EDITIONS ANTIPODES

Histoires vives d'une faculté

Récits d'acteurs et d'actrices de la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation

Nadine Fink, Nora Natchkova (dir.), Mathilde Freymond, Elphège Gobet (coll.)

2012, 264 pages,  32 chf,  25 €, ISBN 978-2-88901-082-0

 

Cet ouvrage est une histoire plurielle d'un milieu ­professionnel particulier: une faculté de l’Université de Genève. Trente-trois récits édités d’acteurs et d’actrices de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation tissent un portrait, des années 1960 à nos jours, à la fois collectif et ­personnel, intellectuel et institutionnel de leurs parcours.
Quel est le regard que chaque acteur et actrice porte sur son propre parcours? Quelles traces restent-elles dans les mémoires de figures comme Piaget et Huberman? du MLF? de Mai 68? Quelles étaient les conditions de production et de transmission des savoirs? Qu’en est-il des projets avortés, des renoncements, des croisées de chemins? Quel bilan personnel au terme de cette plongée dans le passé?
 En empruntant les voix de celles et ceux qui ont exercé leur métier au sein de cette institution, cet ouvrage d’histoire orale rend compte de l’épaisseur humaine de parcours professionnels traversés d’enthousiasmes, de déceptions et de questionnements, de temps heureux et de moments difficiles.
La démarche, levant le voile sur ce qui reste parfois dans l’ombre des sources écrites, nourrit la réflexion sur les évolutions et les équilibres fragiles de la vie personnelle et professionnelle.

 

Les autres livres de Nora Natchkova

 

 

 

 

 

Table des matières

 

Introduction. Une histoire à travers l'oral

Quelques repères historiques

I. Débuts à la faculté entre 1955 et 1968
    •    Sylvie Reichenbach
    •    Elsa Schmid-Kitsikis
    •    Magali Bovet
    •    André Bullinger
    •    Michelangelo Flückiger
    •    Henri Wermus
    •    Jean Retschitzki
    •    Pierre Dasen
    •    Christiane Robert Tissot
    •    Gisela Chatelanat
    •    Madelon Saada-Robert
    •    Alberto Munari
 
II. Débuts à la faculté entre 1969 et 1983
    •    Alex Blanchet
    •    Willem Doise
    •    Claude-Alain Hauert
    •    Jean-Paul Bronckart
    •    Pierre Furter
    •    Pierre Dominicé
    •    Marie-Christine Josso
    •    Michel Carton
    •    Johnny Stroumza
    •    Rosiska Darcy de Oliveira
    •    Martine Chaponnière
    •    Daniel Hameline
    •    Mireille Cifali Bega
    •    André Giordan
    •    Maria-Luisa Schubauer-Leoni



III. Débuts à la faculté entre 1984 et 1998
    •    Edmée Ollagnier
    •    Fredi Büchel
    •    Cléopâtre Montandon
    •    Christiane Perregaux
    •    François Audigier
    •    Patrick Mendelsohn



Épilogue

 

Articles

 

Dans la revue Histoire de l'éducation

Projet original, ce livre dessine le portrait d’une institution à partir de la transcription d’entretiens d’acteurs et d’actrices de la faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (FaPSE) de l’université de Genève. Réalisé pour le centenaire de l’institut Jean-Jacques Rousseau en 2012, il s’inscrit dans un ensemble de recherches portant sur l’institut et ses descendants dont certains ont pris des formes académiques plus habituelles. Ainsi, les éditrices annoncent qu’il s’agit: "[d’]une mise en commun de paroles multiples dans une structure organisée" (p. 7) et que "le dessein de l’ouvrage est de rendre compte de l’épaisseur humaine des parcours dans la FaPSE, des enthousiasmes, déceptions, moments difficiles et projets portés par les personnes qui la composent; d’ancrer le passé dans le présent" (p. 13). La "grande histoire" de la Faculté est par ailleurs disponible dans deux ouvrages, l’un publié par le collectif ERHISE en 2005, La Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation. L’institut Rousseau (1912) à la FPSE, 1975-2005; et l’autre en 2012 par Rita Hofstetter, Marc Ratcliff et Bernard Schneuwly, Cents ans de vie. 1912-2012. La Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation héritière de l’institut Rousseau et de l’ère piagétienne. Cet ensemble de travaux témoigne du dynamisme de la recherche collective menée à Genève autour de la recherche en éducation. L’audace méthodologique des histoires vives fait écho en creux aux prosopographies plus classiques réalisées en France depuis longtemps. En proposant des récits "bruts" mais ordonnés d’expériences de vie professionnelle, les auteurs de ce volume se situent dans le champ de l’histoire orale et s’inspirent de l’historiographie anglo-saxonne, notamment des travaux maintenant anciens (mais récemment traduits en français) de Studs Terkel sur l’histoire américaine. La perspective adoptée pour recueillir la parole des protagonistes est également redevable aux développements de l’histoire orale dans le domaine de l’histoire des femmes et du genre, du monde ouvrier et des mouvements de contestation. Ainsi cherche-t-on ici à sortir des schémas classiques de l’interprétation d’une institution académique pour prêter attention aux expériences subjectives sur un demi-siècle rythmé par des changements importants dans l’organisation de la recherche et de l’enseignement.

Organisé en trois temps – 1950-1968; 1969-1983; 1984-1998 – le livre présente les récits de trente-trois personnes qui ont eu des responsabilités importantes dans la FaPSE. Pour introduire l’ouvrage, les éditrices précisent avec soin leur manière de travailler, qui respecte strictement le matériel enregistré pour garder une forme orale; elles fournissent en outre "Quelques repères historiques" (pp. 21-25) qui permettent de mieux situer les récits de vie présentés. Les dix-neuf hommes et quatorze femmes qui livrent ainsi leur histoire genevoise sont des enseignants-chercheurs, à l’exception de deux femmes, qui ont travaillé dans l’administration. La présence d’autant de femmes est le résultat d’un des partis pris des éditrices et non la traduction d’un environnement de travail particulièrement égalitaire. Ces personnes prêtent leur voix une histoire polyphonique où les rapports humains et la nature de leurs engagements professionnels priment sur les connaissances produites et transmises. Le résultat est un ouvrage vivant et attachant qui peut se lire de manière fort différente en fonction des intérêts des lecteurs et de leur degré de connaissance du microcosme institutionnel.

Condensés en quelques pages chacun, les récits abordent sept thèmes qui ont été privilégiés lors des entretiens: l’arrivée à la faculté, les parcours personnel et professionnel, la recherche, l’enseignement, le moment de la thèse, l’institution elle-même, et l’ambiance au sein de celle-ci. Cette organisation permet de retrouver certaines constantes même si les expériences divergent beaucoup en fonction du sexe, des orientations scientifiques, des origines suisses ou étrangères et de la période d’arrivée dans la faculté. Les portraits ainsi dessinés sont très variés. Ils sont influencés par le rapport qu’entretiennent les enquêtés avec les grandes figures du moment et la place qu’ils occupent au sein d’une structure académique façonnée par des hiérarchies fortes et des règles implicites que le lecteur étranger ne saisit pas toujours. Dans ce sens, les récits des personnes venues de l’étranger, voire même d’autres cantons suisses, ou des personnes qui se sont senties marginales en raison de leur champ de recherche ou parce qu’elles étaient femmes sont parmi les plus stimulants, dans la mesure où ils proposent des formes de comparaison avec les profils des hommes genevois (phénomène que les éditrices n’ont pas mis en lumière dans leur courte introduction).

Le livre ne permet pas de tirer des généralisations des expériences racontées mais il montre néanmoins l’importance de l’esprit impulsé par les maîtres du lieu, à commencer par le Patron (Jean Piaget) qui prend sa retraite en 1971, puis par "Mike" Huberman (1941-2001) qui a permis aux sciences de l’éducation d’occuper une place plus importante aux côtés de la psychologie. Ceux et celles qui témoignent sont dans l’ensemble satisfaits, voire heureux, de leur long passage entre les murs d’une faculté qui a changé plusieurs fois de lieu. Cette satisfaction est cependant en partie le résultat du projet éditorial et du processus de fabrication du livre. En effet, une première annexe indique 70 personnes "pour qui un entretien a été envisagé ou réalisé". Deux sont décédées pendant la récolte de données (Pierre Bovet et Ariane Étienne), d’autres ont refusé, mais le lecteur ne sait pas lesquels, et enfin dix des quarante-trois interviewés n’ont finalement pas souhaité que leurs paroles paraissent. Les "absent-e-s", comme l’écrivent les éditrices, pèsent néanmoins sur le produit final et interrogent le lecteur extérieur. Leur absence est-elle le signe des oppositions et des tensions dont certains récits rendent compte? De quelle manière leurs témoignages auraient-ils changé la compréhension du fonctionnement institutionnel, ses succès et ses échecs? De façon générale, le lecteur extérieur au milieu genevois aimerait en savoir plus sur les "absent-e-s" qui paraissent si fréquemment dans les récits publiés et qui ont marqué leurs collègues, par exemple Michael Huberman, Barbara Imhelder, Laurent Pauli, ou Laurence Rieben1. L’index des noms de personnes citées est fort utile et permet des recoupements intéressants, mais pour mieux comprendre l’histoire de cette institution qui a connu son heure de gloire sous le règne de Piaget il faut se tourner vers d’autres livres. Reste que celui-ci propose un regard passionnant sur la manière dont les personnes ont vécu leur engagement dans une faculté pluridisciplinaire soumise à de fortes recompositions dans le dernier quart du XXe siècle.

Rebecca Rogers, Histoire de l’éducation, 137/2013, pp. 163-166

Notes:
1. Pour en savoir plus sur les personnalités marquantes décédées, voir <http://www.unige.ch/fapse/centenaire/personnes.html>.

 

Dans la revue en ligne Lectures / Liens Socio

Ce livre de témoignages sur l’histoire de la faculté de psychologie et de sciences de l’éducation de l’université de Genève est une initiative intéressante. Réalisé à partir d’entretiens avec des membres du corps enseignant ayant exercé leurs activités entre les années 1960 et les années 2000, il propose un survol de l’histoire de cette institution, de sa création en 1955 par Piaget sous la forme d’un centre interfacultaire à sa transformation en faculté à part entière. L’intérêt de l’ouvrage, et ses limites, résident à la fois dans la méthode et dans ses résultats.

Le parti pris initial est original. Il ne s’agit pas de faire l’histoire orale de la faculté, les entretiens n’ayant pas été menés en parallèle aux travaux historiques développés ces dernières années1, mais de proposer une autre approche de l’institution, plus individualisée et plus intime. Les auteurs n’ont donc pas cherché l’exhaustivité, ni même la représentativité de leur corpus, constitué de façon empirique en sollicitant ceux qui paraissaient avoir pris une part déterminante à cette histoire ("la mémoire des acteurs et des actrices de la FaPSE parti-e-s et ou sur le départ, ayant occupé des postes académiques d’autorité", p.9) mais sans tenter de neutraliser les biais inévitables liés à la disparition de certains d’entre eux ou au refus de certains autres de répondre à l’enquête. Les entretiens réalisés selon une grille commune ont ensuite été retranscrits, réécrits dans un style moins oral et reconstruits autour de grands thèmes.

Il s’ensuit un objet hybride, ni simple recueil de données absentes des archives, ni véritables récits de vie. Les contributions publiées ici sont courtes, environ 6 ou 7 pages par entretiens, organisées autour de quelques thématiques récurrentes: arrivée, ambiances, recherche, thèse, parcours, institutions, enseignement et précédées à chaque fois par une courte biographie. Un tel parti pris nécessitait inévitablement une forte justification méthodologique en introduction, qui s’avère au final un peu superficielle. Si l’on veut bien adhérer au projet d’un ouvrage qui entend "rendre visibles des facettes de la vie quotidienne d’universitaires dans le monde académique, des rapports personnels et intellectuels dont l’histoire institutionnelle ne rend pas toujours compte" (p.11), le lecteur n’est que moyennement convaincu par les références mobilisées. Et en particulier par le développement consacré à la nature problématique de la parole universitaire, réticente à l’oralisation du récit de vie. Il aurait été davantage fécond de s’interroger sur les positions respectives occupées par les différents témoins au sein de l’institution, peu lisibles au travers de leur courte biographie, afin de mieux mettre en perspective les différentes facettes des trajectoires et d’apporter des éléments de compréhension sur les discours.

Pour le lecteur non averti de l’histoire de cette faculté, ou de celle du système de l’enseignement supérieur genevois, une certaine curiosité se fait jour à la fin de l’introduction, quand vient le moment de s’engager dans la lecture des entretiens, sur sa capacité à comprendre la genèse et les évolutions de l’institution au travers de récits éparses et différemment articulés. Pourtant, c’est un sentiment de dévoilement qui s’opère. La lecture successive des témoignages, organisés chronologiquement, fait entrer au sein même de la faculté, physiquement et intellectuellement. Progressivement, par petites touches infimes se dessinent les contours d’une double organisation disciplinaire et institutionnelle et de ses transformations durant quatre décennies. On assiste au passage de relais entre les pionniers et le monde académique contemporain. On voit se mettre en place la formalisation de la recherche et de l’enseignement, la distinction entre enseignant et étudiants (moins formelle dans les années 1960 et 1970, avec des lieux de rencontres fructueuses telle que la cafétéria). On découvre les tensions et conflits, tant scientifiques qu’institutionnels, les rivalités, les solidarités, les stratégies individuelles. Le livre se lit avec plaisir, comme un roman multinarratif, dans lequel l’histoire se met en place progressivement selon des points de vue variés et complémentaires.

Il sera sans doute très précieux pour les spécialistes des sciences de l’éducation, mieux à même de comprendre les enjeux sous-jacents aux différentes positions, ainsi qu’aux spécialistes de l’histoire de l’enseignement supérieur suisse. Pour les autres, il n’en constitue pas moins une lecture intéressante et agréable, qui donne envie d’en savoir plus sur cette institution.


Emmanuelle Picard, Lectures, Les comptes rendus, 12 mars 2013, http://lectures.revues.org/10918

1. Rita Hostetter, Marc Ratcliff et Bernard Schneuwly, Cent ans de vie, 1912-2012. La faculté de psychologie et des sciences de l’éducation héritière de l’Institut Rousseau et de l‘ère piagétienne, Genève, Georg, 2012; et ERHISE, La faculté de psychologie et de sciences de l’éducation. De l’Institut Rousseau [1912] à la FPSE. 1975-2005, Genève, FaPSE, 2005.

 

Emission Babylone, TSR, 24 janvier 2013

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Dans l'Educateur

Voici une démarche originale pour raconter comment vit une Faculté, en l'espèce celle de psychologie de l'Université de Genève. Trente-trois acteurs et actrices apportent leurs témoignages, portant sur la période de 1960 à nos jours, sur ce milieu professionnel particulier. Ces récits ne sont pas déshumanisés: ils rendent compte des émotions et des tensions de parcours traversées d'enthousiasmes, de déceptions et de questionnements, de temps heureux et de moments difficiles. Et passent au tamis ce qui restera de ce passé récent: quelles traces demeurent dans les mémoires de figures comme Piaget ou Huberman? Du MLF? De Mai 68? Qu'en est-il des projets avortés, des renoncements, des croisées de chemin?

La richesse de ce livre provient de l'authenticité de ces confidences. A chaque page on sent vibrer une tranche de vie! Un prochain livre pour y retrouver d'autres acteurs?

Etiennette Vellas, l'Educateur, no. 11/2012