Cachez ce travail que je ne saurais voir

29,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-019-6
Les métiers du sexe sont faits de tâches, de techniques et de savoir-faire, comme tout travail. Or, la qualification de "travail" soulève des réticences et des oppositions qui empêchent d'approfondir l'analyse empirique, théorique et militante d'une question pourtant centrale pour les études genre et pour les mouvements féministes dans le monde entier.

À la lumière de plusieurs études empiriques et ethnographiques, cet ouvrage a comme objectif de contribuer à ouvrir la boîte noire du "travail du sexe" et de rendre compte d'activités que, bien souvent, nous faisons mine de connaître sans pour autant comprendre ni les tâches qui les composent réellement, ni les rapports sociaux qui les structurent.

Les métiers du sexe sont faits de tâches, de techniques et de savoir-faire, comme tout travail. Or, la qualification de "travail" soulève des réticences et des oppositions qui empêchent d'approfondir l'analyse empirique, théorique et militante d'une question pourtant centrale pour les études genre et pour les mouvements féministes dans le monde entier.

À la lumière de plusieurs études empiriques et ethnographiques, cet ouvrage a comme objectif de contribuer à ouvrir la boîte noire du "travail du sexe" et de rendre compte d'activités que, bien souvent, nous faisons mine de connaître sans pour autant comprendre ni les tâches qui les composent réellement, ni les rapports sociaux qui les structurent.

  • Introduction (Marylène Lieber, Ellen Hertz et Janine Dahinden)
  • Usages et pertinences de l'ethnographie pour la sociologie de la prostitution (Lilian Mathieu)
  • Les "traditionnelles" du Bois de Vincennes, une ethnographie du travail sexuel (Malika Amaouche)
  • "Le faire" sans "en être", le dilemme identitaire des prostituées chinoises à Paris (Marylène Lieber et Florence Lévy)
  • Qu'entendons-nous par travail? Réflexions autour du débat sur le statut de la prostitution (Pascale Absi)
  • La mise en image des fantasmes. Ethnographie de la production pornographique (Mathieu Trachman)
  • La prostitution c'est… plus de temps au téléphone qu'au lit! (Alice Sala)
  • Les compétences circulatoires des danseuses de cabaret extra-européennes (Romaric Thiévent)
  • Emergences d'affects et sexualités dans les chambres d'hôtels de prostitution (Marina França)
  • "Les hommes en Suisse sont tous pédés" Approche ethnographique critique des théories sur le langage et l'hégémonie (Loïse Haenni)
  • La complexité de l'échange: réflexions à l'issue du colloque de Neuchâtel (Paola Tabet)

Dans la revue Anthropologie et Sociétés

Dans l’excellente introduction dressant notamment un bon bilan des recherches, les directrices scientifi ques de l’ouvrage ne s’appesantissent pas sur la prostitution comme catégorie. Elles se concentrent sur un autre aspect des choses en considérant la prostitution comme travail et en soumettant cette thèse à l’épreuve de neuf enquêtes de terrain dont la plupart sont riches d’enseignement. Les recherches ont été réalisées aussi bien en Suisse et en France qu’en Bolivie et au Brésil, dans des contextes variés, depuis les maisons closes et les salons de massage constituant les services les plus institués jusqu’aux formes les plus labiles que représentent les "marcheuses" de Chine du Nord en situation illégale à Paris. Toutes les études décrivent des activités de femmes, à part l’enquête sur les travestis en Suisse (Loïse Haenni, chap. 9).

Anodine à y regarder de trop loin, l’idée de travail du sexe constitue pourtant un "tournant théorique", comme le note Paola Tabet dans le chapitre conclusif (p. 190). Il implique en effet de centrer le regard sur les tâches, les savoir-faire, les compétences et les techniques que demandent ces activités; de même que sur les codes et les postures professionnelles face au monde engagées par elles, sur un marché structuré par des rapports de pouvoir (p. 7). Ce n’est pas un hasard si le travail du sexe présente beaucoup de similarités avec les métiers de soins à la personne (care) car il mobilise de la même façon des ressources personnelles perçues comme féminines et, de ce fait, naturalisées et rendues invisibles. Malgré des efforts de professionnalisation mis en évidence par la plupart des enquêtes, deux recherches montrent au contraire le brouillage des frontières entre domaines public et privé, s’exprimant sur les plan affectif et sexuel (Marylène Lieber et Florence Lévy, chap. 3; et Marina Franca, chap. 8); brouillage typique des métiers féminins sous-qualifi és où le travail se présent