Nouvelles Questions Féministes Vol. 23, No 3

17,00 CHF
Réf.: 2-940146-45-4
Concilier famille et travail est un thème à la mode. Les politicien·ne·s et les employeurs y vont de leur couplet: il faut impérativement prendre des mesures pour permettre aux gens d'harmoniser vie professionnelle et vie privée. En réalité, on sait que les femmes et les mères notamment, paient le prix fort dans cette course d'un univers à l'autre et nous pressentons que les dispositions envisagées (qui au reste se matérialisent rarement, pensons par exemple à l'harmonisation des horaires scolaires ou à l'augmentation du nombre des crèches) visent avant tout à leur permettre de continuer à jouer leur rôle, remis au goût du jour. Autrement dit, tout change pour que rien ne bouge. C'est ce sentiment qui nous a motivées à consacrer un numéro de NQF sur la relation entre famille et travail et les autrices qui nous ont répondu ouvrent de nouvelles perspectives de réflexion et d'action. 

Concilier famille et travail est un thème à la mode. Les politicien·ne·s et les employeurs y vont de leur couplet: il faut impérativement prendre des mesures pour permettre aux gens d'harmoniser vie professionnelle et vie privée. En réalité, on sait que les femmes et les mères notamment, paient le prix fort dans cette course d'un univers à l'autre et nous pressentons que les dispositions envisagées (qui au reste se matérialisent rarement, pensons par exemple à l'harmonisation des horaires scolaires ou à l'augmentation du nombre des crèches) visent avant tout à leur permettre de continuer à jouer leur rôle, remis au goût du jour. Autrement dit, tout change pour que rien ne bouge. C'est ce sentiment qui nous a motivées à consacrer un numéro de NQF sur la relation entre famille et travail et les autrices qui nous ont répondu ouvrent de nouvelles perspectives de réflexion et d'action. 

 Edito

  • Famille-travail: une perspective radicale? (Laurence Bachmann, Dominique Golay, Françoise Messant, Marianne Modak, Clotilde Palazzo et Magdalena Rosende)

 Grand angle

  • La haine et l'amour, la boîte noire du féminisme? Une critique de l'éthique du dévouement (Pascale Molinier)

  • Entre famille et métier: le travail du care (Geneviève Cresson, Nicole Gadrey)

  • Concilier l'inconciliable? Le rapport des femmes à la notion de "conciliation travail-famille" dans les professions libérales en France (Nathalie Lapeyre, Nicky Le Feuvre)

  • Le nouvel or du monde. Entretien de l'autrice, réalisé et traduit par Laurence Bachmann (Arlie Russell Hochschild)

 Champ libre 

  • La garde partagée des enfants: nouvelles solidarités parentales ou renouveau patriarcal? (Denyse Côté)

 Parcours

  • De la servitude contemporaine: témoignage d'une femme sans-papiers (Magdalena Rosende)

 Comptes rendus

  • Betty Goguikian Ratcliff, Le développement de l'identité sexuée. Du lien familial au lien social (Dominique Golay)

  • Yannick Le Quentrec et Annie Rieu, Femmes: Engagements publics et vie privée (Véronique Bourquin)

  • Madeleine Hersent et Claude Zaidman (éds), Genre, travail et migrations en Europe (Jules Falquet)

  • Sister Outsider d'Audre Lorde: la poésie et la colère (Céline Perrin)

  • Equinoxe: Le genre de la voix (Lorena Parini)

  • Anne

Le foyer et le travail n'ont pas de sexe

Le dernier numéro des Nouvelles Questions Féministes attaque de front la question du travail et de la famille. Où il ne s'agit plus de concilier l'emploi de femmes et les tâches domestiques.

Nouvelles Questions Féministes refuse de réconcilier l'emploi féminin avec la vie de famille selon le modèle sponsorisé par l'économie. Le temps partiel des femmes avec des perspectives de carrière réduites et des postes subalternes soulage à moindres frais le marché en mal de main-d'oeuvre disponible. Le sacrifice tout naturel des mères et des épouses à la cause du foyer peut ainsi se perpétuer. Avec l'accord des femmes, d'un côté, qui croient entrevoir l'émancipation promise. Et le soutien des patrons, de l'autre, qui comptent déjà les dividendes de l'opération en passant pour des progressistes éclairés.

Or, il faut contester le caractère naturel du dévouement féminin. Pascale Molinier, maître de conférence à la Chaire de psychologie du travail du Conservatoire national des arts et métiers de Paris, démasque la haine des malades ou des enfants au coeur même de l'amour dit "spontané" et "instinctif" des femmes en charge des soins dans les familles et les établissements médico-sociaux. L'abnégation féminine n'a rien de normal. L'agressivité latente, occultée de gré ou de force, refait surface dans les témoignages des soignantes. Même si le mythe de la femme aimante tient bon en public, reproduit par les travailleuses elles-mêmes, pétries de culpabilité. Seule solution: déféminiser les soins. Injonction peut-être naïve mais salutaire et qu'il faut répéter à l'envi.

L'exploitation des femmes par les femmes

Le travail des femmes ébranle leur destin domestique quand il s'affranchit du diktat patriarcal qui veut ménager-ou manager-la mère et l'employée. Nathalie Lapeyre et Nicky Le Feuvre de l'Université de Toulouse identifient un modèle en embryon de partage unisexe des tâch