Grandeurs et misères de la presse politique

31,00 CHF
Réf.: 978-2-940146-99-4
2010, 325 pages,  31 chf,  25 €, ISBN 978-2-940146-99-4

La Gazette de Lausanne (1898-1991) et Le Journal de Genève (1826-1998) ont été des quotidiens parmi les plus fameux de Suisse, appartenant tous deux dès la fin du XIXe siècle au club select des journaux dits "de référence", tissant entre eux une relation étrange faite à la fois de connivence et de concurrence. Ils ont défendu au coude à coude un même idéal politique libéral-conservateur et ont plaidé pour la sauvegarde d'une presse politique de qualité, jugée nécessaire au débat démocratique. Mais ils se sont aussi violemment combattus l'un l'autre pour s'imposer sur un marché saturé, de plus en plus dominé par la presse d'information.

Basé sur une riche documentation inédite, neuf dans son approche comparatiste, ce livre part de cet affrontement pour raconter comment la presse politique, seule légitime au tournant du XXe siècle, doit peu à peu céder sa place à une presse politiquement neutre, dite bientôt "d'information", qui s'impose d'abord économiquement, par la force de ses tirages, puis moralement, en faisant admettre que l'information est la mission première du journalisme, plus importante que le commentaire et le positionnement politique.

Dans la revue Traverse

À travers l’évolution des deux "étoiles" aujourd’hui éteintes de la presse libérale conservatrice romande, c’est tout un univers qui est dévoilé en un récit rythmé et adroitement tressé. Il faut dire que le "match" centenaire (1880-1990) qui a opposé la Gazette de Lausanne et le Journal de Genève s’est disputé en plusieurs parties imbriquées, certains joueurs passant d’un terrain à l’autre au gré d’échelles et de règles économiques et journalistiques changeantes. Au-dessus des décideurs (rédaction, conseil d’administration, parti libéral) règnent un grand arbitre et son adjoint, le lectorat et les annonceurs, dont la sanction ne manque jamais de tomber. Le marché est une donnée omniprésente, qui tend parfois à occulter le duel entre les deux quotidiens, à mesure que progresse leur ennemie commune, la presse d’information dite "neutre" apparue à la fin du XIXe siècle.

Le jeu est tantôt mené par la Gazette, tantôt par le Journal qui, de bout en bout, oscillent entre deux options: soutenir la lutte politique au niveau local pour répondre aux vœux du conseil d’administration ou laisser ce terrain à d’autres titres pour embrasser un horizon plus large. Si la Gazette aspire à dominer l’espace romand, le Journal entend se profiler comme quotidien sérieux d’audience internationale. Pour satisfaire ces ambitions, deux grandes rubriques, littéraire et internationale, donnent le ton. Il s’avère toutefois difficile d’exceller simultanément dans l’une et l’autre. Lorsque, dans les années 1870, le Journal s’impose jusqu’en France par le sérieux du bulletin international de Marc Debrit, la Gazette n’a pas encore la réputation littéraire qu’elle n’acquerra qu’à partir de 1890. Elle participera alors à la structuration du champ littéraire romand grâce à une équipe de jeunes critiques qui feront sa renomm&ea