Le genre du chômage

37,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-103-2
Sur-représentées parmi les personnes en quête d’un emploi, les femmes sont pourtant moins nombreuses à effectuer une demande d’indemnisation auprès de l’assurance chômage. Cet ouvrage apporte des explications à cet apparent paradoxe et tend à montrer que l’assurance chômage ne se limite pas à refléter les inégalités entre les femmes et les hommes dans la famille ou sur le marché de l’emploi, mais qu’elle participe à les construire. Ce livre offre une contribution importante à l’analyse de l’histoire de l’État social dans une perspective de genre.

En Suisse, comme dans la plupart des autres pays, les femmes sont sur-représentées parmi les personnes à la recherche d'un emploi. Elles sont pourtant moins nombreuses à faire une demande d’indemnisation auprès de l’assurance chômage. Cet ouvrage apporte des explications à cet apparent paradoxe.

L’auteure montre comment l’assurance chômage se construit historiquement en outil de gestion sexuée du chômage et de l’emploi. Elle amène ainsi un éclairage nouveau autour de l’histoire de l’État social suisse, en soulignant comment l’assurance chômage a contribué à promouvoir certains modèles familiaux, des normes sociales sexuées, ainsi qu’à stratifier le marché du travail sur la base de critère de sexe, d’état civil, d’âge, de nationalité et de permis de séjour.

Cet ouvrage souligne les continuités, mais également les discontinuités dans la gestion sexuée du chômage et de l’emploi en Suisse, à la lumière des transformations économiques, sociales et politiques du XXe siècle. Il questionne le rôle des principales forces politiques et économiques, en donnant une place particulière à l’analyse de la participation des militantes féministes au débat sur la politique du chômage. Cela permet de mieux comprendre ces transformations, soulignant l’importance de tenir compte de ces actrices dans l’analyse de l’histoire de l’État social, et d’amener une importante contribution à l’histoire des féminismes en Suisse.

Introduction

  • L'État social sous le regard du genre
  • Assurance chômage: un outil de division sexuée du travail
  • La structure et les sources

1. Quand l'assurance chômage est une affaire d'ouvriers (1920-1928)

  • Chômage versus emploi
  • Assurer l'ouvrier stable et régulier
  • Des cantons qui assurent les ouvrières
  • Conclusion du chapitre 1

2. Quand la crise creuse les inégalités (1929-1938)

  • La crise sous le regard du genre et de la politique migratoire
  • Gestion sexuée du (sans-)travail
  • Chômage et contrôle des comportements
  • Conclusion du chapitre 2

3. Quand la guerre renforce le système de genre (1939-1950)

  • Guerre et division sexuée du travail
  • Politique sociale et renforcement des rôles sexués
  • La guerre se termine, pas les inégalités
  • Conclusion du chapitre 3

4. Quand le sous-emploi cache le chômage féminin (1951-1974)

  • Une loi présentée comme égalitaire
  • Le chômage sous le regard des féministes
  • Réajustements dans la division sexuée du travail
  • Conclusion du chapitre 4

5. Quand obligations ne rime pas avec indemnisation (1975-1982)

  • Crise économique et gestion sexuée du chômage
  • Les revendications féministes en matière de chômage
  • Nouvelle loi et nouvelle norme d’activité féminine
  • Conclusion du chapitre 5

Conclusion

Sources et bibliographie 

Dans Clio. Femmes, Genre, Histoire

Couvrant soixante ans d’histoire, depuis l’adoption de la première loi fédérale en matière d’assurance chômage en 1924, jusqu’à la mise en œuvre de la Loi fédérale sur l’assurance chômage obligatoire et l’indemnité en cas d’insolvabilité (LACI) en 1982, l’ouvrage de Carola Togni donne à voir la genèse de l’assurance chômage sous un jour inédit, soit comme un outil de gestion sexuée du chômage et de l’emploi. Cette analyse socio-historique constitue une contribution importante à l’histoire de l’État social helvétique et plaide en faveur de l’introduction d’une perspective de genre, aujourd’hui marginale, dans ce champ scientifique. Issu d’une thèse de doctorat, le livre est organisé en cinq chapitres reprenant les moments clés de la mise en œuvre du dispositif assurantiel. Il mobilise des sources variées: législations fédérales et cantonales, statistiques, archives des associations syndicales et patronales, mais aussi discours féministes (prises de position de l’Alliance de sociétés féminines suisses (ASF), des Commissions d’agitation féminine du Parti socialiste et du Parti communiste suisses et du Mouvement de Libération des femmes (MLF) dès la fin des années 1960). La richesse des sources mobilisées constitue un apport majeur de l’ouvrage d’un point de vue théorique, car la "contribution [des femmes] au développement de la protection assurantielle est encore sujette à questionnement" (p. 12); mais aussi d’un point de vue méthodologique, puisque la pluralité des points de vue présentés éclaire les consensus et les zones de tensions entre les différents acteurs et actrices selon leur position sur l’échiquier social et politique.

Recourant largement aux outils conceptuels de la sociologie, Togni définit le dispositif assurantiel comme un produit et comme un producteur des rapports sociaux (p. 19). L’auteure part de l’hypothèse q