Le Gueux philosophe (Jean-Jacques Rousseau)

19,00 CHF
Réf.: 2-940146-32-2
Lorsqu'il devient copiste de musique indépendant, dès 1752, Jean-Jacques Rousseau invente une "posture" littéraire originale. Il prend appui sur sa condition décalée de roturier genevois, étranger au monde parisien des lettres et impose un discours dégagé sur le monde social, les inégalités, l'éducation, qui ne doivent rien à l'obéissance aux Grands du royaume ni à leur protection.

Lorsqu'il devient copiste de musique indépendant, dès 1752, Jean-Jacques Rousseau invente une "posture" littéraire originale. Il prend appui sur sa condition décalée de roturier genevois, étranger au monde parisien des lettres et impose un discours dégagé sur le monde social, les inégalités, l'éducation, qui ne doivent rien à l'obéissance aux Grands du royaume ni à leur protection.

Dans ses textes autobiographiques, Rousseau se donne une image d'homme "pauvre" et "obscur", sincère et direct, de fier républicain dédaigneux des coutumes de la France royale. Il met ainsi en scène une nouvelle légitimation démocratique que le Contrat social va formuler.

Abordée sous l'angle de cette humble posture, la querelle avec Voltaire-qui le raille comme "gueux" et "valet suisse"-apparaît comme l'affrontement entre deux conceptions du statut des intellectuels: contre l'élitisme voltairien, Rousseau en appelle, pour la première fois, à l'autorité du grand nombre contre celle des "riches" et des lettrés. Le voilà homme commun parlant pour les hommes du commun.

L'essai est suivi d'un entretien entre Yvette Jaggi et l'auteur sur "Rousseau et la politique, aujourd'hui ".

"A travers la figure de Rousseau, il y a quelque chose de nouveau qui apparaît au cours du 18e siècle, et qui se perpétue jusqu'à nous, à savoir une posture consistant pour l'intellectuel ou l'artiste à se tenir à distance des milieux du pouvoir et à acquérir une forme d'autonomie économique propre à garantir l'indépendance de son expression." (88) C'est ainsi que Jérôme Meizoz, dans son dernier livre, pose à nouveau la question qu'il avait déjà abordée dans divers articles récents ("Recherche sur la posture: Rousseau", Littérature 126, Paris, Larousse, juin 2002, 3-17 ou "Un style franc grossier: posture et étoffe de L.-F. Céline", Les Temps modernes 611-612, décembre 2000-février 2001, 84-109); celle de la posture-et celle de la postérité-dans le contexte de la création, notamment littéraire.

Structuré en trois parties distinctes, Le Gueux philosophe sédimente des textes de nature diverse, étrangement autonomes les uns des autres. La première partie, divisée en sept courts chapitres, convoque "la figure de Rousseau" pour en faire le paradigme de l'intellectuel au sortir de l'Ancien Régime. La notion de "posture" sert à définir les caractéristiques identitaires à la fois de l'écrivain et de son œuvre, entendues comme une "construction de soi". (16) Jean-Jacques Rousseau retient l'attention parce qu'il disloque l'ordre établi dans la République des lettres et subvertit les rapports usuels entre l'écrivain ("l'intellectuel") et le pouvoir politique. À travers Rousseau, c'est l'avènement de l'écriture en tant que champ autonome du discours qu'évoque Jérôme Meizoz. Par distanciation critique, rupture et redéfinition originale de soi, "Rousseau reconsidère son existence, se donne par l'écriture une identité narrative [… ] et institue son propre lieu de parole, garants d'une différence spécifique". (11) Production littéraire, représentation de la place et du statut social, relation personnelle au monde sont si profondément imbriquées qu'elles aboutissent à "un nouveau modèle de légitimation de l'intellectuel, sur le principe d'une qualification par les humbles". (9) Rousseau active les archétypes de l'artisan, du citoyen genevois, de l'étranger, du provincial au profit d'une évacuation des lieux et des mécanismes ordinaires de la production culturelle des élites du 18e siècle: mécénat, clientélisme aristocratique, salons littéraires sont autant de lieux corrupteurs auxquels Rousseau oppose la v