On ne monte pas sur les barricades pour réclamer le frigidaire pour tous

26,00 CHF
Réf.: 978-2-940146-94-9
Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, le Parti socialiste vaudois tente de survivre à une scission qui, en 1939, l'avait amputé de l'immense majorité de ses membres. Menacé par le jeune POP, il mène une lutte contre ce meilleur ennemi qui lui conteste son rang de parti des travailleurs. Peu à peu, il l'emporte…et entame, dès 1947, une progression fulgurante. Il s'en prend alors à un Parti radical hégémonique mais vieillissant. En jouant sur le double tableau de la participation gouvernementale et de l'alternative aux partis en place, doté de quelques fortes têtes comme Charles Sollberger, Serge Maret et surtout Pierre Graber, il devient rapidement l'une des principales forces du canton.

Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, le Parti socialiste vaudois tente de survivre à une scission qui, en 1939, l'avait amputé de l'immense majorité de ses membres. Menacé par le jeune POP, il mène une lutte contre ce meilleur ennemi qui lui conteste son rang de parti des travailleurs. Peu à peu, il l'emporte…et entame, dès 1947, une progression fulgurante. Il s'en prend alors à un Parti radical hégémonique mais vieillissant. En jouant sur le double tableau de la participation gouvernementale et de l'alternative aux partis en place, doté de quelques fortes têtes comme Charles Sollberger, Serge Maret et surtout Pierre Graber, il devient rapidement l'une des principales forces du canton.

Comment le Parti socialiste vaudois parvient-il à ce résultat? Parallèlement à sa progression dans les urnes, sa structure évolue: création d'une base solide de militants, autonomisation d'une classe de cadres et système de financement tirant profit des victoires électorales sont trois des principaux piliers qui font du PSV un outil électoral capable d'assumer son rôle de premier plan.

Peu à peu, au fil des procès-verbaux et des articles de presse, au gré des joutes électorales et des congrès, on voit comment se comporte une petite formation face à ce que l'historien Jacques Droz appelle "la contradiction profonde dans laquelle se débat la social-démocratie", l'intégration progressive à un système que l'on s'était promis d'abattre.

Dans la revue électronique Dissidences

Julien Wicki est licencié en Histoire contemporaine à Lausanne; il s'intéresse ici, dans cet ouvrage issu d'une recherche équivalente au Master, au parti socialiste vaudois (PSV). Le dépaysement est de courte durée, puisque l'évolution dudit parti s'inscrit, de 1945 à 1971, dans les rythmes politiques et sociologiques du socialisme européen. Pour autant, le détour vaudois vaut qu'on s'y attarde, ne serait-ce que par le titre de l'ouvrage, emprunté à un slogan de 1963, ornant la couverture d'une nouvelle revue socialiste, Domaine Public.

En fait, c'est l'histoire d'une intégration du PSV aux majorités bourgeoises que narre l'ouvrage, le PSV perdant peu à peu le cœur de son électorat populaire. Face à une concurrence de gauche (POP), le PSV puise peu à peu sa légitimité-et les raisons de sa survie-dans l'exercice des exécutifs, manne financière par le biais des mandats. On retrouve dans ce rapport au pouvoir, comme le note Julien Wicki, une topique commune au socialisme européen (SPD, SFIO, Labour Party notamment). L'évolution se marque aussi sociologiquement, le PSV se muant d'un parti ouvrier à un parti de cols blancs. Pour le lecteur étranger aux arcanes de la politique suisse, il y a là des repères, des éléments à méditer pour se saisir de la dynamique proprement interne d'un parti mené par la main de fer de Graber. Le réalisme pragmatique guide l'évolution d'un PSV finalement peu attentif à la modernité sociale dès lors que celle-ci ne mord pas sur le terrain électoral (ainsi du féminisme). L'auteur conclut sur une interrogation: "pourquoi la Suisse n'a-t-elle pas connu de gouvernement de gauche?", à laquelle il répond par l'addition des erreurs du PSV et l'absence des conditions sociales propices à la prise du pouvoir.
Je voudrai conclure autrement cette courte recension. D'abord en invitant à lire cette monographie, en regard notamment de la société des socialistes français étudiée par Fr