paris (José Corti). Queneau, R. (1973): Des récits de rêve à foison. Les cahiers du chemin, 19, 11-14. Rééd. In: R. Queneau (1981), Contes et propos. Paris (Gallimard).
"Le sens du style" : des sciences du langage aux études littérairesJean-Daniel Gollut enseigna la littérature française à l'Université de Lausanne (Suisse), et ses travaux, consacrés au texte littéraire, abordent des faits de style dont il s'emploie minutieusement à dégager les enjeux sémantiques, cognitifs ou référentiels. Il est l'auteur de nombreux articles et de deux monographies: Conter les rêves la narration de l'expérience onirique dans les uvres de la modernité (1993) et Construire un monde: les phrases initiales de "La Comédie humaine" (2000). Pascale Hummel, "Le sens du style": des sciences du langage aux études littéraires", Acta Fabula , Notes de lecture, 24 août 2009
Le sens du style est le titre d'une étude que vient de publier Jean-Daniel Gollut, ancien professeur de linguistique française à l' Université de Lausanne et dont les multiples travaux consacrés au texte littéraire, abordent divers faits de style pour en dégager systématiquement les enjeux sémantiques, cognitifs ou encore référentiels. José Vanderveeren, Agence de presse "Belga" , février 2009 |
