A Contrario Vol 4, No 2

17,00 CHF
Réf.: 978-2-940146-84-0
Ce numéro spécial vise à encourager le dialogue interdisciplinaire entre deux champs d'étude qui se sont longtemps tourné le dos, les sciences sociales et la littérature, afin de réfléchir sur ses modalités dans l'espace romand et sur les profits heuristiques que l'on peut espérer en tirer. Ce dialogue est loin d'être facile à établir, car il se fonde sur un arrière-plan souvent polémique. D'un côté, c'est la littérarité même des oeuvres qui semble d'emblée les soustraire à l'investigation des sciences sociales. D'un autre côté, les chercheurs en sciences sociales peuvent avoir tendance à traiter l'objet littéraire comme n'importe quel objet culturel, sans saisir alors l'intérêt de ce champ d'étude particulier pour leurs propres travaux, notamment sous l'angle de la problématisation des questions concernant l'écriture et la lecture des textes.

Ce numéro spécial vise à encourager le dialogue interdisciplinaire entre deux champs d'étude qui se sont longtemps tourné le dos, les sciences sociales et la littérature, afin de réfléchir sur ses modalités dans l'espace romand et sur les profits heuristiques que l'on peut espérer en tirer. Ce dialogue est loin d'être facile à établir, car il se fonde sur un arrière-plan souvent polémique. D'un côté, c'est la littérarité même des oeuvres qui semble d'emblée les soustraire à l'investigation des sciences sociales. Pour les littéraires, le texte acquiert sa légitimité en tant qu'objet d'étude par le biais d'un primat donné à la visée esthétique, qui l'extrait du même coup du champ des discours sociaux et lui confère un caractère de singularité irréductible. D'un autre côté, les chercheurs en sciences sociales peuvent avoir tendance à traiter l'objet littéraire comme n'importe quel objet culturel, sans saisir alors l'intérêt de ce champ d'étude particulier pour leurs propres travaux, notamment sous l'angle de la problématisation des questions concernant l'écriture et la lecture des textes.

Ce numéro ne mettra pas d'accord les sourds, ni ne réconciliera les vues partielles et partiales engendrées par les angles morts de chaque discipline. Mais, exemples à l'appui, il souhaite montrer les profits qu'il y a, pour tout spécialiste, à s'affranchir des limites ininterrogées de sa propre boîte à outils.

Editorial

  • Littérature et sciences sociales: dialogue de sourds ou mariage de raison? (Raphaël Baroni, Jérôme Meizoz et Giuseppe Merrone)

Article

  • Les deux cultures des études littéraires (Dominique Maingueneau)
    La littérature romande n'existe pas…sauf en sciences sociales! (Daniel Maggetti)
    Pour une approche ethnocritique de l'œuvre de Ramuz: l'exemple du légendaire (Céline Cerny)
    Ramuz paysan, patriote et héros: construction d'un mythe (Stéphane Pétermann)
    Neutralité et engagement: Denis de Rougemont et le concept de la "neutralité active" (Kristina Schulz)
    Sur un texte énigmatique de Pierre Bourdieu (Jérôme David)
    Fiction, pluralité des mondes et interprétation (André Petitat)
    Écrire et lire les cultures: l'ethnographie, une réponse littéraire à un défi scientifique (Lorenzo Bonoli)
    De l'intrigue littéraire à l'intrigue médiatique: le feuilleton Swissmetal (Raphaël Baroni, Stéphanie Pahud et Françoise Revaz)
  • Document

  • Jean Chauma écrivain: le milieu du banditisme par l'un des siens (Giuseppe Merrone et Ami-Jacques Rapin)
  •  
  • Entretien

  • Littérature française et littérature romande: effets de frontière.
    Entretien mené par Pascale Debruères (Pascale Casanova et Jérôme Meizoz)

L'ex-voyou et les travailleurs

La revue A contrario réunit plusieurs articles rédigés par des chercheurs de l'UNIL. L'un des textes nous plonge dans le milieu du banditisme.

(...)

Ecrire après la prison

La littérature est (...) chose sérieuse, comme en témoigne un (...) article de la revue A contrario. Il s'agit d'un entretien avec Jean Chauma, ancien braqueur revenu d'un long séjour en prison. Cet article s'inscrit dans le prolongement du roman de Chauma Bras cassés, récemment paru aux Editions Antipodes. Réalisé par deux politologues de l'UNIL, Giuseppe Merrone et Ami-Jacques Rapin, spécialistes des "mondes clandestins", cet entretien "donne la parole à l'acteur, ce qui est très difficile à faire dans ce milieu."

Cet entretien passionnant, restitué dans un style très proche du parler oral, témoigne d'une connaissance intime du banditisme et d'un jugement lucide porté d'une voix forte sur ce monde sans paroles. "Chez les voyous, on ne dit jamais les crimes, on ne nomme jamais la faute. Personne ne va faire une phrase sur le meurtre." On pense plusieurs fois au terrorisme quand Chauma évoque "l'autre monde" qui n'est jamais pris en considération lors d'un braquage. "J'étais intrusif et m'autorisais à peser brutalement sur les autres", observe-t-il. Ou encore: "J'ai compris que la faute, c'était de s'immiscer dans la vie des gens qui ne vous ont rien demandé." Voir les autres comme de simples figurants, sans aucune empathie. Mais cette attitude témoigne aussi d'une aliénation qui empêche le braqueur de se percevoir lui-même comme un être humain complet. «"e suis scandalisé d'avoir fait autant d'années de prison. Si j'ai pu me faire ça à moi-même, c'est que je ne connaissais pas l'autre moi-même", témoigne-t-il. Et aussi: "Si on réfléchit aux conséquences, on ne le fait pas", mais le voyou ne s'imagine pas au tribunal, il ne perçoit pas le monde extérieur. Le terroriste, songe-t-on, est dans la même "logique": pour lui, il n'y aura pas de conséquence puisqu'il sera mort. Et pour les ados qui ont mis le feu à ce bus marse