Un métier désenchanté

23,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-001-1
Depuis les années 1970, l'école secondaire a profondément changé, dans le prolongement des mutations sociales. L'école d'aujourd'hui n'est plus celle d'hier; et le métier d'enseignant non plus. Or, la génération des enseignant·e·s qui ont vécu l'ensemble de ces transformations arrive actuellement en fin de parcours professionnel. Sur la base d'entretiens, l'ouvrage présente et analyse les dimensions essentielles des changements intervenus: évolution de la relation aux élèves, des rapports avec les parents, pressions sociales croissantes sur l'école, perte de prestige du métier. Le désenchantement est général, mais demeure le sens que chacun·e continue à donner au travail quotidien avec les élèves.

Depuis les années 1970, l'école secondaire a profondément changé, dans le prolongement des mutations sociales. L'école d'aujourd'hui n'est plus celle d'hier; et le métier d'enseignant non plus.

Or, la génération des enseignant·e·s qui ont vécu l'ensemble de ces transformations arrive actuellement en fin de parcours professionnel. Sur la base d'entretiens, l'ouvrage présente et analyse les dimensions essentielles des changements intervenus. La perspective est sociologique et l'approche compréhensive. Il n'est pas question de méthodes d'enseignement, mais bien de ce qui constitue le cœur du métier, sa nature relationnelle: évolution de la relation aux élèves, des rapports avec les parents, pressions sociales croissantes sur l'école, perte de prestige du métier.

C'est l'écoute de ces enseignant·e·s qui est ici première, et qui fonde la réflexion. Ce parti est conforté par le constat qu'on entend rarement les enseignant·e·s  s'exprimer sur leur pratique quotidienne du métier. A travers les nombreux extraits des entretiens, on mesure à la fois le socle commun de l'expérience professionnelle et la diversité des vécus individuels.

L'ouvrage dessine ainsi l'esquisse d'une biographie sociale de cette génération d'enseignant·e·s. Le désenchantement progressif qu'elle a éprouvé est celui de l'institution scolaire et du métier. Mais demeure le sens que chacun·e continue à donner au travail quotidien avec les élèves.

Dans la revue en ligne Lectures / Liens Socio

Comme à chaque campagne électorale, la compétition pour figurer en tête de l'agenda politique bat son plein. Talonnant l'emploi et la fiscalité, l'éducation occupe cette année une place de choix, même si, il faut bien l'avouer, elle est souvent réduite à la question des "60'000 postes" dans l'Éducation nationale supprimés lors du quinquennat de l'actuel président de la République et qu'il s'agirait ou non de rétablir. Reste qu'à cette approche purement "quantitative", certaines voix font valoir la nécessité de réfléchir également à la dimension qualitative du métier d'enseignant. Son contenu a en effet été également ébranlé au cours des cinq dernières années, notamment pour les nouveaux entrants, avec la suppression du stage et la nécessité de disposer désormais d'un Master pour se présenter au concours. Et de même que les analystes des mouvements sociaux rappellent combien il est illusoire de chercher à séparer revendications "expressives" et "matérielles"1, de même est-il trompeur de distinguer revendications de "postes" et protestation de conditions de travail dégradées dans le cas enseignant. Si, proximité sociale aidant, les sociologues ont beaucoup enquêté sur les métiers éducatifs - enseignant, chefs d'établissement, mais aussi élèves dans leurs multiples dimensions2, il n'est donc pas inutile pour autant aujourd'hui de continuer à labourer ce champ, tant son terreau ne cesse de se renouveler.

C'est ce que propose ce (court) ouvrage de Françoise Gavillet-Mentha, avec néanmoins plusieurs spécificités qui mérite qu'on s'y arrête. Tout d'abord, celui-ci se situe dans le contexte suisse, romand pour être précis et vaudois pour l'être encore davantage, permettant un dépaysement et donc une mise à distance autant qu'un point de comparaison appréciables. Ensuite, son auteure a elle-même longtemps exercé la profession d'enseignante de lettres avant de reprendre des études de sociologie - et ce livre est en fait tiré de son (remarquable) mémoire de diplôme d'études approfondies (dirigé par Franz Schultheis), et livre de ce fait ici une enquête nourrie de sa propre expérience. Enfin parce qu'elle propose de questionner la thèse aujourd'hui répandue de la "crise des vocations" dans cette profession en partant de l'analyse d'une cohorte - non pas celle des nouveaux entrants, mais au contraire celle des "baby-boomers" en fin de carrière