Travail féminin: retour à l'ordre!

47,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-055-4
La crise économique des années 1930 s'accompagne d'une véritable offensive contre l’activité professionnelle féminine dans les services publics. Cet ouvrage propose une histoire croisée de cette offensive en Suisse et en France, en y intégrant la dimension internationale de la campagne contre l’emploi féminin. Cette approche permet de revisiter l’histoire politique, sociale, culturelle, économique et financière de cette période sous l’angle du genre et de renouveler un cadre d’analyse en histoire du travail et des féminismes.

La crise économique des années 1930 s’accompagne d’une véritable offensive contre l’activité professionnelle féminine dans les services publics.

Dans l’ensemble des pays industrialisés, le travail des femmes fonctionnaires devient un enjeu économique, politique, social, familial et moral. La généralisation du chômage suscite d’âpres discussions sur la répartition des postes de travail et les femmes fonctionnaires endossent le rôle de bouc émissaire. Les gouvernements et les autorités publiques des pays industrialisés plébiscitent, selon des modalités diverses, la "solution" d’une réglementation restrictive du travail des salariées des services publics.

Ce livre traite d’un épisode méconnu de l’histoire de la "ségrégation ordinaire" entre les sexes dans le monde du travail. Il montre que les nouvelles distinctions entre "travail masculin" et "travail féminin", intervenues dans les emplois publics durant les années 1930, ne reflètent pas des faits naturels mais qu’elles constituent l’aboutissement d’un long processus de différenciation engageant une multitude d’actrices et d’acteurs sociaux.

L’ouvrage propose une analyse croisée de l’offensive contre l’activité des salariées de la fonction publique en Suisse et en France, en y intégrant la dimension internationale de la campagne contre l’emploi féminin.

Cette approche permet de revisiter l’histoire politique, sociale, culturelle, économique et financière de cette période sous l’angle du genre et de renouveler un cadre d’analyse en histoire du travail et des féminismes.

Annexes à télécharger (pdf)

I. Le travail des femmes fonctionnaires, un "problème" international

  • Jalons de l'offensive internationale contre le travail féminin dans les emplois publics (1930-1938)
  • Le BIT et le droit au travail des femmes fonctionnaires
  • Les associations féministes internationales et la lutte pour le droit au travail des femmes

II. L’offensive contre le travail des femmes fonctionnaires en Suisse

  • Les signes avant-coureurs d’une remise en cause généralisée du droit au travail des femmes fonctionnaires (1927-1931)
  • Crise économique et travail féminin: la polémique sur les "doubles salaires" (1932-1934)
  • Restrictions budgétaires et division sexuelle du travail (1935-1937)

III. L’offensive contre le travail des femmes fonctionnaires en France

  • Émergence du "problème" du travail féminin (1931-1932)
  • La crise ou haro sur le travail des femmes fonctionnaires (1933-1936)
  • L’expérience du Front populaire: respect du travail féminin? (1936-1938)

Conclusion

Annexes disponibles sur www.antipodes.ch

Dans la revue Genre & Histoire

Travail féminin: retour à l’ordre! est un gros ouvrage, la publication de la thèse d’histoire de Céline Schoeni articulée dans une comparaison franco-suisse a priori improbable. Reste que ces deux pays ont, entre les deux guerres, des taux d’activité féminins élevés (un très gros tiers de la population active est composé de femmes) et que les femmes n’y ont le droit ni de vote, ni d’éligibilité. Là comme ailleurs, les associations féministes de toutes obédiences (confessionnelles, laïques, professionnelles) et les syndicats corporatistes féminins (comme le Groupement des femmes fonctionnaires de la CGT en France) sont actifs pour la défense des droits au travail et arrimés à des liens internationaux dont le Bureau international du Travail (BIT) de Genève est un des pivots dès les lendemains de la Première Guerre mondiale.
C. Schoeni a privilégié l’étude du temps court (1927-1938), soit la crise économique des années 1930 et ses prémisses, observé d’abord dans un contexte transnational avec le BIT et les associations féministes (première partie), puis en Suisse (deuxième partie) et en France (troisième partie), une option qui lui permet de contourner la difficulté comparative puisque les deux pays ont des institutions fort différentes: les politiques suisses se déroulent dans un contexte fédéral aux échelons multiples et où cantons et communes ont loisir d’agir de manière différenciée, quand les politiques françaises sont jacobines et unifiées.
C’est un des intérêts de l’ouvrage que de mettre d’une part l’accent sur le rôle du BIT, de ses enquêtes et de ses rapports dans la mise en perspective des diverses politiques nationales, et, d’autre part, sur celui des associations féministes pour la défense de la place des femmes sur le marché du travail et notamment les fonctionnaires, objets de la recherche. À Genève s’élaborent des normes, des résolutions et des conventions, qui peuvent d’ailleurs n’être que des principes ou des vœux pieux en matière d’égalité des sexes. Est bien mise en valeur ici la circulation internationale des idées féministes (en particulier avec l’International Council of Women / Conseil international des Femmes et l’Open Door international), le plus souvent articulée dans une prégnance de la vision d’une complémentarité des sexes, mais aussi la vitalité du mouvement de défense de la place des femmes sur le marché du travail, en particulier