Nouvelles Questions Féministes Vol. 33, No2

26,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-105-6
Ce numéro est consacré à l’histoire des mouvements féministes en Tunisie, en Algérie et au Maroc, et à leur développement actuel, analysés par des chercheuses et des militantes du Maghreb. Avec les "printemps arabes", les Européen·ne·s ont découvert avec surprise la forte présence des femmes dans les manifestations et surtout qu’elles se mobilisaient pour revendiquer l’égalité des sexes. Jusque là, les Maghrébines et même l’ensemble des femmes arabes et musulmanes étaient vues à travers des lunettes coloniales comme soumises et résignées. Mais en fait, elles luttent pour leurs droits depuis près d’un siècle, avec constance.

Ce numéro est consacré à l’histoire des mouvements féministes en Tunisie, en Algérie et au Maroc, et à leur développement actuel. Avec les "printemps arabes", déclenchés par la révolte tunisienne de décembre 2010, le regard du monde occidental sur le Maghreb a changé. Les Européen·ne·s ont découvert avec surprise la forte présence des femmes dans les manifestations; et surtout qu’elles se mobilisaient pour revendiquer l’égalité des sexes. Cette méconnaissance est l’héritage d’un colonialisme qui a construit une image passive, résignée, des femmes maghrébines et, plus largement, arabes et musulmanes. NQF a voulu contribuer à la diffusion d’une autre mémoire, celle de chercheuses et de militantes du Maghreb dont les analyses et les expériences prennent le contrepied de cette image.

Leurs articles montrent que les femmes au Maghreb se sont toujours mobilisées, soit en participant aux luttes de libération nationale, soit en développant des luttes autonomes. Mais les états du Maghreb se sont en partie construits sur leur invisibilisation et sur l’exclusion politique et civile des femmes. L’invisibilité de la contribution des féministes reste d’ailleurs de mise aujourd’hui: même si les droits qu’elles ont acquis ont largement aidé les états du Maghreb à revendiquer, face à l’Occident, le statut d’état moderne, l’égalité des sexes ne constitue pas, pour eux comme ailleurs, un enjeu politique prioritaire. Les féministes ont ainsi encore beaucoup à faire. 

De type réformiste à des visées plus universalistes, les luttes analysées par les auteures prennent la forme d’une myriade de groupes, d’associations, de tendances politiques qui nous donnent une vue d’ensemble des féminismes maghrébins et de leurs possibilités d’échanges dont témoigne, dans ce numéro, le collectif Maghreb-égalité 95.

Ces luttes montrent des féminismes qui ne sont pas de simples répliques ou imitations des mouvements occidentaux, et qui sont eux-mêmes différents les uns des autres, et parfois divisés, mais qui sont des féminismes.

Édito

  • Entre dictatures, révolutions et traditions, la difficulté d’être féministe au Maghreb (Amel Mahfoudh et Christine Delphy)
 

Grand angle

  • Mobilisations des femmes et mouvement féministe en Tunisie (Dorra Mahfoudh et Amel Mahfoudh)
  • Algérie, pause dans les mobilisations féministes? (Feriel Lalami)
  • Le mouvement des femmes au Maroc (Rabéa Naciri)
  • Les féminismes marocains contemporains. Pluralité et nouveaux défis (Houria Alami M’Chichi)
 

Champ libre

  • Convergences et divergences entre le féminisme radical et la théorie queer
 

Parcours

  • Sana Ben Achour, féministe tunisienne. "C’est le féminisme qui m’a amenée en politique et pas le contraire." (Entretien réalisé par Amel Mahfoudh)
 

Comptes rendus

  • K. Jasbir Puar, Homonationalisme. Politiques queers après le 11 septembre (Jules Falquet)
  • Sonia Kruks, Simone de Beauvoir and the Politics of Ambiguity (Michel Kail)
  • Nicole Van Enis, Féminismes pluriels (Hélène Martin)
  • Aurélie Olivesi, Implicitement sexiste? Genre, politique et discours journalistique (Martine Chaponnière)
  • Dorothée Dussy, Le berceau des dominations. Anthropologie de l’inceste, livre 1 (Yeun L-Y)
 

Collectifs

  • Le Collectif Maghreb-Égalité 95: pour un mouvement féministe maghrébin (Dorra Mahfoudh)
  • Le réseau Wassila, un collectif algérien pour les droits des femmes et l’égalité (Dalila Iamarene Djerbal et Fatma Oussedik)
 

Hommage

  • Brigitte Schnegg: les études genre en Suisse sont en deuil

Dans Remmm. Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée

Fondée en 1981 par un groupe de femmes engagées sous la houlette de Simone de Beauvoir, cette publication fait suite à la revue Questions féministes, créée en 1977. Ce qui explique sa nouvelle dénomination: Nouvelles Questions Féministes (NQF). Les animatrices, toutes des militantes de la cause féminine, mettent ensemble, au service de la cause, à la fois leurs expériences multiples et leurs savoirs variés puisés dans des horizons disciplinaires divers (anthropologie, droit, géographie, histoire, linguistique, littérature, philosophie, science politique, sociologie).

Éditée à Lausanne, NQF publie deux numéros par an sur des thématiques en lien avec la question féminine et le combat des femmes. Ce second numéro de l’année 2014 est consacré aux mobilisations des femmes et aux mouvements féministes comme le précise l’édito signé par Amel Mahfoudh et Christine Delphy. Polémiste, cet édito prend à partie l'opinion occidentale qui, selon les auteures, aurait été surprise par la vitalité des luttes des femmes arabes à l’occasion des révoltes du "printemps arabe" inaugurées par la Tunisie. Il donne cependant quelques indications sur la particularité du Maghreb par rapport au reste du monde arabe, en faisant notamment référence à son fonds berbère et aux différentes conquêtes (notamment arabe et française) qui ont forgé son histoire.

Trois articles signés par les ressortissantes des trois pays décrivent la situation de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie, en résonnance notamment avec les révoltes arabes de l’année 2011. L’article cosigné par les Tunisiennes Amel et Dorra Mahfoudh retrace l’historique des mobilisations féminines en Tunisie depuis l’époque coloniale, en les insérant dans un cadre plus large, celui du monde arabe. Transcendant l’opposition femmes/hommes, le texte insiste sur l’apport de quelques hommes à ce combat, à l’instar de Tahar Haddad. Ce retour à l’histoire permet aux deux auteures de conclure qu’"à l’image des autres pays arabes, le mouvement des femmes en Tunisie est né du mouvement national et l'a accompagné". Elles jugent cependant que l’histoire officielle n’aura retenu, presqu’exclusivement, que "ce que les intellectuels masculins éclairés du moment ont réalisé et écrit", ignorant ou minimisant l’apport