Un monde qui avait perdu sa réalité... Survivants juifs de l'Holocauste en Suisse

29,00 CHF
Réf.: 2-940146-35-7
"J'appelle cette image "Ma biographie". Elle pourrait être la biographie de chaque survivant de la Shoah. Nous avons ici la moitié supérieure, qui est vide. On voit que les lettres sont tombées, l'ordre est annihilé. C'est ainsi que j'explique l'époque de Hitler, les années 1933 à 1945 (...). L'Alef en haut à droite regarde en grande partie hors du cadre dessiné. Il a donc pu se sauver du chaos, de la Shoah. Mais son pied est dedans. Cela va le poursuivre durant toute sa vie. Il croit qu'il a pu se sauver. Il est vrai qu'il s'en est sauvé par le corps, mais il s'y trouve toujours par la pensée." (Extrait de l'entretien avec Fischel Rabinowicz, auteur du tableau figurant en couverture de ce livre.)

"J'appelle cette image "Ma biographie". Elle pourrait être la biographie de chaque survivant de la Shoah. Nous avons ici la moitié supérieure, qui est vide. On voit que les lettres sont tombées, l'ordre est annihilé. C'est ainsi que j'explique l'époque de Hitler, les années 1933 à 1945. Nous avons Alef, tout en haut dans le coin. Je reviendrai encore là-dessus. Les 21 lettres qui restent sont tombées, et dans cette chute, sept de ces 21 lettres se sont retournées. Elles sont en miroir. Elles sont marquées avec la couleur grise. Les autres sont en noir, dans leur position correcte. Les sept en couleur grise ont une signification particulière. Si elles étaient à l'endroit, elles auraient le sens de Bejt pour la Connaissance, de Gimel pour la Richesse, de Dalet pour la Procréation, de Kaf pour la Vie, de P pour la Force, de Rejsch pour la Paix et de Tav pour la Grâce. Mais elles peuvent aussi signaler leur contraire, soit l'Ignorance, la Pauvreté, la Stérilité, la Mort, l'Agonie, la Guerre et l'Ignominie. Il s'agit là d'une interprétation Kabbalistique que j'ai tirée de l'œuvre de Sefer Jetzirah. L'Alef en haut à droite regarde en grande partie hors du cadre dessiné. Il a donc pu se sauver du chaos, de la Shoah. Mais son pied est dedans. Cela va le poursuivre durant toute sa vie. Il croit qu'il a pu se sauver. Il est vrai qu'il s'en est sauvé par le corps, mais il s'y trouve toujours par la pensée."

(Extrait de l'entretien avec Fischel Rabinowicz, auteur du tableau figurant en couverture de ce livre.)

Cet ouvrage rassemble les témoignages de onze juifs d'Europe rescapés de la Shoah. Neuf de ces personnes vivent aujourd'hui en Suisse, car deux sont décédées entre-temps

  • Introduction (Raphael Gross, Eva Lezzi, Marc C. Richter)

  • "Penser a été la seule chose qui me soit restée. Personne n’a pu me l’interdire". Entretien avec Jan Noach Trajster (aujourd’hui décédé)      

  • "Avec cette solitude totale… j’ai erré à travers le monde". Entretien avec Golda L.      

  • "C’était un monde qui avait perdu sa réalité". Entretien avec Josef H.      

  • "J’ai toujours considéré que la Suisse était ma patrie". Entretien avec Reine Seidlitz (aujourd’hui décédée)      

  • "La Suisse n’avait pas d’autre choix que de collaborer et elle a collaboré…". Entretien avec Roland Kirilovsky     

  • "Le monde doit savoir". Entretien avec Fischel Rabinowicz     

  • "J’ai toujours été une étrangère, depuis ma naissance". Entretien avec Theodora D.     

  • "Comment venir à bout de cette fureur?". Entretien avec Judith Meyer-Glück   

  • "Si le Messie venait maintenant, il serait bien incapable de nous retrouver ici". Entretien avec Eduard Kornfeld     

  • "Je suis juif au plus profond de mon cœur. On ne peut pas me l’enlever, pas même Auschwitz." Entretien avec Otto Klein     

  • "Nous les survivants, nous ne devrions pas laisser les morts seuls…". Entretien avec B-8326     

Dans la Revue juive

En cette fin de cycle commémoratif des septante ans de la libération des camps et de la défaite du nazisme, la parole de celles et ceux ayant survécu à cette période résonne de manière particulière. Surtout lorsque, aujourd’hui presque tous morts, c’est en Suisse, où ils avaient (finalement) pu élire domicile. Qu’ils avaient accepté de se confier, souvent pour la première fois. Comme le fait remarquer Sophie Pavillon dans la postface de ce remarquable ouvrage collectif paru en 2003, même si des gens comme le socialiste Pierre Graber dénonçait dès le 13 août 1942 (dans La Sentinelle) la "Saint-Barthélemy moderne" que demeure la rafle du Vél d’Hiv, la Confédération avait pratiqué une politique d’accueil très restrictive et (bien que les toutes premières informations du Congrès juif mondial sur les camps soient parties de Genève) sévèrement "contrôlé" toutes les nouvelles sur ce qui se passait alentour.

Mais, aujourd’hui, non seulement les témoignages ou récits recueillis en 1997 continuent à nous en apprendre énormément sur "les choses humaines et la valeur de la vie". Avec en toile de fond les interrogations sur tout ce qui entoura les fameux fonds juifs "en déshérence", leur recueil et publication a marqué un tournant dans la prise de conscience collective. C’est donc avec une attention particulière qu’il faut lire ou relire les propos de Jan Noach Trajster, Golda L., Josef H., Reine Seidlitz, Roland Kirilovsky, Fischel Rabinowicz, Theodora D., Judith Meyer-Glück, Eduard Kornfeld, Otto Klein et B-8326. Premier de ces survivants à témoigner sur la réalité concentrationnaire comme sur l’accueil suisse, Jan Noach Trajster (aujourd’hui décédé) dit: "Penser a été la seule chose qui me soit restée. Personne n’a pu me l’interdire." Il venait de la ville polonaise de Kielce (Pologne) et y avait été arrêté en tant que Juif dès 1933. Déjà célèbre pour l’antisémitisme qui y sévissait, cette ville s’est encore illustrée par son pogrom de… 1946. De quoi faire dire au 3e intervenant, déporté à Sachshausen, la phrase ayant donné son titre à ce livre collectif. Sans ressentiment mais sous le signe de la lucidité et sans oublier d’autres aspects de la réalité décrite dans des récits comme, par exemple, celui de la très helvétique passeuse d’enfants juifs Anne-Marie Im Hof-Piguet. [...]

Olivier Kahn, //