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Nouvelles parutionsLe héros était une femme...Le Genre de l'aventureLoïse Bilat, Gianni Haver (dir.)2011, 268 pages, 38 chf, 25 €, ISBN 978-2-88901-050-9
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Je ne pense qu'à ça!Longtemps, dans les grands récits, les héroïnes n'étaient pas des héros. Elles les accompagnaient, leur étaient promises ou étaient leurs victimes. Pénélope attend le retour d'Ulysse, Marianne aime Robin des Bois, Chimène est la récompense du Cid. De fait, les histoires où les héros sont des femmes, menant une quête libératrice ou mystique, traversant mille épreuves, restent rares. Le héros est presque toujours un homme. Aujourd'hui, après les luttes pour l'égalité des sexes, les héroïnes se multiplient-elles? Pas vraiment. C'est le constat de l'étude Le héros était une femme... de Loïse Bilat et Gianni Haver (éd. Antipodes). Prenez Beatrix Kiddo, la sabreuse de Kill Bill. Personne ne peut croire que, avec sa silhouette de mannequin, elle soit capable de découper en morceaux autant d'ennemis. Et puis, Beatrix agit pour venger son mari et protéger son enfant. Elle ne cherche pas à sauver le monde, elle reste une épouse blessée. Quant à Catwoman, elle a troqué la cape-parachute de Batman pour une jupette; et tombe amoureuse. Lara Croft bataille en petite tenue. Toutes ces héroïnes demeurent rabattues dans les clichés du féminin. On assiste au même réductionnisme en politique. On met Valérie Trierweiler en "une" de Paris Match: "L'atout charme de Hollande". On reproche à Nathalie Kosciusko-Morizet d'être trop BCBG. On tacle Eva Joly sur ses colères. Ce ne sont pas des héroïnes. Ce sont des femmes. Frédéric Joignot, M le magazine duMonde, 23 février 2012
Super-nanas?Le héros décliné au fémininAlors qu'elles sont de plus en plus nombreuses à peupler nos fictions, l'on pourrait croire que les héroïnes parviendraient enfin à se faire une place dans notre culture, ouvrant alors d'autres formes de récits et participant de fait à une reconnaissance de la femme dans des domaines jusque là considérés comme incompatibles avec sa place dans la société. C'est en quelque sorte ce projet idéal, le but ultime de l'héroïcité déclinée au féminin: libérer de tels personnages du joug patriarcal et faire valoir leurs pouvoirs au même titre que la gent masculine. Deux chercheurs, Loïse Bilat et Gianni Haver, posent alors cette question de l'agencement entre masculin et féminin dans les productions culturelles "grand public" mettant en avant une héroïne. En étudiant la relation entre l'héroïne et le contexte patriarcal dans lequel évolue généralement cette dernière, Bilat et Haver s'intéressent à la construction des représentations, à leur réception dans la société. Dans le premier essai du livre, qu'ils cosignent, les auteurs posent les bases de leur étude sur l'héroïcité à travers l'outil "genre" et relèvent déjà un aspect problématique: l'héroïne n'est pas l'alter ego du héro. En effet, dans le langage commun, le concept d'héroïne ne détermine pas l'aspect extraordinaire du personnage ni ne lui confère automatiquement le rôle de personnage principal. Les auteurs proposent alors de qualifier ces personnages féminins hors norme et héroïque, des "héros féminins". Plus qu'une nuance ou un simple effet de langage, cette distinction permet réellement de se positionner de façon critique vis-à-vis de l'héroïsme décliné au féminin. Sont ainsi passés au crible le schéma actanciel des fictions, le rapport à la violence, au spectaculaire, la question de l'hypersexualisation. En conclusion, les deux chercheurs estiment que le héros féminin reste majoritairement enfermé dans des rôles stéréotypés qui annulent le potentiel subversif qu'on serait tenté de lui attribuer. Pour appuyer ce constat, Loïse Bilat et Gianni Haver ont fait appel à plusieurs chercheurs français, belges, suédois ou encore canadiens. Au total, l'ouvrage propose 14 articles chacun autour d'un héros féminin particulier, issu aussi bien de films, que de bandes dessinées ou de jeux vidéo. Ce large panel de figures héroïques et surtout cette diversité de champs artistiques permettent alors de voir comment la culture populaire, en général, appréhende l'agencement de la féminité et de l'héroïsme. De Wonder Woman à Beatrix Kiddo: le prototype de la femme forte, belle, maman et/ou amoureuseSi chaque personnage étudié dans le livre comporte sa part de singularité et ainsi ses propres formes émancipatrices et conservatrices, un point commun majeur se retrouve dans la construction du récit et sur la construction identitaire du héros. Car si comme leurs homologues masculins, ces dames sont l'objet d'un parcours initiatique motivé par une quête particulière, les poussant à découvrir leur potentiel hors norme et à en assumer les conséquences, les motivations de ce parcours sont tout à fait divergentes. Ainsi, les héros féminins seraient plus enclins à se battre corps et âme pour l'amour, la défense de leur enfant plutôt que pour sauver la planète, défendre la justice. Wonder Woman dans les années 40 combat les ennemis nazis mais avant tout par amour pour le capitaine de l'armée américaine Trevor, Beatrix Kiddo dans Kill Bill joue du sabre japonais pour retrouver sa fille, Charly Baltimore renoue également avec son passé de femme d'action suite au kidnapping de sa fille. Question féminité, les héros se parent généralement des stéréotypes de beauté et démontrent encore les limites de leur potentiel. Leur force physique n'altère en rien leur plastique ultra féminine, leurs courbes généreuses. Ce primat de la beauté et le côté hyperbolique de la féminité renvoient directement à la question de la sexualisation des héros. Celles-ci demeurent l'objet du regard masculin et incarnent une forme de désir. L'exemple de Lara Croft est ici le plus parlant, l'héroïne pouvant être manipulée par le joueur dans des positions très suggestives et qui pourtant ne servent en rien l'avancement du jeu. L'héroïcité: laboratoire expérimental du fémininIl convient toutefois de reconnaître que l'héroïcité contient par essence un fort potentiel dans le questionnement identitaire et donc sur la construction du genre. Échappant à la normalité, le récit héroïque peut alors proposer des personnages relevant du schéma expérimental, s'affranchissant des normes. La perméabilité entre le champ réaliste et celui surréaliste permet à des personnages comme Fifi Brindacier de transgresser les limites de l'âge et du genre. Indépendante et dotée d'une force extraordinaire, Fifi incarne un modèle féminin et féministe que seul l'héroïsme rend possible. Plus loin encore, le personnage de Gally, héros cyborg du manga Gunnm, rend compte de la construction du corps et du genre, laissant percevoir de forts accents foucaldiens. Créée, recréée, recomposée, Gally parvient alors à questionner l'attribution de tel ou tel caractère au genre masculin ou féminin. A travers ces 14 portraits de héros féminins, on perçoit donc que le héros féminin dans sa version contemporaine reste confronté à des stéréotypes, des ambivalences et des contradictions qui font écho aux structures patriarcales que la société véhicule encore. Pourtant des avancées sont notables. Nous ne sommes plus étonnés de leur présence, ni de leur force. Mais nous ne sommes toujours pas étonnés de les voir toujours belles, soumises au regard et au pouvoir masculin entre autres. C'est cela qui constitue les limites de nos héros féminins contemporains et c'est ce dont le livre rend compte très justement.. Thomas Muzart, Nonfiction.fr, 6 mars 2012
Dans la revue en ligne Lectures / Liens SocioLe Héros était une femme… et c’était loin d’être évident. Cet ouvrage collectif à la méthode principalement sémionarrative montre à quel point la féminisation du héros dans les productions culturelles a provoqué, et provoque encore, subversions des normes et résistances hégémoniques. En plus de se battre contre des démons, aliens, machines et autres méchants classiques de la fiction, les héros féminins doivent affronter un redoutable ennemi: l’idéologie patriarcale et ses allants-de-soi. Il va ainsi de soi que Lara Croft a des courbes avantageuses ou que la détective V.I. Warshawski valorise la parole et la confession dans ses enquêtes, tout comme il va de soi que l’extrême majorité des femmes est hétérosexuelle. Loïse Bilat et Gianni Haver proposent tout d’abord une distinction entre héroïne et héros féminin qui illustre bien ces problématiques. Ils montrent que le terme "héros" renvoie aux attributs mélioratifs de la masculinité (la force et le courage parmi d’autres) et désigne la place principale du récit alors que "l’héroïne est beaucoup plus floue sémantiquement". Elle traîne encore sa définition classique, celle d’un personnage secondaire qui accompagne le héros masculin sans nécessairement accomplir d’exploits. Plus concrètement, si nous avons des difficultés à considérer Donald Duck comme un héros, "nous avons bien moins de peine à caractériser Martine comme une héroïne". Ce préambule n’est pas un accessoire stylistique: il annonce les résultats narratologiques des recherches. Le processus de féminisation n’apporte pas automatiquement l’équité; le héros féminin n’est pas la simple substitution d’un homme par une femme. Ces remplacements sont en fait le signe de médiations sociales qui discutent les attributs que l’on peut envisager de donner au héros, selon son genre. Les auteur.e.s souhaitent ainsi "analyser ce qui se passe lorsqu’une femme est soumise à un processus d’héroïcisation" pour mieux "interroger les normes de genre et d’héroïsme véhiculées par des productions culturelles variées". Les objets d’étude du livre sont en effet multiples et bigarrés, reliés entre eux par cette caractéristique elle-même labile qu’est le féminin. De Fifi Brindacier à Buffy, de Wonderman à Catwoman, d’Ellen Ripley à Beatrix Kiddo, cet éventail de héros féminins est le paradigme des thématiques que les médias de masse ont un jour abordé ou ignoré : force et indépendance, liberté et aliénation, maternité… De ce collectif, on retiendra que les industries culturelles évitent rarement deux écueils: les femmes sont belles et leur famille n’est jamais bien loin. La force n’est plus l’apanage du masculin (ce qui bouleverse les attendus "biologiques") mais le féminin est réifié par sa beauté, qu’il utilise désormais comme une arme dans une perspective que nous pourrions qualifier de néoféministe. De plus, l’émancipation féminine reste individualiste et ne doit surtout pas bousculer les structures sociales, la famille en tête. L’hétérosexualité est difficilement négociable et lorsque les médias de masse, qui ne sont jamais monosémiques, laissent passer quelques figures androgynes comme Ellen Ripley (la tétralogie Alien) ou Beatrix Kiddo (Kill Bill, volumes I & II), elles sont aussitôt ramenées à leur état maternel. Beauté et famille sont des sables mouvants: on ne cesse de rappeler à nos héros qu’ils sont féminins. Si un James Bond ou un Rambo au féminin sont donc au rendez-vous absents, l’ouvrage souligne tout de même une complexification des héros féminins et de leurs aventures; "le système de genre se trouve quelque peu troublé dans les productions analysées". L’apparition de ces personnages signale la subjectivation du féminin à travers les topoï classiques de l’héroïsme que sont notamment les chemins initiatiques. Les femmes s’affirment comme sujet et subissent à cet effet des épreuves qui souvent tentent de les ramener à leur état naturel – nombreuses sont celles qui commencent leurs aventures pieds nus, signe d’un "état primitif qui leur permet de renaître". Toutefois la résolution reste genrée. Alors que le masculin clôt ses aventures sur une "autosuffisance affective", le féminin se réalise dans ses relations à autrui: "la différenciation la plus prégnante entre héros masculins et héros féminins réside finalement dans leur accomplissement personnel". Quand l’un acquiert une indépendance, l’autre bataille pour son autonomie. Il faut saluer l’initiative d’un tel ouvrage collectif, trop rare dans un domaine francophone encore frileux à l’idée d’associer une perspective issue des gender studies à des objets souvent illégitimes (télévision, jeux vidéo, bande dessinée…). L’ouvrage aurait probablement bénéficié d’une contribution empirique qui aurait permis de multiplier les niveaux d’interprétation – c’est là la faiblesse de l’approche sémionarrative – mais Le Héros était une femme… reste un outil précieux pour quiconque s’intéresse aux politiques de représentations des héros et du féminin. L’ancrage sociologique ne renie pas l’inspiration des autres disciplines comme la psychanalyse ou la littérature, une perspective pluridisciplinaire essentielle pour comprendre les enjeux genrés de ces nouveaux personnages. Céline Morin, Lectures, Les comptes rendus, 25 février 2012, http://lectures.revues.org/7623
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