Nouvelles Questions Féministes Vol. 34, No1

32,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-113-1
Considérant que les femmes ne constituent pas une catégorie homogène, la recherche féministe vise désormais à prendre en compte les effets d’autres systèmes d’oppression que le genre et à analyser leur imbrication. Que vivent, par exemple, les femmes qui sont la cible de discriminations à la fois sexistes et racistes? Comment les normes de sexe sont-elles modulées par celles de l’âge? Quels sont les liens entre le genre et le lesbianisme? Qu’a à voir la discrimination des animaux avec la discrimination des femmes et celle des étrangers? Ces questions sont traitées dans quatre recherches empiriques qui forment le Grand angle du numéro, permettant de voir comment les rapports de pouvoir se renforcent mutuellement ou, au contraire, comment l’un d’entre eux peut atténuer les effets d’un autre.

À l’appui du Black Feminism et des Postcolonial Studies, les études féministes francophones se sont réorientées vers une analyse des discriminations spécifiques que vivent les femmes selon des marqueurs sociaux tels que leur origine, leur couleur, leur culture, leur classe sociale, leur âge, etc. Dans un contexte professionnel par exemple, en quoi le vécu d’une femme maghrébine confrontée à des discriminations à la fois sexistes et racistes diffère-t-il de celui d’une de ses collègues blanches? Considérant que les femmes ne constituent pas une catégorie homogène, la recherche féministe vise désormais à prendre en compte les effets d’autres systèmes d’oppression que le genre et à analyser leur imbrication. Le Grand angle de ce numéro est consacré à des recherches empiriques illustrant comment fonctionne l’imbrication des rapports de pouvoir. De tels rapports divisent parfois les femmes, y compris les féministes, ce que montre l’article de Nouria Ouali avec une analyse du racisme imprégnant les discours et l’organisation du mouvement féministe bruxellois. Dans un domaine différent et en France cette fois, Lucile Ruault déplace notre regard sur un autre rapport de pouvoir: l’âge, et montre comment les gynécologues normalisent les parcours de vie des femmes et leur sexualité à l’intersection des rapports sociaux de sexe et d’âge. Le troisième article, de Salima Amari, interroge les liens entre le genre et le lesbianisme et en décline les différentes configurations à partir du rapport que des lesbiennes entretiennent avec leur famille en France. Sa contribution nuance le célèbre postulat de Monique Wittig selon lequel "les lesbiennes ne sont pas des femmes". Avec des données quantitatives recueillies en Suisse, le dernier auteur du Grand angle, Jonathan Fernandez, propose de considérer le spécisme (division hiérarchique entre humains et animaux) comme un système d’oppression fonctionnant selon les mêmes logiques que le sexisme et le racisme. Les quatre articles permettent ainsi de réfléchir aux manières dont les différents rapports de pouvoir se renforcent mutuellement ou, au contraire, comment l’un d’entre eux peut atténuer les effets d’un autre.

Nous avons aussi le plaisir de présenter le Parcours de la sociologue australienne Raewyn Connell, internationalement reconnue depuis ses travaux sur les masculinités. La sociologue revient sur ses expériences d’activiste et d’intellectuelle féministe depuis les années 1970 et permet à notre lectorat francophone de découvrir ses travaux actuels sur la colonialité du savoir.

Enfin, Francis Dupuis-Déri réanalyse le meurtre commis par le philosophe Louis Althusser, qui a assassiné sa compagne, et une association genevoise, Gendering, invite à sortir le genre de l’université  (respectivement dans les rubriques Champ libre et Collectifs). Le dernier article est un hommage à Simone Iff, qui a été au centre de toutes les luttes féministes pour le droit à la contraception et à l’avortement en France. Elle est décédée en décembre 2014.

Édito

  • Recherches féministes sur l’imbrication des rapports de pouvoir: une contribution à la décolonisation des savoirs (Hélène Martin et Patricia Roux)

 Grand angle

  • Les rapports de domination au sein du mouvement des femmes à Bruxelles: critiques et résistances des féministes minoritaires (Nouria Ouali)
  • La force de l’âge du sexe faible. Gynécologie médicale et construction d’une vie féminine (Lucile Ruault)
  • Spécisme, sexisme et racisme. Idéologie naturaliste et mécanismes discriminatoires (Jonathan Fernandez)
  • Certaines lesbiennes demeurent des femmes (Salima Amari)

 Champ libre

  • La banalité du mâle. Louis Althusser a tué sa conjointe, Hélène Rytmann-Legotien, qui voulait le quitter (Francis Dupuis-Déri)

Parcours

  • Raewyn Connell, sociologue et militante féministe. Des rivages du Pacifique: politiques du genre et connaissance (entretien réalisé et traduit par Hélène Martin)

 Comptes rendus

  • Francesca Scrinzi, Genre, migrations et emplois domestiques en France et en Italie: construction de la non-qualification et de l’altérité ethnique (Edmée Ollagnier)
  • Pascale Molinier, Le travail du care (Marianne Modak)
  • Florence Rochefort et Éliane Viennot (éds), L’engagement des hommes pour l’égalité des sexes (XIVe-XXIe siècle) (Martine Chaponnière)
  • Edmée Ollagnier, Femmes et défis pour la formation des adultes (Farinaz Fassa)
  • Simona Cutcan, Subversion ou conformisme? La différence des sexes dans l’œuvre d’Agota Kristof (Silvia Ricci Lempen)
  • Françoise Thébaud, Les femmes au tem

Les luttes féministes sont traversées par des rapports de pouvoir

"Les quatre articles qui forment leGrand angle permettent de répondre à l’une des préoccupations qui nous tenaient à cœur en préparant ce numéro: présenter des recherches empiriques et exemplifier ainsi la manière dont, concrètement, l’imbrication de différents rapports sociaux est aujourd’hui explorée dans des pays européens (en l’occurence: Belgique, Suisse et France."

Dans leur éditorial, Hélène Martin et Patricia Roux parlent de féminisme et de pensée coloniale, de constitution "en objet de pensée des luttes féministes qui sont elles-même traversées par des rapports de pouvoir", de prendre en compte la diversité des conditions de vie et des oppressions, de rompre avec "une science androcentrique et sexiste", mais également avec "un discours classiste, raciste, colonial, âgiste, etc.", du modèle universaliste dominant, de contextualiser les concepts, de posture de recherche et de position structurelle, d’imbrication des rapports de pouvoir et d’interdisciplinarité, de la "nécessité d’intégrer une perspective de genre dans tous les objets d’étude", de rapports sociaux et de production d’énoncés, de théorie et de ponts entre différentes réalités et entre présent et futur, des liens entre recherche et luttes pour les droits des femmes, de décolonisation de la recherche féministe, de partir aussi de la "marge des systèmes de domination"…

Je signale l’utilisation, à plusieurs reprises, de la notion de "classe moyenne ou supérieure", qui relève, à mes yeux, de catégories peu fonctionnelles de la sociologie institutionnelle dans l’approche des rapports sociaux et du capitaliste dominant. J’ajoute que le plus souvent "des" seraient plus adéquat à "les", évitant des essentialisations, par ailleurs, à juste titre critiquées.

Je ne souligne que certai