Les Annuelles 8/1997,

19,00 CHF
Réf.: 2-940146-06-3
Les sciences sociales, qui en sont venues à faire partie intégrante de la modernisation des sociétés occidentales, émergent, vers la fin de XIXe siècle, dans la division du travail académique en tant que champ spécifique du savoir. Cet avènement institutionnel ressortit à de nombreuses déterminations, d'ordre aussi bien politique, économique et social, que scientifique ou professionnel. Le présent numéro se propose d'explorer les dynamiques à l'oeuvre dans la constitution de ces discours, en Suisse mais aussi en France, et de mettre en évidence leur ancrage pluriel, facteur de réalités disciplinaires multiples. Face à leur complexité, il s'agit en effet d'appréhender les sciences sociales dans tous leurs avatars, en tenant compte des contours flous et mouvants qui sont les leurs, à une époque où, selon le mot d'un contemporain, elles sont encore, du moins en tant que groupe, "affectées d'une singulière impuissance à se définir elles-même".
Les sciences sociales, qui en sont venues à faire partie intégrante de la modernisation des sociétés occidentales, émergent, vers la fin de XIXe siècle, dans la division du travail académique en tant que champ spécifique du savoir. Cet avènement institutionnel ressortit à de nombreuses déterminations, d'ordre aussi bien politique, économique et social, que scientifique ou professionnel. Le présent numéro se propose d'explorer les dynamiques à l'oeuvre dans la constitution de ces discours, en Suisse mais aussi en France, et de mettre en évidence leur ancrage pluriel, facteur de réalités disciplinaires multiples. Face à leur complexité, il s'agit en effet d'appréhender les sciences sociales dans tous leurs avatars, en tenant compte des contours flous et mouvants qui sont les leurs, à une époque où, selon le mot d'un contemporain, elles sont encore, du moins en tant que groupe, "affectées d'une singulière impuissance à se définir elles-même".
  • Introduction: Pour une histoire sociale des sciences sociales (Diana Le Dinh)
  • Mémoire disciplinaire et légitimation scientifique. La science politique en Suisse (Bernard Voutat, Pierre-Antoine Schorderet, Philippe Gottraux)   
  • Entre normativisme et empirisme: les sciences morales et politiques en France et leur institutionnalisation académique, XIXe-XXe siècles (Corinne Delmas)
  • Sciences sociales et logiques de gestion (Diana Le Dinh)
  • Pensée économique et institutions académiques en Suisse au XIXe siècle (Hans Ulrich Jost)
  • La reconstruction d’une tradition oubliée: les débuts précoces de la sociologie en Suisse (Markus Zürcher)
  • Les débuts de la pédagogie comme discipline universitaire. L’exemple de Genève, 1890-1916 (Rita Hofstetter, Bernard Schneuwly)
  • Fenêtre: Le passé au présent. Tradition, mémoire et histoire dans les sciences sociales (Bertrand Müller)
  • Document: Les premiers pas de la Société du Mont-Pèlerin ou les dessous chics du néolibéralisme (Cécile Pasche, Suzanne Peters)

Quand William E. Rappard et ses amis fondaient l'internationale néoliberale au Mont-Pèlerin

Le monde est aujourd'hui soumis à la loi du neolibéralisme. Victorieux sur tous les fronts, il a longuement mûri, il y a 50 ou 60 ans, dans les universités de Chicago, Londres et Genève. Un de ses promoteurs fut le professeur William E. Rappard. Histoire courte.

La section d'histoire contemporaine dirigée par Hans Ulrich Jost à l'Université de Lausanne publie une fois l'an "Les Annuelles", recueil de travaux récents proposés par les étudiants et les enseignants de l'institut. Chaque livraison recèle quelque article propre à stimuler la curiosité. C'est le cas, dans le dernier volume, de l'étude de Cécile Pasche et Suzanne Peters intitulée "Les premiers pas de la Société du Mont-Pèlerin ou les dessous chics du néolibéralisme". Elle nous dévoile une étonnante page d'histoire qui s'est déroulée dans la Suisse de l'immédiat après-guerre. Une page d'histoire qui éclaire d'un jour trop vif l'actualité politique, économique et sociale d'une planète soumise à la toute-puissante hégémonie de la pensée néolibérale.

Cela se passe en avril 1947. Il n'y a même pas deux ans que la guerre mondiale est finie. L'Europe sort d'un hiver particulièrement difficile: mi-février, les Etats-Unis ont livré d'urgence 200'000 tonnes de blé à une France encore sujette à la faim. Le climat politique n'est pas bon non plus. En mars, à Moscou, les vainqueurs de Hitler ne parviennent pas à s'accorder sur le futur d'une Allémagne en ruines.

Pourtant, le ler avril, 37 personnes venues d'Europe et d'Amérique prennent à Vevey le funiculaire du Mont-Pèlerin pour gagner l'Hôtel du Parc, un palace début de siècle au confort douillet avec vue sur le Léman, les Alpes et le Jura. Le choix de cet hôtel ne doit rien au hasard: une notabilité genevoise, William E. Rappard, l'a proposé à l'organisateur de la réunion, Friedrich A. von Hayek, avec garantie de tranquillité et de discrétion.

Ces gens sont réunis pour échanger leurs idées sur la politique et l'économie. Dans leur quasi-totalité, les participants à ce colloque de dix jours sont des professeurs d'économie pratiquant à l'université de Chicago, à la London School of Economics ou à l'Institut universitaire des hautes études internationales (IUHEI) de Genève. Quelques philosophes - dont Bertrand de Jouvenel et Karl Popper - se sont mêlés au