De l’école à la scène

28,00 CHF
Réf.: 978-2-88901-098-1
Cet ouvrage propose une analyse des débuts de carrière dans le théâtre, un univers artistique à la fois saturé et toujours en quête de sang neuf. Plutôt qu’une perspective d’en haut, celle du pouvoir, des décideur·e·s ou des administrateurs et administratrices, c’est la voix des comédiens et des comédiennes récemment diplômé·e·s et le récit de leur quotidien professionnel que ce livre privilégie. Les résultats de cette enquête renvoient aux tensions auxquelles sont confronté·e·s ces jeunes professionnel·le·s entre opportunités et précarité, art et artisanat, vocation et incertitude.

Depuis le mouvement de tertiarisation des formations supérieures, la question de "l’insertion professionnelle" a gagné en importance. La situation dans les professions artistiques reste peu investiguée. Comment comprendre alors le formidable pouvoir d’appel exercé par ces métiers pourtant réputés précaires?

Au travers du cas des comédiens et des comédiennes issu·e·s de la Manufacture, seule haute école de théâtre active en Suisse romande, cet ouvrage prend le parti d’interroger le phénomène, non pas comme un problème politique ou économique, mais sous un angle sociologique, existentiel et critique.

Détenir un titre de haute école spécialisée fait-il une différence sur le marché? Y a-t-il des stratégies et des circonstances d’entrée dans le métier respectivement plus payantes ou favorables que d’autres? Bref, comment s’en sortir? Et comment garder foi et goût dans le théâtre alors que le maintien en emploi demeure plus qu’incertain?

En examinant les conditions structurelles, institutionnelles et individuelles d’arrivée dans le métier, ce sont les configurations et les profils spécifiques aux débuts de carrière dans un univers artistique à la fois saturé et toujours en quête de sang neuf que ce livre propose de mettre au jour.

Introduction

Étudier les arts, explorer le théâtre

  • Des origines d'un domaine d'études: les professions artistiques
  • La transition de l'école à la scène, entre marchés et réseaux
  • L'entrée dans le métier: état de la situation en Suisse
  • Le terrain des comédien·ne·s, méthodologie d'enquête

Fabriquer des comédien·ne·s

  • Une nouvelle école de théâtre dans le champ francophone
  • Produire la singularité: le travail de sélection des candidat·e·s
  • "Tertiariser" la formation: des modèles d'apprentissage paradoxaux
  • Baliser l'incertain: préparer à l'entrée dans le métier
  • Quitter l'école, une perspective réjouissante et angoissante

Trouver des engagements

  • Le travail invisible de recherche de travail: des stratégies hiérarchisées
  • Un modèle entrepreneurial: créer ses propres opportunités de travail
  • Privilégier la rencontre: développer et cultiver ses contacts
  • Communiquer sur soi, l'autopromotion en question

Se faire élire

  • La prévalence de processus d'élection informels
  • Les critères de l'élection: entre performance, affinité et naturalisme
  • La force des réseaux: entretenir et élargir les cercles théâtraux
  • L'école comme tissu d'opportunités professionnelles

Savoir collaborer

  • La triple dimension des relations de travail
  • L'apprentissage et la gestion des relations de pouvoir
  • Une division des tâches claire pour de bons rapports de travail
  • "Créacteurs" versus "int

Dans la Revue suisse de sociologie

Les conditions d’entrée dans un métier réputé précaire et la période transitoire entre formation et profession artistique sont des terrains sous-investigués en Suisse. L’enquête de Valérie Rolle et Olivier Moeschler apporte donc une contribution importante à l’analyse sociale des métiers artistiques et de la formation professionnelle initiale. De l’école à la scène est le produit d’une enquête réalisée dans une école de théâtre, la Manufacture, sise à Lausanne. À partir d’une population restreinte de soixante individus, les sociologues couvrent de façon exhaustive les quatre premières promotions issues de l’école, entre 2006 et 2010. À l’intersection d’une sociologie des arts, de la culture et du travail, la recherche prend appui sur une méthodologie mixte et s’ordonne autour de six chapitres qui pourraient être synthétisés en trois grands axes analytiques: la fabrique des comédien·ne·s, l’entrée dans le métier et le maintien par la diversification.

Dans les deux premiers chapitres du livre, "étudier les arts, explorer le théâtre" et "fabriquer des comédien·ne·s", les auteur·e·s prennent appui sur des enquêtes antérieures pour montrer comment la position sociale des apprenti·e·s comédien·ne·s s’inscrit dans plusieurs paradoxes (caractère vs. malléabilité, singularité vs. exemplarité, entrepreneuriat vs. interdépendance). Le "problème social" de l’insertion professionnelle est finement analysé: Valérie Rolle et Olivier Moeschler montrent en effet que cette question émerge en même temps que le processus de réforme de l’enseignement supérieur européen et qu’il touche une catégorie, "la jeunesse". La division entre jeunes et vieux permet de