Nouvelles Questions Féministes Vol. 35, No2

32,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-127-8
Ce numéro examine de plus près certaines mobilisations actuelles dans les pays arabes, en particulier en Égypte et au Liban, et montre que si les révolutions ont ouvert des espaces de liberté et de parole, les rapports de genre sont encore fortement inégalitaires et excluent les femmes des lieux de pouvoir.

Au Machrek (Proche-Orient) comme au Maghreb, les femmes sont des actrices incontournables des mouvements de contestation et des luttes pour la démocratie. En 2011, Tunisiennes, Égyptiennes, Libyennes, Syriennes et Yéménites ont investi massivement les révolutions arabes, elles ont manifesté et mobilisé les réseaux sociaux pour dénoncer et alerter l’opinion publique nationale et internationale sur leurs conditions de vie. Mais ces mouvements de femmes ne sont pas inédits, les femmes arabes n’ont pas attendu les révolutions pour s’imposer dans le champ contestataire et politique. C’est ce que montre le texte de Sandrine Mansour qui ouvre le Grand angle: au cours du XXe siècle, les femmes dans les pays arabes n’ont cessé de lutter contre les puissances coloniales et les régimes des états indépendants contrôlés par une classe politique majoritairement masculine. Plusieurs témoignages dans la rubrique Parcours, notamment de Syriennes, rendent aussi compte des multiples formes de résistances politiques et féministes que développent les femmes des pays arabes.

Centré sur la continuité des luttes féministes dans ces pays, le numéro examine de plus près certaines mobilisations actuelles, en particulier en Égypte (Dina Beblawi) et au Liban (Marie-Noëlle Abi Yaghi). Ces textes montrent que si les révolutions ont ouvert des espaces de liberté et de parole, les rapports de genre sont encore fortement inégalitaires et excluent les femmes des lieux de pouvoir. Ces difficultés ne sont pas spécifiques aux femmes arabes, elles renvoient au contraire à une question partagée entre les mouvements ici (en Europe, en Occident) et là-bas (dans les pays arabes): quelle place est donnée aux femmes et à la cause féministe dans les luttes politiques? Ou pourquoi la question de la domination masculine est-elle exclue du champ conceptuel politique?

Édito

  • Les luttes des femmes arabes contre le patriarcat, les pouvoirs tyranniques, l'islamisme, le colonialisme et le néocolonialisme (Ghaïss Jasser, Amel Mahfoudh, Feriel Lalami et Christine Delphy)

  Grand angle

  • La naissance des mouvements de femmes au Levant (Sandrine Mansour)
  • L'invisibilisation du féminisme dans la lutte révolutionnaire de la gauche radicale égyptienne (Dina Beblawi)
  • Militer par "projets". Fragmentation et reproduction de l’espace contestataire féministe au Liban (Marie-Noëlle Abi Yaghi)

Parcours

  • Nahed Badawia, militante syrienne. "Pas de démocratie en Syrie sans que les femmes soient totalement libérées" (entretien réalisé et traduit par Ghaïss Jasser)
  • Nadia Chaabane, militante féministe tunisienne. Un engagement transnational pour les droits des femmes et la justice sociale (entretien réalisé par Amel Mahfoudh)
  • Hala Alabdalla, cinéaste syrienne. "Quand je vois les femmes syriennes, je fais confiance à notre Révolution" (entretien réalisé par Ghaïss Jasser)
  • Fatou Sarr, sociologue féministe. Parcours de la loi sur la parité au Sénégal (entretien réalisé par Farinaz Fassa et Marta Roca i Escoda)

Actualité

  • Regardez cette photo. Regardez-la bien (Silvia Ricci Lempen)

Comptes rendus

  • Madawi Al-Rasheed, A most masculine State. Gender, politics, and religion in Saudi Arabia (Amel Mahfoudh)
  • Norma Marcos, Le désespoir voilé. Femmes et féministes de Palestine (Ghaïss Jasser)
  • Ann Laura Stoler, La chaire de l’empire. Savoirs intimes et pouvoirs raciaux en régime colonial (Nathalia Gerodetti et Agathe Besnard)
  • Catherine Achin et Laure Bereni (dir.), Dictionnaire genre & science politique (Salima Amari)
  • Le Collectif Onze, Au tribunal des couples. Enquête sur des affaires familiales (Claudia Regina Nichnig)
  • Feminist Studies. Special issue on food and ecology (Nathalia Gerodetti et Agathe Besnard)
  • Eleonora

Préserver les acquis et développer les droits des femmes

Égyptiennes, Libyennes, Palestiniennes, Irakiennes, Syriennes et Yéménites… Comme le rappellent Ghaïss Jasser, Amel Mahfoudh, Feriel Lalami et Christine Delphy, "Aux cours du XXe siècle, elles ont participé aux luttes d’indépendance, à l’opposition aux régimes autoritaires, à la construction de la démocratie partout où cela a été possible et, finalement, à l’intégration de 'la question femmes' dans les agendas politiques". Les auteures soulignent que la lutte féministe dans les pays arabes, comme dans le reste du monde, fait pleinement partie de la lutte politique. J’ajoute que toute lutte politique n’incluant pas les femmes et le féminisme ne peut-être que parcellaire et de ce fait incapable de poser l’émancipation de toutes et tous. Les auteures ajoutent qu’il convient de "comprendre comment les logiques patriarcales marginalisent, voire excluent les femmes de l’espace public et politique".

Luttes féministes et luttes anti-coloniales, émergence des mouvements de femmes et imbrication avec les mouvements nationalistes, "Mobilisées pour l’indépendance de leurs pays, elles avancent dans le même temps les questions de la suppression du voile, de l’éducation des filles, du droit de vote des femmes et de changer les lois du mariage et du divorce", solidarités entre femmes des différentes régions, rencontres internationales, défense de la Palestine…

Instrumentalisation de la cause des femmes par les régimes totalitaires prétendument laïcs, port du foulard comme signe d’opposition au régime…" L’islamisme aussi instrumentalise la cause des femmes en dénigrant et en rejetant les quelques droits acquis concernant en particulier le travail et la famille". Sans oublier dans les versions les plus rigoristes et/ou réactionnaires la transformation de "leur statut personnel en huis clos", les discours sur l’ordre moral "dont les premières victimes sont les femmes et leurs libertés"…