Jeux et enjeux de mémoire à Gaza

32,00 CHF
Réf.: 978-2-940146-95-6
A travers cette recherche, l'auteure montre comment la mémoire palestinienne a toujours été fortement configurée par ses usages politiques liés à la construction de l'identité nationale et aux revendications du peuple. Néanmoins, son instrumentalisation dans le cadre de la construction étatique risque de lui faire perdre son rôle unificateur et mobilisateur: de ciment de la communauté imaginée, cette mémoire devient progressivement l'alibi de politiques qui compartimentent la société. Elle n'est de ce fait plus capable d'exprimer l'identité collective ou les aspirations du peuple palestinien.
Cet ouvrage, par une analyse approfondie des discours mémoriels mis en relation avec l'actualité politique, donne une clé de compréhension des enjeux essentiels qui se sont joués entre d'une part les Palestiniens et les Israéliens au sujet de l'histoire, et d'autre part entre Autorité palestinienne et réfugiés, par rapport à leurs aspirations d'avenir respectives et à la manière de concevoir un éventuel État palestinien. 

1998 fut l'année de la commémoration du cinquantenaire de la Nakba, la "catastrophe" qui, en 1948, a engendré la perte de la terre et l'exil des Palestiniens. Cette commémoration s'est déroulée dans un contexte social et politique en pleine restructuration, du fait de la mise en place de l'Autorité palestinienne dans la perspective de la création d'un État.

Issu d'une enquête de terrain interrogeant à la fois la mémoire de réfugiés, les activités et discours officiels et la façon dont les institutions étatiques se mettent en place, cet ouvrage analyse les différents processus de reconfiguration de la mémoire collective et de l'identité nationale. Ce faisant, il met au jour les stratégies et les aspirations des uns et des autres, dévoilant par là les rapports de force et les enjeux de pouvoir entre ces différents acteurs qui luttent pour proposer une nouvelle version légitime de la mémoire palestinienne.

À travers cette recherche, l'auteure montre comment la mémoire palestinienne a toujours été fortement configurée par ses usages politiques liés à la construction de l'identité nationale et aux revendications du peuple. Néanmoins, son instrumentalisation dans le cadre de la construction étatique risque de lui faire perdre son rôle unificateur et mobilisateur: de ciment de la communauté imaginée, cette mémoire devient progressivement l'alibi de politiques qui compartimentent la société. Elle n'est de ce fait plus capable d'exprimer l'identité collective ou les aspirations du peuple palestinien.

Cet ouvrage, par une analyse approfondie des discours mémoriels mis en relation avec l'actualité politique, donne une clé de compréhension des enjeux essentiels qui se sont joués entre d'une part les Palestiniens et les Israéliens au sujet de l'histoire, et d'autre part entre Autorité palestinienne et réfugiés, par rapport à leurs aspirations d'avenir respectives et à la manière de concevoir un éventuel État palestinien.

1. Introduction

  • Construction de l'objet: aspects théoriques, démarche et questions épistémologiques

2. Comment peut-on être Palestinien? La réponse des sciences humaines

  • Des réfugiés comme objet anthropologique
  • De la Palestine dans les sciences humaines
  • Des réfugiés palestiniens dans les sciences sociales

3. L'anthropologie d'un village dérobé

  • Le village comme lieu de mémoire
  • Barbara comme objet anthropologique
  • Barbara dans les "livres du souvenir"
  • Sous Israël Barbara
  • Une anthropologie sous contrainte du politique
  • Les principaux indicateurs de la mémoire
  • Construction de l'identité nationale et perspectives d'avenir


Des récits personnels aux récits nationalistes: construction de la mémoire en miroir

4. Les acteurs de la mémoire villageoise

  • Jil al-Nakba: entre histoire et mémoire
  • Jil al-Intifada: des récits aux revendications
  • Al-'Aydin: en quête de légitimité


5. Les récits de la mémoire villageoise

  • La terre source de vie et de bonheur
  • L'apparente absence de partage sexuel des tâches: "nous sommes comme les homme"
  • Du paysan au réfugié: quelle identité aujourd'hui?
  • De l'éloquence des silences de la mémoire


6. Le récit sioniste: "Une terre sans peuple pour un peuple sans terre"

  • La construction sioniste du passé
  • De la Terre sainte à la Terre promise: la Palestine annulée
  • 1948: Israël se superpose à la Palestine
  • Arbre pour arbre!
  • Le paysage à l'encontre de la paix


7. Le récit nationaliste palestinien: Une terre ancestrale pour un peuple de paysans

  • Les prémices du nationalisme palestinien: construction de l'image du paysan romanticisé

Dans la revue Anthropologie et Sociétés

L’ouvrage de Christine Pirinoli est inspiré de la thèse de doctorat pour laquelle elle a effectué un terrain de recherche de plusieurs mois à Gaza entre 1998 et 1999. L’Autorité palestinienne oeuvrait alors, à la suite du processus d’Oslo (1993), à l’instauration de son pouvoir en Cisjordanie et à Gaza, et les commémorations du 50e anniversaire de la Nakba battaient leur plein. Pour les Palestiniens, la Nakba signifie catastrophe: celle de 1948, celle de l’exil, de la perte de la terre et de l’éclatement de leur société. La recherche de C. Pirinoli s’inscrit dans une série d’études novatrices sur les mémoires palestiniennes qui sondent le lien organique et dynamique entre le temps et la mémoire, notamment par le biais des concepts de "tradition inventée" (Hobsbawn et Ranger 2006) et de "communauté imaginaire" (Anderson 1983).

Si l’anthropologue privilégie l’approche d’une mémoire considérée comme un processus absolument perméable et dynamique, continuellement réactualisé au gré des contextes, elle fraye aussi avec une autre approche, celle d’une mémoire sondée et restituée pour donner la parole à des marginaux. Précisément, elle veut comprendre les stratégies mémorielles de réfugiés palestiniens de Gaza à l’aune des enjeux de pouvoir propres aux commémorations de 1998. Elle a certes recours à l’analyse d’archives écrites et visuelles, et à des activités officielles pour cerner la rhétorique nationale et les dynamiques de sens qui se déploient. Mais son analyse s’ancre prioritairement dans un corpus d’entretiens formels et de moments d’observation participante avec des réfugiés et leurs descendants, tous originaires du même village détruit qui serait aujourd’hui situé en Israël: Barbara. Le village se révèle un étalon de mémoire essentiel qui permet l’analyse de récits qui sera