La Suisse et la guerre d'indépendance algérienne (1954-1962)

41,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-076-9
La guerre d'indépendance algérienne marque par sa longueur et sa violence l’histoire du XXe siècle. Longtemps présentée comme un "événement de politique intérieure française", ce conflit a eu des conséquences bien au-delà. Cet ouvrage porte sur les impacts de cette terrible guerre de décolonisation sur la Suisse, en effet, directement touchée, et sur la politique de ses autorités. La confrontation des sources provenant des archives algériennes, françaises et suisses permet de donner un éclairage novateur à de nombreux moments clés du conflit. 

La guerre d'indépendance algérienne marque par sa longueur et sa violence l’histoire du XXe siècle. Longtemps présentée comme un "événement de politique intérieure française", cette guerre a eu des conséquences bien au-delà.

Pour la Suisse, le début de la guerre correspond à sa réintégration dans le nouvel ordre mondial, après les années difficiles de l’après Seconde Guerre mondiale. Le contexte de guerre froide ainsi que le mouvement planétaire de décolonisation lui offrent l’occasion de démontrer la réelle utilité de "sa neutralité" par l’engagement de sa diplomatie.

Mais le conflit algérien vient d’abord troubler les relations franco-suisses. La Suisse se trouve sous la pression de Paris, qui exige un soutien sans faille, et des pays du Proche et du Moyen-Orient qui critiquent toute attitude favorable à la France. Le suicide du procureur général de la Confédération, impliqué dans une affaire d’espionnage, marque en 1957 une rupture dans la politique de la Confédération vis-à-vis des Algériens. La Suisse va chercher à maintenir un équilibre entre les différents acteurs.

Les autorités suisses doivent gérer plusieurs dossiers sensibles liés à la guerre: présence de ressortissants suisses en Algérie; opinion publique suisse qui bascule en faveur des Algériens; présence de ressortissants algériens en Suisse.

L’auteur a eu la chance de pouvoir travailler dans les archives algériennes, françaises et suisses: la confrontation des sources lui permet de donner un éclairage novateur à de nombreux moments clés du conflit.

I. La Suisse et le début de la guerre d’indépendance algérienne

  • Suisse-France-Algérie (1945-1954), une mise en perspective structurelle

  • Une première année de guerre et ses multiples répercussions (1954-1955)

II.  Implications internationales et nationales de la guerre d’indépendance algérienne pour la Suisse

  • De la crise de Suez à l’Affaire Dubois

  • Du procès de la Légion étrangère, au débat sur la torture (1958-1960)

III. La Suisse et la fin du conflit. Des pourparlers aux accords d’Évian (1960-1962)

  • Présence et activités des Algériens et des milieux pro-FLN en Suisse

  • La Suisse et les Accords d’Évian
  • La Suisse et l’Algérie indépendante

Dans la revue Annales. Histoire, sciences sociales

"Berne, été 1954. La Coupe du monde de football, qui verra l’équipe de la République fédérale d’Allemagne remporter la finale contre le Onze d’or hongrois, bat son plein.
Descendu à l’hôtel Simplon, à deux pas de la gare, un groupe de ressortissants algériens tient des réunions secrètes. Leurs rencontres se renouvelleront les mois suivants. Les inspecteurs de la police fédérale, qui observent leurs allées et venues en vieille ville, ne saisissent pas la raison de leur présence ni, ne maîtrisant pas l’arabe, le contenu de leurs propos.
Le moment est pourtant capital. Ce n’est rien de moins que la décision de déclencher l’insurrection qui est prise" (p. 11). L’ouvrage de Damien Caron s’ouvre ainsi avec le rythme d’un polar, qui ne manque pas de rappeler à certains Le petit soldat de Jean-Luc Godard (1960), dans lequel Bruno Forestier – français, déserteur et membre de l’Organisation armée secrète (OAS) – doit tuer un journaliste proche du Front de libération nationale (FLN), en 1958, à Genève.
Il ne faut pas s’y tromper. Chercheur "calme de tempérament" (l’expression est de Pierre Vidal-Naquet, cité en exergue), D. Caron livre ici un travail minutieux d’histoire des relations internationales. Tiré de sa thèse et enrichi par une longue fréquentation des Archives fédérales (au sein de l’équipe des Documents diplomatiques suisses), l’ouvrage s’inscrit à plein titre dans le processus d’internationalisation que connaît l’historiographie de la guerre d’Indépendance algérienne depuis quelques années.
Si la production scientifique algérienne a commencé à être prise en compte à partir de la seconde moitié des années 19901, l’approche franco-algérienne dominante a été délaissée à partir des années 2000 et le conflit a été progressivement resitué dans sa véritable dimension méditerranéenne, internationale et, finalement, globale2. Dans cette perspective, l’ambition de l’auteur est double. Il s’agit, d’un côté, de combler un vide historiographique, la Suisse manquant "au tableau des ouvrages consacrés à l’impact du conflit sur les pays partenaires de la France", de l’autre, d’étudier plus précisément, par la consultation des "papiers d’État", les répercussions directes et indirectes de la guerre d’Indépendance algérienne sur les autorités suisses (p. 447).
L’auteur remplit son objectif grâce à une vaste mobilisation de source