"Il ne s'agit plus ici de la lutte déterminée d'un être contre un être, de la lutte d'un désir contre un autre ou de l'éternel combat de la passion et des devoirs. Il s'agirait plutôt de faire voir ce qu'il y a d'étonnant dans le fait seul de vivre."

"On y a foi [dans ce drame ] à d'énormes puissances, invisibles et fatales, dont nul ne sait les intentions, mais que l'esprit du drame suppose malveillantes, attentives à toutes nos actions, hostiles au sourire, à la vie, à la paix, au bonheur. […] Cet inconnu prend le plus souvent la forme de la mort. La présence infinie, ténébreuse, hypocritement active de la mort remplit tous les interstices du poème. Au problème de l'existence il n'est répondu que par l'énigme de son anéantissement."

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Redécouvrir Les aveugles de Maurice Maeterlinck

Heureuse initiative que celle des Editions lausannoises Antipodes. Elles rééditent Les aveugles, la pièce de Maurice Maeterlinck récemment montée à la Grange de Dorigny. On ne peut s'empêcher de rapprocher ces dialogues, écrits en 1890, de ceux de Samuel Beckett. D'autant que Maeterlinck estimait que: "Il s'agirait plutôt de faire voir ce qu'il y a d'étonnant dans le fait seul de vivre." On ne voit goutte. On se parle. On ressent. On attend. Un grand texte à redécouvrir, où les rapports humains sont dépouillés jusqu'à l'os.

JS, La Liberté, 7 avril 2001

Maeterlinck, l'homme de théâtre

Dans la pièce de Maeterlinck, Les Aveugles, la didascalie (les indications de mise en scène de l'auteur) plante le décor. "Une forêt septentrionale d'aspect éternel sous un ciel étoilé". Et au-dessous des étoiles, des silhouettes sombres bornent l'espace, mi-arbres, mi-humains, calfeutrés dans la tristesse. Des forêts septentrionales, une poésie livide, des destins tragiques, des gens qui se noient. Une symbolique si marquée, que souvent on a considéré le travail de Maeterlinck comme relevant d'un théâtre littéraire: au fond, il sacrifiait le dramatique au poétique.

Les Editions Antipodes ont profité de l'adaptation des Aveugles, à la Grange de Dorigny à Lausanne, pour rééditer cette oeuvre, injustement méconnue de Maurice Maeterlinck; elle est enrichie d'un texte de Danielle Chaperon et illustrée par les magnifiques dessins de Serge Cantero. La préface situe le contexte littéraire et artistique qui prévaut au moment où Maeterlinck fait paraître son oeuvre théâtrale; elle permet de corriger un malentendu. Danielle Chaperon, professeure à l'Université de Lausanne, rappelle la confrontation entre les naturalistes et les symbolistes dont fait partie Maeterlinck. Une confrontation particulièrement exacerbée autour du théâtre qui, à l'époque, était l'activité "littéraire" la plus gratifian