Nouvelles Questions Féministes Vol. 24, No 1

17,00 CHF
Réf.: 2-940146-56-X
Au coeur des mouvements de libération des femmes des années 70, une protestation a résonné avec force: Mon corps n'est pas à vendre!". Revendiquer le droit à la libre disposition de son corps, c'était dénoncer le fait que, sous le régime patriarcal, le corps féminin est réduit à une marchandise, un instrument de travail ou encore à un objet sexuel. Ce refus de la "femme-objet" est emblématique du rapport tendu sinon impossible entre féminisme et objet. Il présuppose en effet un rejet de l'objet tout court, comme si le monde et le langage de l'objet ne pouvaient signifier que dépossession, appropriation, domination, instrumentalisation, objectification ou encore déshumanisation du sujet féminin. Le rejet de l'objet n'est pas le propre du féminisme mais il place ce dernier devant un dilemme singulier: si la femme-objet incarne "l'objet type" du féminisme, est-ce à dire que la libération des femmes sera sans objet … ou ne sera pas? 

Au cœur des mouvements de libération des femmes des années 70, une protestation a résonné avec force: Mon corps n'est pas à vendre!". Revendiquer le droit à la libre disposition de son corps, c'était dénoncer le fait que, sous le régime patriarcal, le corps féminin est réduit à une marchandise, un instrument de travail ou encore à un objet sexuel. Ce refus de la "femme-objet" est emblématique du rapport tendu sinon impossible entre féminisme et objet. Il présuppose en effet un rejet de l'objet tout court, comme si le monde et le langage de l'objet ne pouvaient signifier que dépossession, appropriation, domination, instrumentalisation, objectification ou encore déshumanisation du sujet féminin. Le rejet de l'objet n'est pas le propre du féminisme mais il place ce dernier devant un dilemme singulier: si la femme-objet incarne "l'objet type" du féminisme, est-ce à dire que la libération des femmes sera sans objet … ou ne sera pas?

Edito

  • Histoires d'objets (Farinaz Fassa, Cynthia Kraus, Fabienne Malbois)

Grand angle

  • Le devenir sujet et la permanence de l'objet (Geneviève Fraisse)
  • Objectiver les personnes, réifier les situations (Diane Lamoureux)
  • Objectification, pornographie et l'histoire du vibromasseur (Jennifer M. Saul)
  • L'objet=X. Nymphomanes et masturbateurs XVIIIe-XIXe siècles (Elsa Dorlin et Grégoire Chamayou)
  • "Your Body is a Battleground". De quelques objets de l'histoire de l'art (Rachel Mader et Nicole Schweizer)

Champ libre

  • Publicité, dessins animés: quels modèles pour les filles? (Sandra Rieunier-Duval)

Parcours

  • Un parcours en contrepoint entre les sciences et les techniques, le féminisme et le genre. Entretien avec Madeleine Akrich (Farinaz Fassa)

Comptes rendus

  • Formations techniques et scientifiques: de la promotion des femmes à une politique institutionnelle de l'égalité? (Anne-Françoise Gilbert)
  • Quand l'égalité se heurte aux rôles sociaux de sexe. L'exemple de la campagne romande de Tekna (Nadia Lamamra et Magdalena Rosende)
  • Fragments d'une ethnométodologie du genre (Fabienne Malbois)
  • Raphaëlle Renken-Deshayes, "Miroir, mon beau miroir..." (Martine Chaponnière) 

Collectifs 

  • La Glasgow Women's Library: plus qu'une bibliothèque "femmes" pour moi ! (Pat Crook)

Que se passe-t-il lorsqu'une historienne de Baltimore se penche en profondeur sur un vibromasseur? Jamais traduite en français, l'Américaine Rachel Maines s'intéressait à vrai dire aux travaux d'aiguille et de couture lorsqu'elle est tombée sur un exemplaire vintage de l'engin vibrant En feuilletant des magazines pour dames de 1906, la chercheuse découvre avec une stupéfaction certaine que l'objet s'affichait alors ouvertement entre les appareils ménagers et les instruments médicaux.

Consciente d'avoir atteint un territoire inexploré, Rachel Maine entreprend d'en faire l'histoire. Les vibrations électriques des simulacres phallique étaient utilisées, constate-t-elle pour soigner des femmes dites hystériques. Hystériques? Il suffit de creuser un peu pour voir que ce terme recouvrait les manifestations d'une excitation exacerbée par un désir réprimé ou inassouvi.

Comment soigner ces femmes? En provoquant un "paroxysme hystérique" via un massage génital administré par un médecin. Un orgasme, quoi. Etant donné l'origine du trouble, ça marche.

Fatigués de masturber leur patientes, les médecins du XVIIIe et XIXe siècle se tournent vers la technologie. Entrent en jeu les gerbes d'eau qui feront le succès des stations thermales, les machines à vapeur vibrantes, puis le vibromasseur électrique dès le début du XXe siècle. Puis la pornographie s'empare de la chose dans les années 20 et les médecins n'en parlent plus.

La dernière livraison de la revue romande Nouvelles Questions Féministes (Editions Antipodes) déterre tout cela sous la plume de Jennifer M. Saul, philosophe qui disserte là sur les liens entre pornographie et l'objetification des femmes. Le vibromasseur semble, lui, objectifier l'homme. Il nous tend ainsi un miroir qui nous plonge dans la perplexité.

Nic Ulmi, Tribune de Genève, 31 mars 2005.

Histoire : Avant d'être un jouet érotique, cet appareil a été utilisé dès 1880 pour soigner l'hystérie

Le vibromasseur a réjoui les médecins avant les femmes

Les femmes l'ont empoigné bien avant le fer à repasser. Avec la machine à coudre, la bouilloire, le ventilateur et le toaster, le vibromasseur est l'un des cinq premiers appareils électriques "domestiques" à faire son apparition dans les foyers. Au début du XXe siècle, les publici