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Nouvelles parutionsRevue historique vaudoise 118/2010Justice et criminalité 2010, 347 pages, 40 chf, 28 €, ISBN 978-2-88901-042-4
Table des matières
EDITO DOSSIER
Comptes rendus thématiques
Article
Dans L'uniscopeLa Revue historique vaudoise s'articule autour d'un dossier thématique. "Le thème doit avoir un lien avec l'actualité; la recherche peut s'intéresser au passé pour éclairer le présent", explique Nicole Staremberg, rédactrice et responsable scientifique de la Revue, doctorante à la section d'histoire de l'UNIL. A l'heure de l'introduction de la réforme pénale, plusieurs historiens de l'UNIL ou issus d'autres horizons ont publié des synthèses de leurs recherches dans le dernier numéro de la Revue intitulé Justice et criminalité. Des brigands du Jorat, en passant par la disparition du jury ou la religion au tribunal, cet ouvrage regorge de textes riches et variés. Si Nicole Staremberg a écrit un article sur la figure du lieutenant baillival et l'action accrue de l'Etat contre la violence à l'époque des Lumières, Martine Ostorero, également responsable scientifique de la Revue, maître d'enseignement et de recherche à la section d'histoire de l'UNIL, a publié un sujet sur la répression de la sorcellerie dans le canton à la fin du Moyen Age. "J'ai établi un lien entre les différentes recherches faites sur la sorcellerie, pour voir s'il existait une logique entre les jugements, les aveux, les sentences, dit-elle. J'ai relié le tout pour mettre en avant des tendances." Démons toujours, mais Martine Ostorero a pris un autre angle de recherches pour sa thèse, soutenue en 2008, qui vient de sortir en livre. "Je voulais comprendre comment des gens qui ont écrit des manuels de démonologie ont réussi à justifier le crime de sorcellerie." L'historienne a travaillé sur des manuscrits inédits, écrits entre 1420 et 1460, soit avant le Marteau des sorcières, une référence. "Le sabbat des sorcières, qui se construisait depuis 100 ans, était devenu au XVe siècle un problème central, qui posait des questions sociales, politiques et judiciaires." Selon Martine Ostorero, pour produire des aveux, les autorités ont du penser en toute bonne foi que des choses étranges se passaient dans les bois. A cette époque, le diable était matière de foi. On le pensait comme une entité qui pouvait agir sur la société chrétienne et représenter une menace pour l'église. "Le message est passé auprès de la population par le bais de l'église, des prédicateurs. Cela a été une grande mutation de la pensée et de la culture médiévale qui a eu des implications énormes pour le futur." Francine Zambano, L'uniscope, no 560, 7 février - 6 mars 2011, p.17
Les brigands du Jorat étaient de vraies fripouillesUne étude s'attaque au mythe des Robin des Bois vaudois, idéalisés dès le XIXe siècle (sur l'article de Lionel Dorthe "Les brigands du Jorat, crève-la-faim, "bandits sociaux"ou brutes sanguinaires?")Ils font partie de notre folklore. Un fromage a reçu le nom de Brigand du Jorat. Une équipe d'amis a créé en 1971 la Nouvelle Compagnie des Brigands du Jorat. Ils enlèvent régulièrement des personnalités qu'ils libèrent moyennant une rançon en bouteilles de vin. Si l'on peut se revendiquer aujourd'hui de tels prédécesseurs, c'est que les brigands du Jorat ont, acquis une réputation plutôt flatteuse. Des historiens et écrivains du XIXe et du XXe siècle ont fait de ces bandits de grands chemins de pauvres diables révoltés contre l'ordre social, la religion et la domination de Berne. A les en croire, ils s'en prennent aux riches, aux puissants et ne touchent pas aux habitants du lieu. Dans l'imaginaire vaudois, ces hommes, qui ont sévi du XVe au début du XVIIIe siècle, sont des rebelles et des cousins du major Davel. Dans sa récente livraison, un article de la Revue historique vaudoise donne un sérieux coup de canif dans la réputation de ceux qui écumaient les bois. Son auteur, Lionel Dorthe, doctorant en histoire de l'Université de Lausanne, a dépouillé des sources peu ou pas utilisées: des procès-verbaux d'interrogatoires criminels conservés aux archives. L'image qui ressort de ces documents est différente du mythe. MeurtriersPremier choc, les brigands du Jorat ne sont pas positivement du Jorat. Ils commettent leurs méfaits également dans les forêts d'Aubonne et de la Paudèze. Pour le reste, le portrait qu'en dresse l'historien ne correspond pas à l'image d'Epinal. La plupart du temps, ces brigands ont une autre profession, comme tisserand, couturier ou employé agricole. Plusieurs sont d'anciens soldats qui ont gardé leurs armes après la fin de leur service. Ils possèdent un logement et nourrissent une famille. Ils pratiquent occasionnellement et indifféremment le brigandage, le vol et le cambriolage. S'ils ne sont pas opulents, ils ne sont non plus des misérables. Lionel Dorthe estime qu'ils sont "en voie de marginalisation". Leurs rapines constituent ainsi davantage un revenu d'appoint qu'une nécessité vitale. Ils s'attaquent aussi bien à des étrangers qu'à des gens du coin et tuent souvent leurs victimes pour éviter d'être reconnus par la suite. L'historien cite le cas du brigand Jean Massot, de Villars-Tiercelin, qui avec ses complices a commis six attaques en dix ans, tuant chaque fois les malheureux passants. Il est vrai qu'une fois attrapés, les brigands étaient roués vifs. En outre, les recherches de Lionel Dorthe ne fournissent aucun indice d'un soutien de la population à ces larrons. Cela s'explique: les gens du lieu sont souvent eux-mêmes victimes des bandits. Enfin, même la révolte de ces brigands contre l'occupation du Pays de Vaud ne résiste pas à l'analyse. "Le dépouillement des sources montre que les brigands du Jorat existaient avant l'arrivée des Bernois, écrit l'historien. Ce n'est donc pas le changement de régime qui aurait occasionné un pullulement soudain de hordes de brigands." Justin Favrod, 24heures , 6 janvier 2011 |