Au foyer de l'inégalité. La division du travail en Suisse pendant la crise des années 30 et la Deuxième Guerre mondiale

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Réf.: 2-940146-56-X
Ces études historiques font la démonstration que la segmentation et la hiérarchisation du marché du travail ne reflètent pas des faits "naturels". Il s'agit bien au contraire de l'effet de modèles culturels qui reposent sur des choix délibérés et surtout d'un long travail social de différenciation qui fait apparaître le statut inférieur des femmes comme la simple expression économique et sociale d'une réalité prétendument naturelle, car basée sur le biologique.

Ces études historiques font la démonstration que la segmentation et la hiérarchisation du marché du travail ne reflètent pas des faits "naturels". Il s'agit bien au contraire de l'effet de modèles culturels qui reposent sur des choix délibérés et surtout d'un long travail social de différenciation qui fait apparaître le statut inférieur des femmes comme la simple expression économique et sociale d'une réalité prétendument naturelle, car basée sur le biologique.

Cette construction sociale ainsi naturalisée engage à chaque période historique de nombreux acteurs, mais ses résultats restent toujours ouverts. Si, dans la période étudiée, la division sexuelle du travail est certes maintenue à travers les évolutions conjoncturelles, les mutations sur le marché de l'emploi et la rationalisation des tâches, il aura fallu d'énormes investissements politiques pour produire ce résultat. En le reconstruisant, ces études de cas illustrent un aspect fondamental de la domination masculine.

Préface (Brigitte Studer)

Introduction (Sabine Christe, Nora Natchkova, Marion Schick, Céline Schoeni)

Entre angoisse masculine et profit patronal: jalons de l'évolution du travail féminin en Suisse, 1888-1945 (Nora Natchkova, Céline Schoeni)

  • Apports et limites des sources statistiques

  • L'évolution sexuée du salariat en Suisse (1888-1945)

  • Contexte sociopolitique des transformations du salariat (1930-1945)

La lutte contre les doubles salaires et l'emploi féminin dans les années 30 (Céline Schoeni)

  • Les enjeux de la lutte contre les doubles salaires dans les années 30

  • L'offensive vaudoise contre les doubles salaires et le travail féminin

  • La loi sur l'instruction publique de 1930 et la tentative d'éviction des institutrices mariées

  • Deuxième essais d'éviction des institutrices mariées: la révision de la loi scolaire vaudoise en 1937

  • Logique commune des attaques envers les institutrices

  • Conclusion

 Etude de la politique patronale face à la main-d'oeuvre féminine en Suisse, 1939-1946 (Nora Natchkova)

  • Début de la guerre: mobilisations et problèmes de gestion de la main-d'oeuvre (1939-1941)

  • Bonne conjoncture, mais conjoncture de guerre: gestion de la main d'oeuvre entre peurs et réalités (1942-1944)

  • Fin de la Deuxième Guerre mondiale: de la crainte du chomâge masculin à la pénurie de main-d'oeuvre (1945-1946)

  • Conclusion

 Les ouvrières chez Paillard: le caractère transversal de la discrimination sexuée, 1937-1948 (Manon Schick)

  • L'emploi féminin dans le secteur des machines et chez Paillard

  • Hommes au front, femmes à la production? La gestion de la main d'oeuvre pendant les mobilisations

  • Salaire et prestations sociales: les femmes constamment discriminées

  • Conclusion

 "A travail égal, salaire égal", une revendication féministe? Les conflits du Cadran Métal, 1937-1946 (Sabine Christe)

  • Chronique du premier conflit dans le secteur du cadran métal en 1937

Histoire: Manon Schick, porte-parole de la section suisse d'Amensty International, cosigne un ouvrage de recherche édifiant sur la division sexuelle du travail en Suisse entre 1930 et 1948. Interview.

Plongée aux sources de l'inégalité

Pour que leurs recherches sur le travail féminin en Suisse avant, pendant et juste après la Seconde Guerre mondiale ne restent pas lettre morte, quatre licenciées en lettres de l'Université de Lausanne ont retravaillé leurs mémoires de licence. Tout juste sortie de presse aux Editions Antipodes, leur œuvre collective jette une lumière crue sur les origines de la division sexuelle du travail dans notre pays.

-Au foyer de l'inégalité n'est pas un ouvrage militant mais le fruit des recherches de quatre historiennes. Cependant, vous n'avez pas choisi ce sujet par hasard. Etes-vous féministe?

Sans, aucun doute., Et je suis plutôt agacée par ce discours péjoratif qui a cours sur le féminisme. Pour moi, être féministe consiste à défendre des droits fondamentaux. Il est vrai que quand je suis née, ma mère avait déjà le droit de vote. Mais même s'il y a eu des progrès indéniables, l'égalité n'est pas encore réalisée. Ce combat n'appartient pas au passé.

-Avez-vous eu des surprises en vous penchant, sur le berceau de l'inégalité à travers l'exemple de l'entreprise vaudoise Paillard?

J'ai été très, très surprise en fait. Je ne pensais vraiment pas que la discrimination se situait à ce point à tous les niveaux. On savait, évidemment, que les femmes étaient moins, bien payées que les hommes par exemple. Mais de là à imaginer dans quelles proportions leurs salaires étaient inférieurs! Et le peu de gens qui trouvaient cela anormal! Ces inégalités se manifestaient jusque dans les prestations sociales. L'exemple le plus frappant est l'assurance maladie: pour la même cotisation, les ouvrières de l'entreprise Paillard recevaient une indemnité presque deux fois plus faible que leurs collègues masculins.

-Quels mécanismes étaient à l'œuvre à l'époque pour faire des femmes une catégorie à part du salariat?

Un processus assez courant était la ségrégation spatiale. On ne mettait pas les femmes dans la même chaîne de montage de façon à ce qu'elles ne puissent pas se rendre compte qu'elles faisaient le même travail que les hommes pour les deux tiers de leur salaire. Autre mécanisme souvent constaté: l'absence de nom po